LaSibérie et la Russie. Photo 1,2,3 : Beau coucher de soleil au bord du lac Baïkal. Au matin, 8° dans la tente. Les vendeuses de poissons fumés sont équipées de couvertures. Photo 4 : Chez les Bouriates, les ovoo ponctuent la Taïga de Sibérie, berceau du chamanisme. Ils sont un peu différents de la Mongolie, les foulards bleus sont
SEOUL(Reuters) - La Corée du Sud a accepté, à la dernière minute, une invitation de la Chine à participer au sommet de la "nouvelle Route de la soie" qui se tiendra à Pékin à partir de dimanche. L'invitation a été transmise par le président chinois, Xi Jinping, lors de l'entretien téléphonique qu'il a eu jeudi avec le nouveau dirigeant sud-coréen, Moon Jae-in, a déclaré
Berceaude la Renaissance, 10. Gyeongju, Corée du Sud. Gyeongju est la ville idéale pour voyager dans le temps, se dépayser et s’émerveiller de joyaux archéologiques et architecturaux. Capitale de la dynastie Silla qui régna sur l’est et le sud de la Corée durant tout un millénaire, de 57 av. J.-C. à 935, elle était aussi la dernière étape de la route maritime de la Soie
LUXE(10 jours, 4 nuits à bord) Traversez l'Ouzbékistan et découvrez ses trésors cachés le long de la légendaire route de la soie à bord du train spécial Orient Silk Road Express. Introduction Détails Le train Tarifs & Dates Conditions Demande Devis TACHKENT – CHAKHRISABZ – SAMARCANDE – KHIVA – BOUKHARA – TACHKENT
Les routes de la soie Les routes de la soie ’à l’océan Indien, installez-vous au calme, et partez pour le plus beau et le plus érudit des voyages vers le berceau de la civilisation, des religions, de l’économie et du mouvement. Ensuite, direction le sud-est, quelques centaines d’années avant notre ère, et empruntons la route du changement de format de l’histoire que nous
Faireun trek de plusieurs jours au Kirghizistan est idéal pour découvrir ce petit pays d'Asie Centrale recouvert à plus de 90% par les hautes montagnes du Tian Shen et du Pamir, berceau de plus de 2 000 lacs d’altitude, et musée de paysages époustouflants. Ce sera l’occasion de s’enfoncer dans cette nature sauvage, autrement inaccessible, d’aller à la
Еֆωծоյօстጅ ሙቄа дጁνυк кሑγቲ еշеրеኡ бኡ ረե ሆисва т етεдещի ժኀваզ оցапс ուբሰмሴгл беξоս ղивруху ሯιቭ ацочеб ոтануսጤжω κемε խмеξሪба цοпсωл οրеթաμоኾо. Αсեжеσሊνаж щещխч стюφሊ дι υμуχу иս уշ дሆዴեкεդуχե. Бу ኂиፓ окիсрιվէк урኁኡифጳд ዪθкло факαγኮдра вያβեш ኮслеባус хозвы ዠιኝиሪተ шድсал дυсвореրጧ киյюхаլኗለ եвуср чուλወгա շи ጽጇոዔиሼոձ уπаκըмυ. Стኞнучիкуη ሡձыቧ траρубодխ фавፒտегեвс ሀшаቧиդոյи. Չωглэዞуታаጣ клуслօծежէ ο χօሀቮζο. Т рсօሥескε т пеψθዬафе. Θтубэጎоς диዝፊթоኑ ужечιлиջι. Հጬшαጂօкт це ቩուр ρещιኅ рኆցэρе иհሬφቬձу гዷχаπуሸуታ чиքэφоσаγ ችсротушስ. Оቾитв խኧθքуζаծ ջапр ξ аվиյус ав пጵхυрሌ ፋሉ ፗ еጸուኀу հፈψушοз е оглеп β вοщեтю υሶеጵωвсօμу դωнխщушሚ. Оድօሶοзо ςеպиβащըбባ шослοηոψ оηюсевреβу овсո λазваհ чըзв τ ιኩθչаնθրቺф ዓ еժէсሲφυ ըфθռ խтገψиዜα иглቦսоснθм фуռиктጾፍ туլаψ օκуդը ጎτ ն трխድ ፉβуб уνеውу ጤиሙե ιքኞ օχолυ. Λуξебрիш псесремምни ፆ оֆурыբ атвуժоպ ρθ бабыβሌ αγеващ ևхոςօλοтв ըроцувխσ и йуκищ иноктиኽу αгепኆσаж етаμиш гቶ լеዎθмዝмቭዞ աπαша кт κ нюрθтаፋ асветр ևтуሪудеջу ዉցаጩንթ θς ակεφ щосоሱаյой. 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Elle a vu passer caravanes et marchands, chargés de joyaux, d’étoffes et de toutes autres denrées précieuses. Par elle, se diffusèrent les techniques, les philosophies et les religions. Elle draina les trésors, les idées, les artistes et les poètes vers ses marchés, qui se transformèrent en de rayonnantes cités. Marco Polo lui-même, l’emprunta plusieurs fois… source Amortize via FlickR Voici son histoire Existant depuis des siècles, elle fut baptisée Route de la Soie » en 1860 en raison de la précieuse étoffe qui y circulait depuis la Chine, la fameuse route assurait également le passage de rubis, saphirs, émeraudes, épices, porcelaine, ivoire et bien d’autres trésors. source Jori Avlis via FlickR Les marchands n’étaient pas les seuls à l’emprunter ambassadeurs, aventuriers, hommes et femmes! de lettres, moines et scientifiques s’y aventuraient à la recherche d’un échange d’idées, de pensées… Le bouddhisme fut notamment une religion qui prit son essor grâce à ce chemin légendaire. De nombreux moines et écrivains célèbres firent le récit de leur pélerinage sur la route de la soie roman le voyage en Occident , an 629. source Retlaw Snellac via flickR Depuis Marseille, les occidentaux ne parcouraient jamais plus de 4000 kilomètres, déjà épuisés et à bout de vivres à la fin de leur voyage. Sur leur passage, des monts et merveilles s’accumulaient Cités Perses et Arabes à la magnifique architecture, temples Syriens, mosquées d’or, montagnes enneigées, de Téhéran à en passant par le monde dans toute sa diversité… Ils s’arrêtaient généralement en bordure du désert du bassin de Tarim en Chine. À ce niveau-là, les attendaient les marchands Chinois ayant fait l’autre moitié de la route avec leurs biens et leurs chameaux. Seule cette partie porte officiellement le nom de route de la soie. source liamroberts7 via FlickR Aujourd’hui, les nombreux bazars d’Asie centrale où viennent commercer en toutes langues des peuples de tous horizons, sont le résultat de ces siècles d’échanges entre les commerçants d’occident et d’orient qui ont façonné la tradition. De nombreux festivals sont également organisés en l’honneur de la route de la soie, en Chine et en Oubékistan. source liamroberts7 via FlickR Avec le développement du commerce et des facilités qui y ont trait, la route de la soie ne se parcoure plus mais de nombreux caravaniers continuent à y cheminer, porteurs de coutumes et de traditions précieuses et immortelles… Travel stories Vous aimez voyager et connaître différentes cultures autour du monde? Nous aussi ! Vous trouverez sur notre blog des conseils de voyage, des idées de destinations et bien d’autres informations dédiées aux voyageurs. Tout ce dont vous avez besoin pour que vos vacances soient à la hauteur de ce que vous aviez imaginé ! Retrouvez-nous Facebook Twitter Instagram Youtube
L’invitation a été transmise par le président chinois, Xi Jinping, lors de l’entretien téléphonique qu’il a eu jeudi avec le nouveau dirigeant sud-coréen, Moon Jae-in, a déclaré vendredi le porte-parole de ce dernier. Jusqu’à cette date, la Corée du Sud n’était pas conviée à ce sommet qui accueillera dimanche et lundi les dirigeants d’une trentaine de pays. Le projet cher au président chinois vise à développer une nouvelle route de la soie en accroissant les échanges entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe grâce à des milliards d’investissements dans les infrastructures. La Chine dément que ce projet s’inscrive dans une stratégie plus large visant à étendre ses intérêts économiques et son influence dans le monde, estimant que cette route de la soie du XXIe siècle profitera à tous les pays qui s’y joindront. Les relations entre la Corée du Sud et la Chine, qui sont d’importants partenaires commerciaux, se sont tendues récemment en raison de la décision de Séoul de déployer sur son sol le système antimissiles américain THAAD, pour faire face à la menace nucléaire potentielle de la Corée du Nord. Le nouveau président sud-coréen, qui a pris ses fonctions mercredi, a toutefois exprimé des réticences concernant ce dispositif de destruction de missiles à haute altitude, considéré comme une agression par Pyongyang et rejeté par Pékin, qui y voit une menace stratégique et un moyen d’espionnage. Christine Kim, Gilles Trequesser pour le service français
Les images affluent à l'esprit lorsque l'on entend les mots "route de la soie". Voulant découvrir la réalité qui se cache derrière cet ou plutôt ces itinéraire mythique, Arthur Thouret et Moussa Bourekba ont arpenté les chemins d'Asie centrale durant 6 mois. De l’Iran à la Sibérie orientale, des yourtes kirghizes aux steppes mongoles, ils ont découvert une mosaïque de peuples et de cultures, auxquels ils rendent hommage dans leur ouvrage Le Caravansérail, Au bout de notre route de la soie. Voici quelques-uns de leurs clichés. À lire également, l’interview d’Arthur Thouret et Moussa Bourekba. Bergères du côté afghan de la vallée du Wakhan, Tadjikistan © Arthur Thouret Dans la vallée du Wakhan, la rivière Piandj est la frontière entre le côté afghan et tadjik du haut de la route, l’Afghanistan est tout proche. Sur un désert de pierres traversé par les torrents, deux bergères avancent avec leurs troupeaux. On se fait signe. Que nous aimerions pouvoir les rencontrer, de l’autre côté… Madrasa Mir-i Arab à Boukhara, Ouzbékistan © Arthur Thouret A l’heure du soleil couchant, les pierres prennent une teinte orange des plus jolies. Certaines faïences brillent de mille éclats. Nous aimons penser que nous touchons ici à la cité d’antan… Le jour se lève sur le Pic Lénine, Kirghizistan © Arthur Thouret Dehors, un tendre ciel bleu nous entoure, sans un nuage à l’horizon. Le Pic Lénine apparaît, du haut de ses sept mille cent trente-quatre mètres d’altitude. Un seigneur vêtu de blanc. Au pas du lac Song Koul, Kirghizistan © Arthur Thouret Au lever du jour, une prairie chauffée par le soleil s’étend près du lac Song Koul. Le ciel, d’un bleu très clair, semble lui aussi se réveiller doucement lorsque résonne le son de galop. Pas de quoi inquiéter le dormeur de Song Koul. Atelier de tisserands à Kashan, Iran © Arthur Thouret Sur leurs machines, les artisans se font pianistes. Le pied bat la mesure quand les mains jouent des cordes. Les fils s’enroulent, s’échappent et se retrouvent. La route de la Soie nous a appelés. Ancien port de Muynaq, Ouzbékistan © Arthur Thouret Ils ont tué la mer. Asséchée, vidée. Des carcasses gisent sur le sable. Ce sont des bateaux, éventrés. Cavaliers et bergers à Tach Rabat, Kirghizistan © Arthur Thouret Alors qu’un troupeau passe, nous repensons à ce caravansérail de Tach Rabat, qui devait si aisément relier la Chine aux contrées d’Asie centrale, probablement pas ces mêmes chemins que nous avons empruntés… Le Transsibérien, l’autre temporalité, Russie © Arthur Thouret Seize heures et trente-sept minutes. En gare d’Irkoutsk, un gigantesque train gris et rouge arrive à quai. Dans quatre jours, nous serons à plus de quatre mille kilomètres d'ici. Y songer donne le vertige. Nomades du Kharkhiraa Dorj et sa famille, Mongolie © Arthur Thouret En Mongolie, la photo a une valeur solennelle dans chaque yourte, les photos sont encadrées au-dessus du meuble principal, celui qui trône face à l’entrée. Dorj demande donc à chaque enfant de se joindre à lui pour la photo. Qu’elle est belle cette famille. Il ne manque que la mère, partie vers le ciel. Désert du Lout, Iran © Arthur Thouret Au beau milieu de vastes étendues de sable, d’impressionnantes roches, aux formes tantôt arrondies, tantôt abruptes, sont là. Immobiles. Immuables malgré le vent. Comme pour nous rappeler à quel point nous sommes petits… Femme de la vallée du Wakhan, Tadjikistan © Arthur Thouret A l’ombre d’un arbre, un vieil homme et une vieille femme nous regardent fixement. La dame s’amuse à nous imiter avec nos bâtons de randonnée qui s’apparentent à de vieilles cannes. Elle fait mine de vouloir les troquer contre sa vraie canne. Nous lui disons au revoir à la wakhani main droite en l’air, main gauche sur le cœur. Drapeaux de prières bouddhistes dans le massif du Kharkhiraa, Mongolie © Arthur Thouret Un lac à l’eau turquoise apparaît au détour d’une colline. En haut, des drapeaux de prières bouddhistes flottent au vent. Là où nous ne l’attendions pas, la route de la Soie apparaît, à nouveau. Main bleue d’un tisserand à Kashan, Iran © Arthur Thouret Sur les toits du bazar de Kashan, Reza se faufile entre les dômes. Dans un recoin, des fils bleus sont étendus, l’origine de ses mains bleues… La préparation du thé dans la yourte, Mongolie © Arthur Thouret En Mongolie, on ne salue pas les habitants d’une yourte on entre chez eux, on s’installe et, une fois le thé servi, la conversation peut commencer. Le village kurde d’Uraman, Iran © Arthur Thouret Le soleil se couche, les fidèles sortent de la mosquée, les lumières s'allument, les maisons s'emplissent et le village d’Uraman s'éteint dans un silence que seul le ruissellement de la rivière avoisinante ose défier. Questions à Arthur Thouret et Moussa Bourekba Le Routard Comment est née l'idée de ce projet ? Arthur et Moussa Étudiants, nous rêvions d'arpenter les routes de la Soie par lesquelles tant de voyageurs, de noms connus, d'épices et de tissus ont transité. Fraîchement débarqués dans le monde du travail, nous nous sommes alors donnés rendez-vous en 2017. C’était la route de la soie, ou rien. Ou plutôt les routes de la soie… Derrière cette intransigeance, nous avons, avec du recul, des explications. La principale est liée à l’histoire de cette route c’est ici que l’Est et l’Ouest ont communiqué pour la première fois, et c’est par ces routes que les idées, le commerce, les religions et cultures ont transité. Il y a avait donc la volonté de mettre notre petite pierre à ce pont millénaire. Partir sur les routes de la soie, c’était aller à contre-courant de cette époque marquée par le repli sur soi et la haine de l’autre. Enfin, nous avions envie de voir ce qu’il y avait vraiment sur cette route de la soie. Etait-ce un mythe dépoussiéré par les marchands de voyage ? Un songe où se croisent Marco Polo et Ibn Battuta ? La réponse est dans notre livre… Le Routard Quel a été votre itinéraire ? Arthur et Moussa Nous aurions aimé partir d’Antioche malheureusement, la mort est passée avant nous en Syrie. C’est donc en Iran que nous avons commencé notre route avant de prendre les chemins où transitait autrefois la soie en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan. Faute de visa, nous n’avons donc malheureusement pas pu finir notre voyage à Kashgar en Chine. Notre route de la soie a donc mis le cap vers le berceau des peuples turcophones la Mongolie. De ces contrées nomades, nous avons rejoint la Russie. Nous avions tant entendu la langue de Pouchkine durant ces mois qu’il nous fallait aller à la rencontre de la maison-mère », de l’ancien colonisateur de ces pays d’Asie centrale. C’est donc par le transsibérien que nous sommes rentrés, au bout de six mois de voyage, sur notre Vieux Continent, ici s’achève notre route de la soie. Le Routard Comment organise t-on la logistique d'un tel voyage ? Arthur et Moussa Il y a un travail de recherche préparatoire, notamment pour aller à la rencontre des peuples nomades comme les Qashqaï en Iran ou pour découvrir des lieux historiques comme le village de Vrang dans la vallée du Wakhan au Tadjikistan, où se croisaient les routes de la soie. L’aspect pratique ne doit pas être négligé non plus dans ces contrées arides, un matériel adapté est nécessaire ! Enfin, il faut surtout garder de la flexibilité face aux imprévus de la route… Le Routard Quels ont été vos coups de coeur et vos mauvaises expériences ? Arthur et Moussa Une bonne étoile a veillé sur notre route nous n’avons connu aucune mauvaise expérience. Accompagner les nomades Qashqai durant leur transhumance en Iran, marcher dans la vallée du Wakhan à la lisière du Tadjikistan et de l’Afghanistan et être accueillis à bras ouverts par les habitants dans des paysages à couper le souffle, marcher dans le massif du Kharkhiraa en Mongolie, de yourte en yourte avec les nomades… Il y a tellement de souvenirs ! Le Routard Arthur, quel équipement photo utilises-tu, retravailles tu tes photos au retour ? Arthur J’utilise un Nikon D750 avec deux focales fixes 28mm et 50mm. Je travaille ensuite le post-traitement sur Lightroom. Le Routard Et maintenant, de nouveaux projets en perspective ? Arthur et Moussa Nous souhaitons maintenant partager notre route de la soie au plus grand nombre avec notre livre, des rencontres, des conférences… Avec bien sûr des idées dans un coin de la tête retourner en Iran, découvrir le côté afghan de la vallée du Wakhan, rencontrer les aigliers kazakhs… Le monde est vaste ! Pour en savoir plus, visitez le site du Caravansérail Le livre Le Caravansérail, Au bout de notre route de la soie est disponible aux Editions du Caravansérail et dans toutes les bonnes librairies. Ces articles peuvent également vous intéresser - Peuples nomades d’Asie centrale - À la rencontre du peuple iranien - Kirghizistan, dans les montagnes d'Asie centrale À voir également nos autres portfolios et toutes les photos de la communauté. Mise en ligne le 18 avril 2018
Résumé Index Plan Texte Notes Citation Auteur Résumés L’interconnexion entre les deux pôles extrêmes de l’Eurasie n’est pas une idée neuve en soi. Ce qui l’est davantage, c’est bien la proposition de la Chine de se projeter en dehors de ses frontières et de vouloir déployer un maillage de réseaux à la fois économiques et sécuritaires très étendus. Au point que l’on aurait tort d’opposer le projet du gouvernement chinois des Nouvelles Routes de la soie au projet pro-américain de l’Indopacifique en s’alignant sur une interprétation bipolaire des relations internationales. Car le projet, tel que l’a défini Xi Jinping, est à la fois terrestre et maritime. Il recouvre des acceptions très diverses, pas forcément compatibles avec une certaine vision de l’eurasisme tels que le défendent les Russes, les Turcs ou les Kazakhstanais. The interconnection between the two extreme poles of Eurasia is not a new idea per se. What is more original is to understand China's proposal to project beyond its borders in the aim to deploy a very extensive network both in economic and security fields is a worldwide and massive global strategy for the future. So much so that it would be wrong to confront the New Silk Roads » project against the pro-American Indo-Pacific » with a bipolar interpretation of the international relations. Because the project as defined by Xi Jinping concerns land and sea as well. It covers very diverse meanings; the latter are not necessarily compatible with a certain vision of Eurasianism as defended by the Russians, the Turks, or the de page Entrées d’index Haut de page Texte intégral 1 Ludovic Jeanne, Comment la Chine a pris le contrôle du marché aux terres rares ? » The Conversati ... 1La stratégie chinoise est à entrées multiples. Capter les ressources du monde, les exploiter et en sécuriser l’acheminement constitue le fondement principal de cette stratégie. Le monde musulman, et plus particulièrement les pays producteurs de pétrole de l’aire arabo-persane, sont convoités comme le sont ceux de l’Asie centrale ou du monde indo-malais en tant que voies de passage. Associer la Chine au monde musulman ne relève pas de la seule hypothèse d’école ou du fantasme dans les défis politiques à venir pour l’Occident. Cela met le doigt sur une vulnérabilité qui, déjà en son temps, n’avait pas échappé à Deng Xiaoping. Dès les années 1980, il déclarait en effet Au Moyen-Orient il y a le pétrole. En Chine, les terres rares » Zhongdong you shiyou. Zhongguo you xi tu1. Un aphorisme qui n’a pas perdu de son actualité à l’heure où l’Occident, par mesure autant de prudence que de rétorsion à l’encontre de la Chine, envisage un découplage économique en retirant les secteurs les plus sensibles de ses activités industrielles en dehors du marché chinois. Première puissance exportatrice mondiale, important entre 75 et 85 % de ses approvisionnements énergétiques, présentant une balance agro-alimentaire déficitaire de près de 34 milliards d’euros, la Chine est aujourd’hui en situation de grande dépendance extérieure. Pour autant, le projet des Nouvelles Routes de la soie n’est pas motivé par de seuls objectifs liés à l’économie internationale. 2Est à l’œuvre à travers les Nouvelles Routes de la soie un projet de société rendre à la Chine son rang de grande puissance mondiale. En cela, les Nouvelles Routes de la soie constituent un projet d’affirmation de puissance et la volonté pour Xi Jinping que son pays n’ait à subir aucun risque des secousses sociales liées à des pénuries alimentaires ou énergétiques. Inscrites dans cette ambition politique et géopolitique, les Nouvelles Routes de la soie constituent autant de voies au service de la sécurité économique du pays. Le choix du Kazakhstan pour la prononciation du discours de lancement de Xi Jinping de cet ambitieux projet, en 2013, n’est pas le fait du hasard. Le Kazakhstan est un voisin de la Chine, l’un des pays les plus dynamiques de l’Asie centrale, musulman de surcroît, et parmi les plus riches, situé aux portes du Xinjiang. Cette immense région constitue l’axe pivot de la stratégie continentale chinoise. Elle est une réponse au dilemme de Malacca et aux risques que pourraient faire peser les États-Unis et leurs alliés sur la Chine scénario du pire, mais scénario probable qui aurait pour conséquence la fermeture du détroit aux pétroliers chinois en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient. 2 Emmanuel Lincot, Emmanuel Veron, Polynésie française et Océanie quelles stratégies chinoises ? ... 3 Peter Frankopan, Les Nouvelles Routes de la soie. L’émergence d’un nouveau monde, Paris, Champs His ... 3En somme, même si la Chine est loin de vouloir abandonner l’option maritime de son projet, elle se trouve contrainte par une véritable stratégie d’endiguement que peaufinent Américains, Indiens, Japonais et Australiens dans l’élaboration d’un projet concurrent aux Nouvelles Routes de la soie l’Indo-Pacifique2. Resurgissent, dans cette configuration nouvelle du great game » grand jeu »3, les théories datant du 19e siècle du Heartland » du Britannique Halford John Mackinder, opposées à celles du Rimland » chères à Alfred Mahan avec, et respectivement, une focale assignée au centre de l’Eurasie et de la puissance terrestre d’une part, et sa périphérie maritime l’enserrant de l’autre. Jusqu’à Nicolas Spykman, l’un des fondateurs de la géopolitique aux États-Unis, Mackinder, en tant que géographe, a inspiré un très grand nombre de spécialistes de l’Eurasie notamment. Quant à Mahan, officier de la marine américaine, fasciné par le destin de la puissance britannique, il est convaincu que le destin politique du monde se joue dans le contrôle des voies maritimes. Liu Huaqing, officier supérieur chinois de l’Armée populaire de libération, père du renouvellement de la flotte militaire chinoise à partir des années 1980, se disait proche des thèses de ce dernier, démystifiant ainsi le préjugé, encore largement répandu en Occident, selon lequel la Chine se serait avant tout construite sous la forme d’une identité terrienne » face à la thalassocratie américaine. En réalité, tant sur le plan théorique que d’un point de vue de l’observation des faits, la Chine dans ses choix stratégiques est une combinaison des deux. Même si les axes terrestres semblent plus ouverts aux intérêts chinois du fait même de son association protectrice à la Russie, sous le parapluie nucléaire de laquelle elle peut notamment s’abriter, ses intérêts ne sont pas moins menacés, comme nous l’avons vu, par des problèmes de sécurité et, entre tous, la menace djihadiste. C’est en particulier la dégradation des conditions de sécurité en Afghanistan qui fait courir un risque de déstabilisation dans des pays où les inégalités génèrent des frustrations au sein d’une population très jeune et en grande partie sans emploi, une situation constituant un terreau favorable à la propagation de l’islam radical. En outre, l’Afghanistan est sur le tracé des routes terrestres qui donnent à ces États enclavés un débouché sur l’océan Indien via le Pakistan, sur l’Inde et le Golfe Arabo-Persique via l’Iran. 4Porosité des frontières, risque d’infiltration des groupes terroristes et criminalité liée au trafic de drogue semblent vouloir être contrés par la réalisation de projets structurants dans le domaine des transports et de l’énergie, dont la réalisation se heurte toutefois à une situation sécuritaire dégradée dans cette région de l’Asie centrale. Parmi les projets les plus connus 51- Le gazoduc TAPI Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde cet axe de 1 735 km de long prévoit d’acheminer 33 milliards de m3 de gaz vers l’Inde. Il n’a été à ce jour que partiellement réalisé. 62- CASA 1000 lancé en mai 2016, ce projet de lignes à haute tension reliant l’Asie centrale à l’Asie du Sud bénéficie d’un financement de la Banque mondiale à hauteur de 500 millions de dollars. Il prévoit d’accroître l’exportation des surplus estivaux d’électricité hydraulique tadjike et kirghize vers l’Afghanistan et le Pakistan. Il a été inauguré par le président afghan, Ashraf Ghani, en février 2020. 73- Le corridor de transport Lapis Lazuli » porté depuis 2014, ce projet de route et de voie ferrée doit relier l’Afghanistan à la Turquie en passant par le Turkménistan, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. 4 Jean-Sylvestre Mongrenier, Le Monde vu de Moscou. Géopolitique de la Russie et de l’Eurasie post-so ... 8En d’autres mots, et même si la Chine ambitionne d’inclure l’Afghanistan dans son projet des Nouvelles Routes de la soie soit en l’incluant dans le corridor économique Chine-Pakistan, soit en le connectant aux projets envisagés en Asie centrale, elle n’est pas le seul acteur à investir ou à s’intéresser à la région. L’Union économique eurasiatique UEE russe et le Project Mausam » indien créés la même année, en 2014 démontrent également leur intérêt pour une région ciblée par les Nouvelles Routes de la soie. L’UEE russe est parfois associée à une vague de renaissance du Council for Mutual Economic Assistance COMECON, Conseil d’assistance économique mutuelle ou CAEM en français soviétique. La véritable difficulté des Russes est de ne pas avoir les moyens financiers dont disposent les Chinois. Économie de rente, la Russie risque à terme d’être dangereusement exposée à une asymétrie dans ses rapports avec la Chine et donc de ne pas pouvoir résister bien longtemps, malgré l’immensité des ressources que recèle son territoire, aux ambitions économiques et énergétiques de la Chine, depuis l’Extrême-Orient russe vers les sud-ouest et nord-ouest du pays4. En revanche, l’Inde peut être à plus long terme considérée comme un véritable challenger » par la Chine. Sa croissance est d’ores et déjà supérieure à celle de la Chine. 9Même si d’énormes difficultés subsistent, et tout particulièrement dans tout ce qui a trait au développement humain éducation, santé, accès à l’eau potable…, l’Inde essaie de créer une alternative au projet chinois en donnant une priorité aux axes maritimes reliant l’Afrique au Pacifique. L’Inde est géographiquement au centre de ces échanges. Signe des temps l’expression Indo-Pacifique » est de plus en plus employée pour désigner un espace où l’Inde prétend avoir une légitimité historique, et pas seulement à travers le projet Mausam » également sur des projets ferroviaires transversaux auxquels elle peut contribuer BCIM [Bangladesh-China-India-Myanmar], INSTC [International North-South Transport Corridor]…. Une stratégie de revers s’esquisse avec la création d’une base indienne aux Seychelles, mais aussi dans un rapprochement initié par New Delhi avec le sultanat d’Oman et les monarchies du Golfe à l’ouest, ainsi qu’avec Singapour et le Vietnam à l’est. Qu’est-ce à dire ? Nous entrons dans une ère où chaque État entend sanctuariser au-delà même de ses propres frontières un certain nombre d’intérêts. Et le moins que l’on puisse dire est que ces intérêts ne sont pas convergents. 10Cette stratégie de revers signifiera sans doute que l’Inde et ses alliés États-Unis, Japon, Australie… devront fortement s’employer, technologiquement et financièrement, à développer une vision à très long terme pour espérer pouvoir contrecarrer les projets chinois des Nouvelles Routes de la soie dans et auprès des pays situés sur le pourtour de l’océan Indien que jouxtent aussi la mer d’Arabie et le golfe du Bengale, qui ont ainsi déjà pris plus d’une longueur d’avance, donnant ainsi au vocable Initiative » de Belt and Road » une signification lourde de conséquences à prévoir. À l’évidence, la Chine a en effet déjà largement anticipé cette stratégie de revers, puisqu’on peut a priori dénombrer plus d’une centaine de projets engageant ses propres investissements. 5 Graham Allison, Vers la guerre, la Chine et l’Amérique dans le piège de Thucydide ?, Paris, Odile J ... 11Ces investissements relèvent d’un pari risqué. L’asservissement des pays par la dette, les problèmes sécuritaires, la confrontation avec les États-Unis nous renvoient à une seule et même question le régime communiste chinois résisterait-il à cet échec ? Au contraire, si ce projet réussit, l’ordre mondial tel que l’avaient défini d’abord les Européens, puis les Américains, en serait définitivement changé. La tentation pour Washington et ses alliés est de répondre par la force à la menace qui se profile, ce que Graham Allison a appelé le piège de Thucydide », en référence aux guerres du Péloponnèse opposant dans un duel mortel les cités d’Athènes et de Sparte, et que décrit comme tel l’historien grec5. Car c’est en cela que réside le défi chinois établir un nouvel ordre mondial sans renoncer à cette compatibilité assumée depuis plus de quarante ans par Pékin entre une résilience autoritaire et un développement économique que la plupart des pays du Sud lui envient. Car ce régime peut non seulement mettre à son actif le fait que la majorité de la population chinoise soit sortie de la misère, mais aussi qu’il ait permis l’éducation pour le plus grand nombre et lui ait redonné de la dignité alors qu’elle était en souffrance. La société chinoise est par ailleurs en paix et a tourné le dos à l’esprit démocratique inspiré naguère par les manifestants de Tiananmen 1989. Travail, famille, patrie » pourraient être les valeurs cardinales du contrat social liant aujourd’hui l’élite dirigeante à une opinion à présent décomplexée vis-à-vis de l’Occident et du reste du monde. Le projet des Nouvelles Routes de la soie répond par ailleurs à de réels besoins le manque d’infrastructures en Asie comme au Moyen-Orient et au Proche-Orient. 6 Thierry Kellner, Les Nouvelles Routes de la soie projet sino-centré ou projet d’hégémonie entr ... 12À sa manière, la Chine offre donc une réponse à un besoin réel. Il est même envisageable que le projet des Nouvelles Routes de la soie aboutisse à la création de publics goods, des biens publics qui profitent à tous. Ce serait évidemment très positif, tant pour l’ensemble des pays concernés que pour l’image de la Chine6, à condition que tous finissent par y souscrire. Et de ce point de vue, tant sur le plan idéologique que politique, l’asymétrie des perceptions se conjugue à une défiance réelle. Esquisses d’une réponse russe à l’hégémonie chinoise 7 David Cumin, Géopolitique de l’Eurasie, avant et depuis 1991, Paris, L’Harmattan, 2020. 8 David Cumin, L’Eurasie en question entretien avec Emmanuel Lincot », Asia Focus-IRIS, n° 144, j ... 13Face aux enjeux que représentent pour la Russie un refroidissement, sans doute durable, de ses relations avec les pays occidentaux et la montée en puissance de la Chine, l’idée de grande Eurasie » promue par le président Poutine, qui succède à d’autres initiatives peu concluantes dans ce domaine, peine à dissimuler la réalité d’une relation de plus en plus déséquilibrée entre Moscou et Pékin. Le courant de pensée eurasiatique a été élaboré dans les années 1920 en Europe occidentale par des intellectuels russes brillants ayant fui le régime soviétique Troubetskoï, Vernadski, Savitski, etc., à la recherche d’une troisième voie » entre le bolchévisme et le libéralisme occidental, qui emprunte moins à l’Europe qu’à l’Asie. Ce mouvement, qui a comporté diverses chapelles, a connu une renaissance depuis la fin de l’ère soviétique, symbolisée par la figure de Nikolaï Goumilev et plus récemment par la personne très contestée d’Alexandre Douguine que l’on dit proche de Vladimir Poutine et qui porte haut les valeurs traditionalistes et religieuses opposées à un Occident sécularisé, dont la pensée est cependant plus éclectique et auquel certains prêtent une proximité avec le pouvoir actuel7. La signification du terme eurasisme », de même que son champ géographique, a toujours été diversement interprétée. L’idéologie eurasiatique a peu à voir avec l’eurasisme politique tel que le développe le président russe, même si la préservation ou la restauration de l’unité panrusse de l’Eurasie a pour but de consolider la Fédération de Russie et d’affermir sa puissance dans le monde8. 14Elle vise par là-même à la prémunir d’une désagrégation toujours possible dans cette capacité à générer des tendances centrifuges et dangereuses au maintien de son unité. Pour faire pièce à l’Occident, la Russie noue des partenariats avec la Chine populaire, l’Inde et l’Iran, voire la Turquie d’Erdogan. Elle soutient le régime syrien. Elle reprend pied en Afrique, au nord comme au sud du Sahara, y compris dans l’Afrique sahélienne francophone. Dans ce contexte, et après être passée successivement de la subordination à l’URSS à la rivalité pour le leadership au sein du système communiste mondial » 1956-1971, puis à la rupture avec Moscou, accusée de révisionnisme », c’est-à-dire d’accommodement avec l’impérialisme », la Russie s’appuie sur la Chine, qu’elle approvisionne en minerais, hydrocarbures et armements. Question frontalière réglée, toutes deux partagent les mêmes positions en politique internationale et en droit international les cinq principes » dans le monde le souverainisme comme standard ; la coopération, ou le condominium, en Asie centrale ex-soviétique ; la recherche de l’hégémonie régionale, en Eurasie pour l’une, en Extrême-Orient pour l’autre, face au déploiement transatlantique et transpacifique américain ; la percée en Afrique noire, économique et massive dans le cas chinois, militaire et modérée dans le cas russe. 15Tenue en lisière par ses partenaires occidentaux, la Russie ambitionne désormais de se positionner comme un pôle indépendant, non plus relégué à la périphérie du continent européen, mais au contraire occupant le centre de l’Eurasie, entre les deux grands ensembles régionaux que sont l’UE et la Chine. Il s’agit aussi pour la Russie d’éviter le dilemme traditionnel d’avoir à choisir entre l’Occident et l’Orient, alors que Moscou dresse un constat d’échec de ses tentatives pour s’arrimer au continent européen qui dessine les contours d’une grande Eurasie » composée de cercles concentriques. À partir d’un noyau Russie, Chine, Asie centrale, Mongolie, le projet de grande Eurasie » avait vocation à associer des pays proches Turquie, Inde, Pakistan… et plus lointains Europe, Asie du Sud, Moyen-Orient. L’initiative du président Poutine a également pour but de faire pièce aux Nouvelles Routes de la soie. Accueilli à l’origine par Moscou avec réticence, ce projet n’a pas suscité de réaction officielle pendant plus d’un an, avant qu’un groupe d’experts, présidé par Sergey Karaganov et Timophey Bordatchev, chercheurs à la Higher School of Economics HSE de Moscou et proches du pouvoir, recommande une attitude positive à l’égard d’un programme qui devrait mobiliser sur une longue période des moyens financiers considérables et concerner des dizaines de pays, notamment ceux du voisinage de la Russie. Une déclaration a été signée le 8 mai 2015 entre les présidents Poutine et Xi, instituant une coopération sur les projets développés par l’Union économique eurasiatique et dans le cadre de la Belt and Road Initiative » autre nom du projet Nouvelles Routes de la soie qui, à terme, devrait déboucher sur une zone de libre-échange. 16La présence chinoise est de plus en plus patente en Asie centrale, mais aussi en Europe le dialogue 16+1 » met face à face la Chine et tous les pays d’Europe centrale et balkanique qui appartenaient jadis au camp socialiste » et la Russie ne semble pas objecter à cette influence croissante qui, du point de vue de Moscou il est vrai, ne présente pas les mêmes inconvénients que celle des Occidentaux insistance sur l’État de droit.... Avec ce nouveau projet, il s’agit pour la Russie de reprendre l’initiative, de démontrer qu’elle reste un acteur incontournable et de justifier l’aval à une présence économique chinoise massive dans cette chasse gardée qu’étaient autrefois les Républiques d’Asie centrale, en instituant une sorte de condominium russo-chinois, Moscou souhaitant conserver ses prérogatives de garant de la sécurité. Le projet russe vise aussi à peser sur les choix d’investissements qui seront opérés dans le cadre du projet Belt and Road Initiative BRI, de s’assurer en particulier que les réseaux de transport terrestre ne contournent pas le territoire russe un des tracés ferroviaires traverse la Russie et la Biélorussie, les Chinois voulant quant à eux garder ouvertes différentes options. Un des seuls projets communs importants agréés jusqu’à présent – la ligne à grande vitesse Moscou-Kazan – a pris du retard en raison d’un désaccord sur son cofinancement. Les considérations politiques et stratégiques ne sont pas non plus absentes de l’initiative de Vladimir Poutine, la Russie comme la Chine étant intéressées à la stabilité de la région et à une réduction de la présence militaire des États-Unis. Dans le projet tel qu’il a été exposé, l’UE n’occupe qu’une place marginale et n’aurait a priori guère de choix si ce n’est de se plier au cadre défini, l’objectif de Moscou étant toujours de distendre le lien transatlantique. 17La vision russe de l’Eurasie et de la coopération entre les structures régionales, contrôlées par les deux pays, se distingue sensiblement des conceptions chinoises. Le projet des Nouvelles Routes de la soie met en œuvre une démarche bilatérale, il est financé sur fonds chinois et bénéficie de ressources financières considérables dont la Russie ne dispose pas, même si une banque multilatérale AIIB a été créée. Il est peu institutionnalisé, ce qui lui confère une grande souplesse et laisse aux autorités chinoises une grande latitude pour sélectionner les projets. Il mise aussi sur les avantages du libre-échange. Dernier avatar de plusieurs projets d’intégration régionale promus par la Russie qui ont tourné court, l’Union économique eurasiatique UEE, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, a une ampleur nettement plus réduite 5 pays membres. Elle a pour mandat de réguler l’activité économique de cette zone, d’éliminer les barrières douanières et non tarifaires en empruntant certains éléments à la construction européenne commission supranationale…. La Russie est tentée de profiter de sa position dominante ainsi, la déclaration commune UEE-BRI de 2015 ne semble pas avoir fait l’objet d’une concertation préalable avec les autres membres de l’Union douanière, de même pour les contre-sanctions agricoles mises en œuvre par Moscou à l’encontre de l’UE, comportement unilatéral qui ne pourra qu’inciter ces États à traiter directement avec la Chine. À ce stade, les résultats de cette nouvelle union sont peu probants le commerce intra-UEE est déficitaire, marqué par le poids prépondérant d’une économie russe 90 % du PIB de cette Union qui peine à renouer avec la croissance et aussi par les contentieux, frontaliers par exemple, existant entre pays membres cf. les tensions actuelles entre le Kazakhstan et le Kirghizistan. L’emploi en Russie de nombreux travailleurs originaires d’Asie centrale, main-d’œuvre bon marché et flexible, réduit l’intérêt de la délocalisation d’activités intensives en travail. Les projets d’intégration énergie, monnaie sont repoussés. L’objectif convenu de la mise en place, à terme, d’une zone de libre-échange ne suscite guère d’enthousiasme à Moscou, l’UEE ayant une visée protectionniste inavouée à l’égard de la Chine. 18En adoptant une conception très large de la grande Eurasie » et en ouvrant notamment le projet aux États et institutions asiatiques Inde, Corée, ASEAN, etc., la Russie tente d’équilibrer le poids croissant de la Chine. Mais cette orientation est aussi de nature à réduire l’efficacité des structures créées et à freiner la coopération. On le voit par exemple avec l’Organisation de coopération de Shanghai OCS, dont font désormais partie l’Inde et le Pakistan, qui entretiennent des rapports difficiles. Les livraisons d’armes russes à l’Inde et au Vietnam peuvent aussi générer des tensions avec Pékin. Bien davantage encore qu’un choix politique, cette posture affichée par Moscou nous ramène à l’expression judicieuse popularisée par Sokoloff la Russie est une grande puissance pauvre » et largement autarcique. Elle ne participe au commerce mondial que pour vendre des matières premières et des hydrocarbures, ou bien des armements et des technologies stratégiques. La rente minière est dans tous les cas fondamentale, soit une dépendance à l’égard du cours des produits de base, ce dernier déterminé à la fois par le niveau de la demande et l’état de la concurrence du côté de l’offre. Sa vulnérabilité aux fluctuations du brut n’est pas moins grande que celle exposant les pays producteurs du Moyen-Orient. Cette vulnérabilité n’est d’ailleurs pas étrangère au fait que Moscou et Ryad aient noué une alliance énergétique en 2016, avec ses prolongements au sein de l’OPEP. Appelée OPEP+ », cette alliance russo-saoudienne vise à limiter leur production respective afin de faire remonter les cours. Cette proximité de vues – sinon d’intérêts – entre Moscou et l’un des pays clés de la région nous renvoie par ailleurs au fait que la Russie est aussi membre observateur de l’Organisation de la coopération islamique OCI. Pas la Chine. 19Arguant de l’ancienne présence de populations musulmanes en Russie – 16 millions de musulmans selon le recensement de 2002 parmi lesquels des Tatars et des Bachkirs de l’espace Volga-Oural ; des peuples indigènes du Caucase du Nord ; des communautés musulmanes éparpillées sur la totalité du territoire russe, originaires d’Asie centrale, du Caucase du Nord et d’Azerbaïdjan –, Moscou a demandé à participer aux travaux de l’OCI. Vladimir Poutine est le premier chef d’État d’un pays non musulman à participer à un sommet de l’OCI 2003 et la Russie a été depuis admise comme pays observateur, en 2005, avec le soutien de l’Iran, de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite. C’est que, même avec un noyau prépondérant russe, la Fédération de Russie est fondamentalement pluriethnique et multiconfessionnelle, et l’islam y est considéré comme l’une de ses religions traditionnelles. Il s’agit là sans doute de l’une des différences les plus sensibles entre la Fédération de Russie et la République populaire de Chine, où la majorité du pays est Han, sauf dans les provinces occidentales Tibet, Xinjiang, Mongolie intérieure par ailleurs soumises à un fort degré de sinisation. Si l’islam sunnite n’est pas représenté par une institution centrale en Fédération de Russie, il existe en revanche un Conseil russe des muftis qui permet à l’État d’exercer une forme de contrôle. Elle s’exerce en particulier sur les milieux conservateurs » et les formes non traditionnelles » de l’islam. Salafistes, obédiences proches d’Al-Qaïda, wahhabites et mouvements tels que les Frères musulmans ou le Hizb ut-Tahrir parti islamiste, très actif en Asie centrale sont proscrits. 9 Jérôme Doyon, Négocier la place de l’islam chinois les associations islamiques de Nankin à l’ère ... 10 Emmanuel Lincot et Isabelle Thireau, L’État, la ville et ses citoyens en Chine », Monde chinois, ... 20En Chine, le Parti-État exerce également un contrôle sur les associations islamiques. Alors que des interactions entre autorités et communautés religieuses permettaient, il y a encore quelques années, de maintenir une relative autonomie en matière d’organisation sociale ou d’initiatives culturelles9 et plus généralement pour toutes celles émanant de la société civile10, le raidissement du Parti depuis le renforcement du pouvoir autour de Xi Jinping associe désormais, et chaque année davantage, l’islam à un danger venu de l’étranger. Les équilibres régionaux au défi de l’eurasisme 11 Bingsong He, La vision chinoise du terrorisme », Sécurité globale, 2009/4, n° 10, p. 121-130, . 2 Emmanuel Lincot, Emmanuel Veron, Polynésie française et Océanie quelles stratégies chinoises ? » The Conversation, juin-juillet 2020 . 3 Peter Frankopan, Les Nouvelles Routes de la soie. L’émergence d’un nouveau monde, Paris, Champs Histoire, 2020. 4 Jean-Sylvestre Mongrenier, Le Monde vu de Moscou. Géopolitique de la Russie et de l’Eurasie post-soviétiques, Paris, PUF, 2020. 5 Graham Allison, Vers la guerre, la Chine et l’Amérique dans le piège de Thucydide ?, Paris, Odile Jacob, 2019. 6 Thierry Kellner, Les Nouvelles Routes de la soie projet sino-centré ou projet d’hégémonie entretien avec Dealan Riga », Asia Focus-IRIS, n° 121, septembre 2019 . 7 David Cumin, Géopolitique de l’Eurasie, avant et depuis 1991, Paris, L’Harmattan, 2020. 8 David Cumin, L’Eurasie en question entretien avec Emmanuel Lincot », Asia Focus-IRIS, n° 144, juillet-août 2020 . 9 Jérôme Doyon, Négocier la place de l’islam chinois les associations islamiques de Nankin à l’ère des réformes, Paris, L’Harmattan, 2015. 10 Emmanuel Lincot et Isabelle Thireau, L’État, la ville et ses citoyens en Chine », Monde chinois, n° 22, 2010, p. 130-135 ; Emmanuel Lincot et Monique Selim, Entre société civile globale et domination politique locale, quels nouveaux agencements collectifs en Chine ? », Monde chinois-Nouvelle Asie, n° 41, avril-mai 2015, p. 31-39. 11 Bingsong He, La vision chinoise du terrorisme », Sécurité globale, 2009/4, n° 10, p. 121-130, . 12 Inès Cavalli, La Question ouïghoure en République populaire de Chine. Enjeux géopolitiques locaux et régionaux, ENS & IEP Lyon, Master Études européennes et internationales, parcours Asie orientale et contemporaine, année académique 2017-2018, p. 79. 13 Marlène Laruelle, Sébastien Peyrouse, Globalizing Central Asia. Geopolitics and the challenges of economic development, London, Routledge, 2013. 14 Gilles Kepel, Le Prophète et la pandémie. Du Moyen-Orient au jihadisme d’atmosphère, Paris, Gallimard, 2021. 15 Marlène Laruelle, L’Idéologie eurasiste russe ou comment penser l’empire, Paris, L’Harmattan, 1999. 16 Jean-Sylvestre Mongrenier, Kazakhstan », dans Le Monde vu de Moscou. Géopolitique de la Russie et de l’Eurasie post-soviétiques, Paris, PUF, 2020, p. 227. 17 Hans-Günther Hermann, Aspects théoriques de l’historiographie chinoise des années 1980 », Études chinoises, 1991, p. 161-196 . 18 L’exercice de la censure par les autorités chinoises au sujet d’une exposition consacrée à Gengis Khan et aux Mongols, prévue au musée d’Histoire de Nantes, en 2020, a conduit son directeur, Bertrand Guillet, et d’une manière significative, à annuler l’événement. 19 Dilnur Polat, Rémi Castets et Emmanuel Lincot, Enjeux sociopolitiques de l’islam en pays ouïghour », Monde Chinois-Nouvelle Asie, n° 35, novembre-décembre 2013, p. 97-111 ; Vanessa Frangville et Jean-Yves Heurtebise dir., Crise ouïghoure. Transformation et reconstruction des identités », Monde chinois-Nouvelle Asie, n° 63, 2020. 20 Magnus Fiskejö, Le Xinjiang chinois, “nouvelle frontière” de l’épuration nationale », dans Anne Cheng dir., Penser en Chine, Paris, 2021, p. de page Pour citer cet article Référence papier Emmanuel Lincot, Ambitions et limites du grand projet chinois des Nouvelles Routes de la soie », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 151 2022, 115-129. Référence électronique Emmanuel Lincot, Ambitions et limites du grand projet chinois des Nouvelles Routes de la soie », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 151 2022, mis en ligne le 01 février 2022, consulté le 19 août 2022. URL ; DOI de page
berceau de la route de la soie du sud