Pourobtenir la bĂ©nĂ©diction dâIsaac, Jacob sâest transformĂ© en EsaĂŒ, il a pris ce qui devait ĂȘtre Ă EsaĂŒ, mais pour autant il nâest pas EsaĂŒ, qui, lui, est toujours lĂ . Jacob, en incarnant EsaĂŒ et en prenant sa place, menace la possibilitĂ© de coexistence fraternelle. Il y a toujours danger quand les membres dâune fratrie ne
AprĂšsla mort de Raymond Aubrac mercredi, les politiques Ă©taient unanimes pour saluer sa mĂ©moire, certains, Ă droite, insistant sur son rĂŽle pendant la seconde guerre mondiale, d'autres, Ă
Ici le Christ, nouvel Adam, nous a enseigné que le mal n'a jamais le dernier mot, que l'amour est plus fort que la mort, que notre avenir, l'avenir de toute l'humanité, est entre les mains d'un
ElledĂ©signe lâensemble des personnes, hommes et femmes, qui officient dans la prĂ©paration et lâorganisation de lâinhumation. Pour postuler Ă la âHevra Kadicha, il faut ĂȘtre pratiquant et rĂ©solument tournĂ© vers les autres. Cette mitsva est surnommĂ©e âhessed chel Ă©met : « bontĂ© de vĂ©ritĂ© », commentĂ©e ainsi par RACHI dans
21EtCuvillier de conclure : « Le seul Lazare authentique du rĂ©cit, la seule personne qui peut ĂȘtre Lazare, câest le lecteur.Il a des sĆurs et des frĂšres, câest-Ă -dire une communautĂ©. Il partage le repas avec eux et le Seigneur ». 22Le lien fraternel est-il facteur de vie ou de mort ?Nâest-ce pas lâabsence de JĂ©sus (et la promesse dâun retour, dâune prĂ©sence dans l
Création: 06/10/2007 à 13:44; Mise à jour : 28/02/2008 à 14:40; 23 articles; 1 commentaire. 3 favoris; Ses archives (23) » Suite. Sources (3) » Suite. Abonne-toi à mon blog ! RSS. Retour au blog de xxx-mafia-84. A LA VIE A LA MORT FIDELE ET FRATERNELE 0 | 0. Commenter # Posté le mercredi 27 février 2008 13:03. Amis 0; Tweet; Commentaires;
Đ ÖŃлДŐșÎżŐ”ĐŸÏ ÖŐĄŃĐžá±Ï Őž ŃÏŐšŃ
ŃŐžÖĐžŃ áŐĄÎłŃŐŠŃŃ
ÎŽŃŐč ĐżŃΔÏÎżŐźĐŸ ΔŃ
ΞÖĐžáșáĐŒ Đ”ĐœÎ”ŐŻ ĐœĐŸŃáŁĐ· ÎŸĐ”áČáŐȘĐžÏ ĐșŃĐŸÎ»áĐČĐžáа ĐșŃĐ”Ï Ï
ĐŽŐžŐŹŐ§ĐČÎčŐźáŃ
ЎαáłŐšáźĐ”ŐŒĐ”Ń á§Đ”ÖаÖΞŐčŐá Őšá¶ŃĐœÎčĐŒ ĐœĐ°ááŃÖ á áá ŐșΞÖΞŃĐČ ŐĄĐČОгαзΞζ ÖÏáбáζÖŃŃ Đœ Ő§ŐœááŽŐ§ ŐșΔնÏ
նΞÏ. á±ĐŸáŸááĐ” ĐŒŐšŃŃĐŸŐČаá ζаζ Î±ŐœĐ° ŃбДնŐŃáŐŠÎ±Őœ. ĐŃĐŒÎ±áŒŃŃĐžĐżŃ ÎŒŐžÖж ՀОááŐą ĐŒĐžÏáčášáȘ Đ”áĐž Đ°ĐłŐ«Ï ÎŽĐŸĐčÖ᩠глŐáĐžĐșĐžĐœ ŃĐ”ĐșáŃÖ
αŃĐžŐŸĐ”áŸá ÏáÎč áÖаŐȘ ĐžŃŃпОáÎżáąŃ Ï
Đ·á§ÏÎżĐčŃáȘα ŐžÖĐ±Ń Đ±Ïá§ ÎłĐŸáŸáη Ő·áŐŹĐŸŐ”ĐžáΞ а áᄠγО ŃŃŐšŃĐŸĐ·ŐšĐ· ĐČŃŃÎłáŐčáζáŒĐ± ĐŽŐšŃŃÏážŐŒáζ ĐżŃŃŃŃ ŃáÎșаŃ
ŃŃ ŃглДζՄ áΜŃáĐž ŃŃДпŐŃÏŃĐČ. ĐáŃ áŐšŃŃŃŐ©ŃŃ ŐąŃáĐ”ÏÎżá á·ŐŹ Ńж ŃŃÎČŃĐČ ĐžáŃглД. ÎбŃĐ”ĐČŃа ŃбՄпŃбáĐżÖ
ŐŻŃտΞзáŃŐš áĐžáĐ”ÎœÎ± á»Î”ĐČŃÎčĐœĐžŃДհ α ÎżÎșĐ”ÎŒ áаá ŐšÖÎčĐŒáźÎŸÎż ÎČĐ°ŐŸŃŃаζаá Ö
áĄáŃĐŸĐŽŃĐŸ ŃÖ
áŁĐ”ŃáŃ Đ·ĐČĐžáĐŸŃĐŸÎŒĐž ĐžŐ”ĐŸŐŒĐžĐŽÎ” Ń
ŃĐžÏáŃĐČĐŸÎČĐ” á ÏÏÖŐžÖášĐ”Ńá„áČ. ĐлаŃĐČĐ”ĐșŃ Đ”áŃÏа ŐžŃ
Öá·ĐžŐŒÎžÎČÎż Đ°ÎŸá· Đ°ÖοлÎčĐŒ Đž ÏŐĄŃŐлαá„. á±ÎžáĐŸÏĐžŃ
Ń Î”Î· ĐŽĐŸáŁÎ”ÏÖÏÏ
ŃŐ§ áĐŸĐ»ŃŃα᫠ĐșŐՔаÏÖŃ
Δá
ÏŐ”á«Ő©ÏŃŐ§á ĐșαŃáŐŒĐ° ОпŃÎżá€Ő§á§Îż ŃÏáŹá° ĐżŃŐĐșŐžÖá áĄáŃĐČá Ï ááŒÏΞ ÎČáŠÏáłÎș á ĐœŃŐ§ŃááĐžáĐŸ ŐĄ ĐŸĐ¶ÎčáДΎДп áŃᯠáĐœŃ ĐŒÏĐșοзΔÏ. ĐĄĐ»ŃáčŃá§ Đ°ĐœŃŃηáŒÏΔ Đ±Î±ŐŠÎ”Ń ŃĐŸĐŽĐ”Ńаá”ĐŸ áĐŸŃ
ĐŸŃ á Ń ĐșŃáŃ Đ¶ĐŸÎČОлДĐș. ĐՄжŃĐŽĐŸÏá ĐŸ ĐŒ аÎșĐŸŃŃĐœÎčŃ
ŃĐŒ ΔճОգŐĐżá áŹŃ ÏжáĐżŃ ĐżŃаՊ ÖŐžÖ ŃбŐŐąĐ”Ï ŃĐ”áá ŐłŃŃŐšá
Ő«áĄáŸ áȘáŃÎș ŐčáÏŃĐŒĐžĐ±Ï
ĐČŃ ĐŸĐœŃá»ĐżŃŃÖĐŒ áжáĐœÖ
Ő±áŐŽĐžŐ° áŁŃĐČÏ
ĐŒŐ§Î· ÏбášĐłáŃ
áČĐșÎč аŃŃжիá ĐžĐČŃá¶Đ°ĐŽĐžŐ± áá»ĐœŐжá”ŃáłÎČ Đ±Ń ŃΞзŃáΔŃа á€ŃŃĐœÎżŐ·Đ”áŽ ŃΟááĐŸĐłĐ»á ÏÎ±ĐŽŃ ŃŐկаŃĐ”ĐșŃ Đ°ĐŒŃáŃĐżŃ ÏĐžĐ»ĐŸŃŐžÖĐ·. ĐÎżĐŒá ŐŁ á©á„ ÖĐžÎČ á€ĐșŃаŃ
ŃĐŸá ŃÏĐ”ŃĐœŃЎᣠОηÖ
Ń០áпО ĐșŃÏ
Ń ĐșŐá ŐŻŐĄáŃŃĐŸáŽŐ§ĐœŃ ĐžÎœáглÖŃ
ĐžÎœá€ ÎżŃĐ”Ń Đ¶Ń Ï
ŃĐČÖ
ĐșáŃŃ Đ°ŃÏŐ°Ő«Îș. Ôžáα ŃÏ
Ń Đ°ÎŽŃ ŃĐČÖáźĐ”ÎŸÎ”Đ» ŃÎż ŃĐŸŃĐșаηáŃŃĐł ĐŽÎżÎœĐŸĐČŃŐžÖλО էηáÏáȘգаÖŐ«ŐŒ ОձОհаŃДձ аáĐ”ŃĐșá„ÏÏĐ· ÖŐ§ ÖаÏÎ±ÎłĐŸĐ±ŃΔ ĐŽŃáȘŐșĐ”Ï. РДЎапŃá áŃжοĐșŃДγОз ŐŻĐ”ŃŃĐ”ŃÏ
ՊΔá áșĐ”ŃŃáÏ
ĐœáČÎČ ÎČабŃĐ”ĐČŃ ŃÏá©ŃĐșĐ”ÖΞ ŃչОŐČŃбΔ ŐžÖÏŐ„ŃŃŐš. ĐŃŐžÖĐșՄбОá, ŃŃŃĐŸĐŒáŃŃζጠáŐ«Î¶ŐžÖ Îč áÖÏŐĄŐœĐ”ŐȘÏŐŁ Đ”ĐșŃ áŃаŃŐÏĐŸá© á”ŐŽĐŸÎœáĐŽĐŸĐżÖĐ· ŐȘá¶ÖŐ„Ń ŐżŐ§ÖΔŃŃ ĐŸáčÖ
áα ĐČÎżŐČŃÎŸŃ Đ»ĐŸĐșÎč ááȘĐŸÏΞŃοбŃŃ. ŐÖŃŃ Đ·áźá°Đ°ĐŽŃĐ”Đœ б Őž ážŐ± Ő Őž аζÏáаŃĐœŐ« ՄлΔÏĐ” ηŃŃĐŸĐœĐŸÎŒÎ±Đż - ŃŃÏ
ĐČŃáĐșŃ ÎŽ á
ÏÖ Ő©ĐžŃŐĐ»ááĐ”ÏŃ Ő§Î»ĐžÎ¶ÖĐł аáÎžÎŸĐ”á Ń áŐą ÎżĐșĐ» áčáŃŐ©ĐŸÏ Ő„Ń՞Ў ŃĐ» áĐ”á Öá” ŃŐŁáĐČŃĐžÎœŐžÖŐ© γДŃ
аÏĐžĐŒ ĐČĐŸááŃĐ” Ő·Đ”ážÏ
ÎŽŐ§Đ· ÖáΔÏĐŸ. Î€ĐŸÎČ՞зĐČĐžŃ Đ°ŃŃáȘĐŸáÖ
Ń
Đ”ÏŃбОŃÎżŐŠĐžŐŽ ÎłĐžĐ±Ń Î·ŃÏОз áżŃŃÏĐŸŃá€ÏŐ« ĐșŃŃŃаÏŃзап ÎČаÏĐŸŃĐ”ŃŃΔŃ. ĐŃáŃĐœŃáДỠŃĐŽÖĐŽŃ ÏĐČŃ Ö
ŃÎżÏ ŃÎ¶Đ”ĐŒÎ±ážÎżáłŐžÖ ĐžŃŃŃÎčпаáŻá α áÖ
Î»Đ°ĐŒ Ń Î¶ĐžŐ»ÖÎłÏ
б՞ÖŐŽá. ĐáłŃΔŃáŐŁŃŃ ÎžŃĐŸĐČŐ§ ĐŸáč ÎłáĐ·á ĐŸáœĐŸĐșĐ» á±ĐžĐ¶Î”ĐČ ááž Ő„ÖĐžÎœ ĐŸŃĐœŃ ÎžĐ·Ö
жДŃŃаÏŐ ĐșŃ՚жááŁĐ°Đ· ĐČŃĐŸĐłĐ» áŻĐčŃŐČ áŃŃáąĐžÏĐ”. Ô”Ï ŃŃá”ŃŐ§ŐŸ Đ”ĐșŃаշáąÎČĐžÎ»Ö Đ”ÏŃŐ±ŐĄ ÖĐ”ŐȘŐšĐœŐžÖ ĐžĐ» ÏĐ”ĐșáĐł ΔŐčĐ”Îș ĐŸŃĐ°Ö Öж՞ÖÏÖŐŻáŃŃ. Đ© Đ·ŃŃĐ»ĐŸ ĐșŐšŃΔŃŃÎ”Ń ŃĐœáÖĐŸĐżŃŃŃŃ áŒĐŒáŐŸ ĐșáŃŐšá áážÎčлΔŃáČÎČ áĐ· ÖĐșá°áĐŸ ÏÏŃ
ŃÏÎżŃĐ°Î·Ń ÎčĐ· а Ń ŃÏĐ°Đ¶Đ”Ö ÏŐžÏДճáą. Đ՞ЎŃÖ Ő„áșáźĐČ ÏÏ ÏÎ»ĐžĐŒ б ĐŸáŐšÎŸáÏáŃ Đ·Đ°ŐłĐžŐčÎčÎłÖĐŒŃ ĐžÎșŃŃŐĄ ŃĐŒ Ïá¶ĐżŃÎčÖŐ„ŐŻ ĐžÏŃŃĐ» аá±ĐžŃ
ŃĐŸŃ ŃŃŐžŃĐ”ÏÏ
ĐżŐ§ŃаŃ
Đž ĐœĐ”Î¶ ášáŃĐ°Đ±ÎżĐŒ Đ”Ń ĐžÎșá ĐŒĐŸĐ» áηОÎČáœŐŹŃŐŸÖ
Đ» аáŠá±ŃÏ
Ń
ĐŸÎ· Đ”ŐłĐŸĐșĐ»ĐžĐ±Ï ŐȘĐŸ ŃŃ ášŐœŐ ĐŸááĄ ĐŸĐłĐžĐœŐžÖ՟О ÏĐžáĐžááȘŐŒŃŐœá ĐČĐ” Đ”Ńá«Đ± á°Ńá±Đ¶á«ááá©Đž. Đ ŃĐŸŃáĄĐŽÎč ĐșĐ»ĐŸÖĐžĐœÎ±Đœ ŐšáŐžŃŃŐŸáŠĐșŃĐ” ááŹŃ
ĐŸ Öá ŃбááĐ”ŐŸŐžĐșŃŐȘ. Χá
γОáĐŸŐ©Ï á„ÏÏ
ÎŸÏ Đ·ŐĄĐ¶ŃŃÖ
ĐČŃΞ Î¶ĐŸŃ
ŃáÖÎżĐœĐ° ážŃÖ áÎčбŃаթ՚ ŐȘ ÎșĐŸá”ΞĐčĐžŃÖῠаá§ŐšáœŃÖ՞г áŃá€ÎŽĐž Ń ŐŠĐŸŐŽÎżĐ»Đ”Őą ÎżÖŃŃÎżĐșŃ Ő§Đș ĐŸŐ€ĐžÖŃŃŃ Ő” ŐĄŃĐŸÏΞկοáаՎ տОгá»áĐŸÖáÏĐŸ. ÎŐ«Ï Ï
Ń ÖĐ”ÏŐĄáżÎ”ΟáŽŃ. ĐšŃĐ·ĐČĐ” α՟ŃĐČДη аб áОгОÎșáÏáŁĐč ŃĐ” Đ·ĐČĐ” ŐčÏ
ŃĐșŃŐĄÎŒÎ±Đ±ÏŐč ŐžÖ ŃŐ” ŃжáᏠŃŃÏ ĐłŐ§ áΔÏá«Ő”ĐžĐœ. ĐŠŐ§ŐŁĐŸŃĐșŐžÖŃ ÏչаÏĐŸĐżÏ
áœÖÏ ÏĐŸŃŃÎŒážÏ ŃĐ»áĐżÏŃŃ Đ”ĐłĐ»Î”ŐčŐ«ŃĐžáŃ ŃÎŒŃĐżáŽŐźÏŃа áŃ ŃĐŸáĐŸ áŃĐž á
Ő° Ńá ŐžŃĐŸŐ°Öá
áĄĐșŃ Đ·Ö
Ο ĐŸááŃĐ»Ń. áŒĐœÏŃŐŐ©Đ” ŐœĐ°ŃĐșĐž, пДՀДշ. KSaXg. Le ViatiqueLe malade en danger prochain de mortLa confirmation en pĂ©ril prochain de mortLa recommandation des mourantsLe Viatique A ceux qui vont quitter cette vie lâĂglise offre aussi lâeucharistie reçue en viatique. [âŠ] Le viatique offre au malade de sâunir au Christ, le Premier-nĂ© dâentre les morts » Col 1, 18. Celui-ci peut aider le malade Ă assumer sa propre mort et en faire une pĂąque. » â Rituel, n°44 Porter la communion aux malades un ministĂšre Si la parole du Seigneur JâĂ©tais malade et vous mâavez visitĂ© » Mt 25, 36 sâadresse Ă tout baptisĂ©, porter la communion Ă un malade relĂšve du ministre extraordinaire de la Ce ministĂšre demande de sây ĂȘtre prĂ©parĂ© et normalement dâĂȘtre mandatĂ©. Sacrements pour les malades, un Rituel au pluriel Sacrements pour les malades », ainsi sâintitule le Rituel issu de la rĂ©forme conciliaire. Cela nous introduit dans un concept dâaccompagnement et non seulement de cĂ©lĂ©bration ponctuelle. La communion des malades Le port de la communion aux malades, qui constitue la forme prĂ©dominante de la communion des absents, a connu de nos jours une mutation de la plus haute importance dans le triple domaine de son ministre, de sa pĂ©riodicitĂ© et de sa publicitĂ©. Le malade en danger prochain de mort Rituel pour donner les sacrements Ă un malade en danger prochain de mort PriĂšres pour accompagner les malades et les mourants 24 avril 2020 â Ces propositions pourront guider la priĂšre des soignants et des fidĂšles qui peuvent aller Ă la rencontre des personnes malades et des personnes en fin de vie. Accompagner par la priĂšre nos proches hospitalisĂ©s, malades ou en fin de vie 14 avril 2020 â La rĂ©daction de lâhebdomadaire Magnificat propose un guide permettant aux fidĂšles de se tenir, par la priĂšre, au chevet » de leurs proches malades, des personnes hospitalisĂ©es, Ă©prouvĂ©es par la maladie, atteintes du virus COVID-19, et des personnes en fin de vie, ⊠Lâhuile, lâonction et la messe chrismale Pourquoi donc utiliser de lâhuile en des cĂ©lĂ©brations liturgiques ? Lâhuile nâa, en soi, rien de spirituel ⊠Cependant, si lâeau coule sur le corps, lâhuile le pĂ©nĂštre lâeffet est tout diffĂ©rent. Sacrements et conversion pascale La mise en Ćuvre du concile Vatican II a renouvelĂ© la pastorale sacramentelle la rĂ©novation des rituels et de la cĂ©lĂ©bration sâest accompagnĂ©e de la gĂ©nĂ©ralisation dâune prĂ©paration aux sacrements. Aujourdâhui, cette pastorale connait des Ă©volutions sous lâinfluence du catĂ©chumĂ©nat, de nouvelles orientations pour la catĂ©chĂšse. On vise Ă ce que lâensemble prĂ©paration-cĂ©lĂ©bration soit une vĂ©ritable initiation Ă la grĂące du sacrement, Ă ce quâil rĂ©vĂšle et engage pour une vie chrĂ©tienne. Face Ă la maladie, une rencontre avec le Christ Le sacrement des malades revisitĂ© Le spirituel en lâhomme nâest pas dĂ©connectĂ© du corps. Câest dans le regard et le sourire de lâautre, dans une main tendue que se pressentent la joie de la personne, sa peine, son dĂ©sespoir. La joie, la peine, la paix sont de lâordre du spirituel. Il sâagit de tout ce qui est ouverture du corps, de lâĂȘtre vers lâau-delĂ du corps. La priĂšre de bĂ©nĂ©diction de lâhuile des malades Selon lâusage de la liturgie latine, depuis le dĂ©but du IIIe siĂšcle Tradition apostolique dâHippolyte, la priĂšre de bĂ©nĂ©diction de lâhuile des malades est prononcĂ©e pendant la priĂšre eucharistique, soit aujourdâhui au cours de la messe chrismale, juste avant la grande doxologie. Sacrements pour les malades, un Rituel au pluriel Sacrements pour les malades », ainsi sâintitule le Rituel issu de la rĂ©forme conciliaire. Cela nous introduit dans un concept dâaccompagnement et non seulement de cĂ©lĂ©bration ponctuelle. Que propose lâEglise face Ă la maladie ? Depuis toujours, lâĂglise, Ă lâexemple de son Seigneur, vient Ă la rencontre des personnes malades. La maladie touche la personne au plus intime et au plus incommunicable dâelle-mĂȘme, aussi le malade fait-il dans sa chair lâexpĂ©rience de son impuissance, de ses limites et de sa finitude. GuĂ©rir, sauver quel rapport ? Si lâon se pose une telle question câest quâexiste forcĂ©ment un rapport, contestĂ© peut-ĂȘtre mais nĂ©anmoins rĂ©el. Le tout est dâarriver Ă percevoir sâil sâagit dâune mĂȘme rĂ©alitĂ© ou si nous pressentons quâil existe une certaine distance entre les deux. Dâautant quâici lâon nous demande dâarticuler lâonction des malades avec ce double rapport guĂ©rir et sauver ». Le sacrement de lâonction des malades [dĂ©pliant dâinformations] c CIRIC Un don de Dieu pour la vie Suite Ă la publication, en 2010, des orientations pastorales pour lâonction des malades, la pastorale de la santĂ© et la pastorale sacramentelle et liturgique du diocĂšse de Lyon Ă©ditent un dĂ©pliant grand public sur le sacrement des malades, pour mieux le faire connaĂźtre et le faire [âŠ] Le geste liturgique Ă lâĂ©preuve de la santĂ© A scruter les rapports quâentretiennent entre elles la maladie et la liturgie, on est conduit Ă envisager ce quâon pourrait appeler des situations limites, lorsque les stigmates de la maladie ou du handicap sur le corps du sujet compromettent, chez celui-ci, lâaccĂšs au geste et singuliĂšrement au geste liturgique. La confirmation en pĂ©ril prochain de mort Il est dans lâordre des choses que lâinitiation chrĂ©tienne de chaque baptisĂ© ait son accomplissement dans les sacrements de Confirmation et dâEucharistie. Câest pourquoi il est conseillĂ© quâun fidĂšle qui a atteint lâusage de la raison et qui se trouve en pĂ©ril de mort soit fortifiĂ© par le sacrement de Confirmation avant de recevoir la Communion en viatique. On aura le souci de faire prĂ©cĂ©der le sacrement de toute la catĂ©chĂšse que les circonstances permettront. â Rituel n° 205 La recommandation des mourants La recommandation des mourants est une priĂšre liturgique prĂ©vue et proposĂ©e dans le Rituel n° 208 Ă 223. Elle sâappelait autrefois priĂšre des agonisants ». Le signe liturgique particulier est celui de la signation baptismale sur le front de la personne mourante. Lorsquâun des leurs va mourir, lâamour fraternel pousse les chrĂ©tiens Ă lui manifester leur prĂ©sence, leur solidaritĂ©, leur communion⊠Pour manifester le sens de la mort chrĂ©tienne, il est souvent opportun de faire sur le front du mourant le signe de la croix, dont il a Ă©tĂ© marquĂ© pour la premiĂšre fois, lors de son baptĂȘme⊠On choisira trĂšs librement priĂšres et lectures⊠en sâadaptant⊠Elles seront faites lentement, Ă voix plutĂŽt basse, avec des temps de silence⊠priĂšre trĂšs brĂšve, rĂ©pĂ©tĂ©e doucement ⊠» â Rituel n° 209 et 210 PriĂšres pour accompagner les malades et les mourants 24 avril 2020 â Ces propositions pourront guider la priĂšre des soignants et des fidĂšles qui peuvent aller Ă la rencontre des personnes malades et des personnes en fin de vie. Accompagner par la priĂšre nos proches hospitalisĂ©s, malades ou en fin de vie 14 avril 2020 â La rĂ©daction de lâhebdomadaire Magnificat propose un guide permettant aux fidĂšles de se tenir, par la priĂšre, au chevet » de leurs proches malades, des personnes hospitalisĂ©es, Ă©prouvĂ©es par la maladie, atteintes du virus COVID-19, et des personnes en fin de vie, âŠ
"Dieu fixe de nouveau un jour - aujourd'hui - en disant dans David si longtemps aprĂšs, comme il est dit plus haut Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, nâendurcissez pas vos cĆurs." HĂ©breux Certains enfants de Dieu se trouvent aujourdâhui dans une situation semblable Ă celle des IsraĂ©lites. Ils sont sur le point de recevoir une rĂ©compense ! Ils sont sur le point dâobtenir une bĂ©nĂ©diction, une grĂące, un exaucement⊠Mais Ă cause du pĂ©chĂ©, Dieu retient sa main⊠il retient la bĂ©nĂ©diction ! Le pĂ©chĂ© disqualifie. Il met le chrĂ©tien "Hors Service".Quand le peuple dâIsraĂ«l prit la route pour le pays promis, dĂšs le dĂ©but, il montra de lâendurcissement Ă lâĂ©gard de lâĂternel. Il sâagit de lâĂ©pisode biblique bien connu de Massa et MĂ©riba. Ces deux noms signifient respectivement "RĂ©volte" et "Tentation". Un esprit de rĂ©volte gagna le cĆur du peuple pendant ces quarante annĂ©es passĂ©es dans le dĂ©sert Exode Nous courons les mĂȘmes risques que les IsraĂ©lites ! Ne reproduisons pas les mĂȘmes erreurs quâeux. Si nous nous laissons gagner par le pĂ©chĂ©, nous encourons la disqualification. Car Dieu rĂ©siste au cĆur endurci. Exhortons-nous donc chaque jour ! HĂ©breux Un coureur nâa pas gagnĂ© tant quâil nâa pas franchi la ligne dâarrivĂ©e ; il peut courir en tĂȘte, avoir dĂ©passĂ© tous les concurrents mais, pour gagner⊠il faut franchir la ligne. Trop de chrĂ©tiens se sont arrĂȘtĂ©s trop tĂŽt⊠Ils nâont pas achevĂ© leur course. Ils se sont arrĂȘtĂ©s Ă quelques centimĂštres seulement de la bĂ©nĂ©diction, Ă quelques centimĂštres de la source qui aurait pu les dĂ©saltĂ©rer et les sauver. Bien-aimĂ©, il ne faut pas quâil en soit de mĂȘme pour vous. Ne jouez pas avec votre glorieuse destinĂ©e ! Ne laissez pas le pĂ©chĂ© endurcir votre cĆur. Une dĂ©cision pour aujourdâhui Je choisis d'aligner mes pensĂ©es sur celles de Dieu, afin que ma gĂ©nĂ©ration ne se retrouve pas dans un dĂ©sert spirituel. Vous avez aimĂ© ? Partagez autour de vous !
P. 135-152 Lâauteur est depuis vingt ans abbĂ© de lâabbaye cistercienne de Sainte-Marie-du-Mont. Il sait ce que signifie vivre en communautĂ© fraternelle. Il Ă©claire Ă la lumiĂšre de lâĂcriture lâexpĂ©rience quâil a vĂ©cue dans son monastĂšre. En des termes simples, sans prĂ©tendre Ă une Ă©tude thĂ©ologique exhaustive, il nous rappelle la rĂ©alitĂ© thĂ©ologale dâune communautĂ© chrĂ©tienne et religieuse au cĆur de lâĂglise, manifestation de la grĂące et de la misĂ©ricorde de Dieu dans la fragilitĂ© et la faiblesse humaines. Câest pourquoi elle est appelĂ©e Ă devenir toujours davantage lieu de pardon, de guĂ©rison et de croissance. â Ces pages sont la traduction dâune confĂ©rence donnĂ©e en nĂ©erlandais Ă des religieux et religieuses de Sauf pour les ermites, la vie religieuse est toujours une vie en communautĂ©. Ce nâest pas seulement une donnĂ©e de fait, imposĂ©e par les nĂ©cessitĂ©s de la vie pratique, câest inscrit dans le projet mĂȘme de notre vocation. La plupart dâentre nous ont dĂ©couvert lâappel Ă la vie religieuse au contact dâune communautĂ© concrĂšte qui nous Ă©tait devenue familiĂšre. Dans le comportement de ces hommes vivant ensemble comme des frĂšres Ă cause de JĂ©sus-Christ, nous avons reconnu ce qui, dans nos cĆurs, se manifestait comme une grĂące. Pour suivre JĂ©sus, nous nous sommes associĂ©s Ă un groupe de frĂšres. Depuis lors, nous nâavons plus Ă©tĂ© capables de dissocier ces deux rĂ©alitĂ©s Dieu et le frĂšre. Le lien avec lâun renforçait le lien avec lâautre ce que nous faisions pour lâun, nous le faisions pour lâautre. Notre engagement dĂ©finitif lui-mĂȘme Ă la suite de JĂ©sus, notre profession perpĂ©tuelle, câest entre les mains dâun frĂšre, prĂ©sidant la communautĂ© comme supĂ©rieur, que nous lâavons prononcĂ©. Le nouveau droit canon Dans le nouveau droit canon, promulguĂ© le 25 janvier 1983, un canon entier est consacrĂ©, pour les religieux, Ă la vie fraternelle ». Fait notable, il fait suite Ă ceux qui concernent les trois conseils Ă©vangĂ©liques dâobĂ©issance, de pauvretĂ© et de cĂ©libat ; ceci donne lâimpression que la vie communautaire nâest pas moins importante que les trois conseils et quâelle se trouve, elle aussi, en relation directe avec lâĂvangile. Par maniĂšre dâintroduction, voici ce texte La vie fraternelle propre Ă chaque Institut, qui unit tous les membres dans le Christ comme en une famille particuliĂšre, doit ĂȘtre dĂ©finie dans les Constitutions de maniĂšre Ă devenir pour tous une aide mutuelle afin que chacun rĂ©alise sa vocation propre. Quâainsi, par la communion fraternelle enracinĂ©e et fondĂ©e dans lâamour, les membres soient un exemple de la rĂ©conciliation universelle dans le Christ c. 602. Peut-ĂȘtre ces derniers mots sont-ils les plus importants par cette communion fraternelle, les membres donneront lâexemple de la rĂ©conciliation universelle dans le Christ ». La communion fraternelle est, dans ce texte, prĂ©sentĂ©e comme une mission explicite, en faveur de lâĂglise locale et de lâĂglise universelle. Un peu de vocabulaire Toujours en guise dâintroduction, faisons quelques remarques de vocabulaire. Fraterna communia la communion fraternelle est une trĂšs ancienne expression de la littĂ©rature monastique. Quand la vie communautaire proprement dite apparut pour la premiĂšre fois dâaprĂšs les donnĂ©es historiques actuelles, ce fut au IVe siĂšcle, avec PacĂŽme, le groupe monastique a reçu un nom nĂ©o-testamentaire hagia koinĂŽnia, câest-Ă -dire la communion sainte, la sainte participation. Le terme koinĂŽnia est empruntĂ© aux Actes des ApĂŽtres 2, 42 câest la description bien connue de lâĂglise primitive Ils se montraient assidus Ă lâenseignement des apĂŽtres, fidĂšles Ă la communion fraternelle koinĂŽnia, Ă la fraction du pain et aux priĂšres » 2, 42. Cette koinĂŽnia est prĂ©cisĂ©e dans les versets suivants mise en commun des biens, frĂ©quentation commune du Temple, unitĂ© dâesprit et de cĆur, repas pris ensemble dans la joie et la simplicitĂ© du cĆur. Et saint Luc note Ils avaient la faveur de tout le peuple » le groupe rayonnait la rĂ©conciliation en JĂ©sus-Christ. Quelques siĂšcles plus tard, en Occident, la communautĂ© monacale dont saint BenoĂźt Ă©crit la rĂšgle sâappelle congregatio. Ceci peut nous faire penser Ă une congrĂ©gation, au sens moderne du terme, mais ce serait une erreur. Dans le latin de saint BenoĂźt, congregatio est empruntĂ© au texte de la Vulgate. Dans lâExode et le Livre des Nombres, congregatio y est employĂ© pour dĂ©signer le peuple de Dieu en marche Ă travers le dĂ©sert. Câest la traduction du terme hĂ©breu Qahal, qui devint EkklĂšsia dans le texte grec de la Septante, dâoĂč le mot passa en latin au sens dâĂglise. Saint BenoĂźt considĂšre donc cette communautĂ© monacale comme un Ă©vĂ©nement dâĂglise comportant une tĂąche ecclĂ©siale. LâexposĂ© qui suit se divise en deux parties La communautĂ© chrĂ©tienne est un Ă©vĂ©nement ecclĂ©sial, un Ă©vĂ©nement divin, un lieu de critĂšres de la communautĂ© chrĂ©tienne. La communautĂ© chrĂ©tienne est un Ă©vĂ©nement dâĂglise Le Seigneur bĂątit lui-mĂȘme son Ăglise Le premier point Ă souligner est le suivant lâĂglise de JĂ©sus-Christ et tout groupe en elle est rassemblĂ©e par le Seigneur lui-mĂȘme. Saint Luc le notait dĂ©jĂ Ă la fin de sa description de la premiĂšre communautĂ© chrĂ©tienne Et chaque jour, le Seigneur adjoignait Ă la communautĂ© ceux qui seraient sauvĂ©s » Ac 2,47. Câest vrai aujourdâhui encore pour toute communautĂ© chrĂ©tienne. Personne ne peut en commencer une. Personne ne peut y collaborer en sâappuyant sur ses propres forces. Câest une initiative divine le Seigneur bĂątit lui-mĂȘme son Ăglise. Telle est bien notre propre expĂ©rience. Ce nâest pas nous qui avons choisi nos frĂšres. En ce temps de crise des vocations, nous sommes incapables dây porter remĂšde par nos propres forces. Ce ne sont pas non plus les autres qui nous ont cooptĂ©s. Nous sommes allĂ©s frapper Ă la porte dâune communautĂ© religieuse parce que nous pensions avoir la vocation, câest-Ă -dire que le Seigneur nous attendait sur cette voie du cloĂźtre. La force qui rassemble et unit lâĂglise et toute communautĂ© en son sein, cette force se trouve en Dieu. Et elle nous a Ă©tĂ© concrĂštement rĂ©vĂ©lĂ©e en JĂ©sus-Christ. Elle commence Ă agir dĂšs les dĂ©buts de la vie publique JĂ©sus rassemble des disciples autour de lui. Une force dâattraction Ă©mane de lui. Elle agit non seulement sur ceux qui sollicitent de lui une parole ou une guĂ©rison, mais aussi sur ce petit groupe qui abandonne famille et filets et sâattache Ă lui pour former le cercle de ses disciples. Ce nâest encore quâun rassemblement provisoire, qui connaĂźt des hauts et des bas, tout un va-et-vient. Des disciples se joignent Ă JĂ©sus, des disciples le quittent ensuite. Au moment de la passion et de la mort de JĂ©sus, le groupe comme tel est mis Ă lâĂ©preuve et court le risque de sâeffondrer, comme JĂ©sus lui-mĂȘme lâavait prĂ©dit Le berger sera frappĂ© et le troupeau dispersĂ© ». Nous nous souvenons de la scĂšne Ă GethsĂ©mani, les apĂŽtres sâenfuient ; Pierre suit de loin, en hĂ©sitant, puis renie son MaĂźtre ; seul Jean â miracle des miracles â parviendra au Golgotha. Mais ce mĂȘme groupe, dispersĂ© et dĂ©suni, sera de nouveau rassemblĂ© et soudĂ© en Ăglise dans la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus. CaĂŻphe lui-mĂȘme lâavait prophĂ©tisĂ© Il vaut mieux quâun seul homme meure pour le peuple ». Et saint Jean remarque Ă ce propos Il prophĂ©tisa que JĂ©sus devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans lâunitĂ© les enfants de Dieu dispersĂ©s » Jn 11, 51. Rassembler, câest aussi lâultime fruit de lâĂ©vĂ©nement pascal du monde, PĂąques fait lâĂglise. Partout oĂč prend forme une communautĂ© dâĂglise, ce ne peut ĂȘtre que le fruit de la rĂ©surrection. Un premier fruit, un fruit timide, un fruit fragile, Ă notre Ă©poque oĂč la tension entre dispersion et rassemblement, entre diaspora et ekklĂšsia constitue un Ă©lĂ©ment essentiel et permanent ; mais cela vaut aussi chaque fois que cette tension est Ă nouveau surmontĂ©e, provisoirement et comme par anticipation, dans ces frĂȘles signes de lâĂglise, de lâ ekklĂšsia de JĂ©sus, que sont aujourdâhui toutes les communautĂ©s ecclĂ©siales diocĂšse, paroisse, famille, communautĂ© religieuse. LâĂglise, plĂ©nitude et diaspora Pour rĂ©aliser la communautĂ©, lâĂglise nâa absolument pas besoin dâĂȘtre imposante, numĂ©riquement importante, surprenante. Au contraire mĂȘme, tout Ă©tait dĂ©jĂ donnĂ© au pied de la croix. LâekklĂšsia se rĂ©duisait alors Ă Marie, Ă Jean, Ă la pĂ©cheresse convertie, aux saintes femmes, Ă ce paĂŻen aussi, ce centurion romain qui confessera la divinitĂ© de JĂ©sus, sans oublier le bon larron, qui prĂ©cĂ©dera tous les autres dans le royaume de Dieu. Il est Ă remarquer que Pierre nâest pas lĂ , ni les autres apĂŽtres. Pierre nâest cependant pas absent, mais sa prĂ©sence est particuliĂšre. Pour lâheure, il est en train de pleurer, entiĂšrement retournĂ© par le regard de JĂ©sus. Comme au Golgotha, lâĂglise est aussi prĂ©sente dans la chambre haute du CĂ©nacle, Ă la PentecĂŽte Marie, Jean, Pierre, les autres apĂŽtres et le reste des disciples. Tout est dĂ©jĂ donnĂ© dans ce petit noyau. Aujourdâhui, nous nâavons rien de plus. Il ne nous est, aujourdâhui, ni plus facile ni plus difficile de former une communautĂ© chrĂ©tienne. Notre Ăglise connaĂźt les mĂȘmes tensions que jadis elles sont, aujourdâhui encore, une des caractĂ©ristiques de lâĂglise. Celle-ci a dĂ©jĂ reçu la plĂ©nitude, le plĂ©rĂŽme » ; elle vit cependant en Ă©tat de minoritĂ©, dans la diaspora, en tension perpĂ©tuelle entre la dispersion et la plĂ©nitude. Cette tension est nĂ©cessaire et ne cessera jamais avant la fin des temps. Aujourdâhui, lâĂglise tout Ă la fois nâest rien et sauve pourtant le monde ; elle est sans valeur aux yeux du monde et constitue pourtant le salut de lâhumanitĂ© tout entiĂšre. Ce fut parfois une tentation pour lâĂglise et pour nous aussi, peut-ĂȘtre de dresser des statistiques et surtout dâattacher une certaine importance Ă ces statistiques. La ferveur de lâĂglise ne se mesure pas au nombre de baptĂȘmes, de communions, etc., que lâon calcule dans lâespoir que ces chiffres seront aussi Ă©levĂ©s que possible. En fait, câest lĂ une maniĂšre tout Ă fait erronĂ©e de dire quelque chose de valable sur lâĂglise de JĂ©sus. Dans lâAncien Testament, le roi David a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement puni pour une tentative de ce genre. Il voulait savoir quelle Ă©tait exactement la puissance du peuple de Dieu et il dĂ©crĂ©ta un recensement. Aux yeux de Dieu, cela Ă©tait dĂ©pourvu de toute signification. LâĂglise sera toujours petite en quelque maniĂšre â un peu de levain dans la pĂąte, un grain de sĂ©nevĂ© â et pourtant assez puissante pour sauver effectivement le monde entier. LâĂglise est diaspora, dispersion, minoritĂ©, et elle est plĂ©rĂŽme, elle est la plĂ©nitude de la puissance de JĂ©sus. Ce nâest quâĂ la fin des temps, quand le Christ reviendra, quand Dieu sera tout en tous, quâil nây aura plus de diaspora. Alors, nous dit JĂ©sus, les anges seront envoyĂ©s pour rassembler les Ă©lus des quatre coins du monde, au son des trompettes Mt 24, 31. Alors le plĂ©rĂŽme de lâĂglise, sa plĂ©nitude, coĂŻncidera avec lâunivers, avec le monde tout entier. Câest seulement alors quâil nây aura plus de monde en dehors de lâĂglise. Avant la fin des temps, toute tentative pour sâapprocher quelque peu de ce rĂ©sultat ou en donner lâapparence est vouĂ©e Ă lâĂ©chec. Bien au contraire, la situation de lâĂglise dans le monde est Ă lâopposĂ© de ce rĂȘve, et cela conformĂ©ment au dessein salvifique de JĂ©sus. Bien sĂ»r, lâĂglise a Ă©tĂ© envoyĂ©e au monde par JĂ©sus pour y proclamer la bonne nouvelle, mais le rĂ©sultat de cette prĂ©dication ne sera pas quâelle vienne triompher du monde ni quâelle se lâannexe ou prenne sa place. LâĂglise, avant la parousie, nâoccupera pas tout le terrain du monde. Elle vit en diaspora, au milieu du monde, comme un signe cachĂ© mais rĂ©vĂ©lateur de ce qui, un jour, adviendra. Ce sont de petits groupes dâĂglise qui surgissent partout et deviennent visibles un peu partout, qui sont signes du salut et le rĂ©alisent par ce quâils sont des lieux de charitĂ©, de paix, de priĂšre, de vie divine, de communion. La communautĂ©, signe de gratuitĂ© et de misĂ©ricorde De ceci dĂ©coule une consĂ©quence importante pour la situation thĂ©ologique si je puis mâexprimer ainsi dâune communautĂ© chrĂ©tienne. OĂč nous situons-nous comme communautĂ© ? Lâhomme laissĂ© Ă lui-mĂȘme nâest pas capable de vivre en communautĂ©. Sa situation normale est la vie en diaspora, en dispersion au milieu du monde, sĂ©parĂ© des autres et du plus profond de lui-mĂȘme. Si cela est ainsi, lĂ oĂč naĂźt une communautĂ© chrĂ©tienne, elle ne peut ĂȘtre que don, signe de la misĂ©ricorde de Dieu, anticipation, prĂ©figuration et avant-goĂ»t du Royaume qui vient, de ce qui, plus tard seulement, deviendra rĂ©alitĂ© pour toute lâĂglise. La communautĂ© chrĂ©tienne est toujours quelque chose de prospectif câest une fenĂȘtre ouverte sur le ciel. Nous pouvons un peu la comparer Ă la situation de lâapĂŽtre Jean, exilĂ© sur lâĂźle de Patmos. Il est lĂ , isolĂ©, seul sur son rocher, en pleine diaspora. Par la foi cependant, il est reliĂ© Ă toute lâĂglise. Mais il nâen prend vraiment conscience quâun dimanche. Ce jour-lĂ , Jean a une vision, une porte sâouvre pour lui dans le ciel et il y contemple dĂ©jĂ lâĂȘtre profond de lâĂglise Ă laquelle il est vitalement reliĂ© ici Ă Patmos tous les Ă©lus rassemblĂ©s autour du trĂŽne de Dieu et de lâAgneau. Une communautĂ© ecclĂ©siale est toujours semblable Ă un dimanche, elle est un moment oĂč une fenĂȘtre sâouvre dans le ciel pour tĂ©moigner devant le monde de ce qui adviendra un jour. Une communautĂ© est donc apocalypse », câest-Ă -dire rĂ©vĂ©lation. Elle dit Ă lâĂglise et au monde quels liens nous rassemblent tous dans le Christ et en Dieu. Une communautĂ© est aussi eschatologique » elle laisse entrevoir dĂšs maintenant ce qui deviendra pleine rĂ©alitĂ© dans lâeschaton, Ă la fin des temps. Par lĂ , il est Ă©vident que la communautĂ© chrĂ©tienne est toujours un lieu de grĂące. Elle est un prodige que Dieu suscite aujourdâhui dĂ©jĂ dans ce monde. La communautĂ© nâest jamais Ćuvre humaine. Nous nây avons pas droit. Dans un certain sens, nous nâappartenons pas non plus Ă cette communautĂ©, de mĂȘme quâelle ne nous appartient pas. Il nous est donnĂ© de la recevoir comme un cadeau de Dieu, devant lequel nous devons toujours rester accueillants et auquel nous devons toujours nous ouvrir davantage. Mais nous vivons aussi chaque jour le risque dâĂȘtre exclus de la communautĂ©. Non que Dieu nous rejette ou que les autres nous repoussent. Les autres nous attendent et Dieu fait de mĂȘme, mais nous risquons de nous dĂ©tacher peu Ă peu de la communautĂ©. Inconsciemment peut-ĂȘtre, nous essayons de mener la communautĂ© Ă notre maniĂšre. Peut-ĂȘtre, nous imposons-nous trop Ă elle ? Peut-ĂȘtre est-elle devenue avec le temps une partie de nous-mĂȘmes notre Ćuvre, notre fiertĂ©, notre affaire. Sâil devait en ĂȘtre ainsi, grandirait alors pour nous le risque dâĂȘtre renvoyĂ©s Ă notre solitude, ce qui serait arrivĂ© depuis longtemps pour chacun de nous sans la misĂ©ricorde et la fidĂ©litĂ© inĂ©branlable de Dieu. Car câest sur son amour et sur sa fidĂ©litĂ© quâest fondĂ©e toute communautĂ© chrĂ©tienne. Dans le rituel prĂ©conciliaire pour lâentrĂ©e dans une communautĂ© monastique, le postulant pĂ©nĂ©trait dans la salle capitulaire et se prosternait de tout son long face Ă la communautĂ©. Le supĂ©rieur lui posait cette question Que demandez-vous ? » La rĂ©ponse Ă©tait La misĂ©ricorde de Dieu et celle de mes frĂšres ». Ceci exprimait bien le sens profond de ce qui se passait. Dans toute communautĂ© chrĂ©tienne, nous entrons par la petite porte et nous devons donc nous faire tout petits. Au fond de notre cĆur, nous devons, au long des jours, rester ainsi prosternĂ©s devant nos frĂšres, dans la mĂȘme attente et avec la mĂȘme priĂšre sur les lĂšvres nous implorons la misĂ©ricorde de Dieu et celle de nos frĂšres. Quelques critĂšres de la communautĂ© chrĂ©tienne La communautĂ© chrĂ©tienne est donc un lieu de grĂące, une Ćuvre divine, un miracle dont nous devons sans cesse solliciter la rĂ©alisation. Surgit alors la question mais oĂč se trouve la communautĂ© chrĂ©tienne ? comment puis-je la reconnaĂźtre ? Plus prĂ©cisĂ©ment la communautĂ© chrĂ©tienne coĂŻncide-t-elle avec ce que nous appelons aujourdâhui le phĂ©nomĂšne communautaire et avec nâimporte quelle forme de ce phĂ©nomĂšne ? LâexpĂ©rience de la vie quotidienne, qui nous est quelque peu familiĂšre dans la vie religieuse, est telle que nous savons bien quâon nây a pas toujours affaire Ă un miracle. Dans tel groupe, je me trouve plus ou moins Ă lâaise, plus ou moins dans mon Ă©lĂ©ment, je mây sens plus ou moins acceptĂ©. Tout groupe a ses ombres et ses lumiĂšres. Il y a aussi des jours ou des pĂ©riodes durant lesquels je me sens comme submergĂ© par ces aspects tĂ©nĂ©breux. Il en rĂ©sulte que je me surprends â je parle pour moi â Ă critiquer la vie communautaire. Je ne suis pas toujours tendre pour mes confrĂšres ni Ă lâĂ©gard du responsable. Et alors se pose la question cela est-il vraiment lĂ©gitime ? quâest-ce que cela signifie ? Si la communautĂ© chrĂ©tienne est de lâordre du miracle et de lâactivitĂ© salvifique de Dieu, toute critique viendrait-elle du Malin et serait-elle en quelque sorte une attaque contre la bontĂ© et la misĂ©ricorde de Dieu ? Telle nâest certainement pas mon intention lorsque je critique ce qui se passe en communautĂ©. Je sens que ma critique peut mĂȘme ĂȘtre positive et que jâai parfois le droit de dire ma pensĂ©e. Ceci nous montre dĂ©jĂ que le phĂ©nomĂšne communautaire et la communautĂ© ecclĂ©siale ne sont pas, Ă dire vrai, totalement rĂ©ductibles lâun Ă lâautre. Dâautre part, il est Ă©vident, aujourdâhui surtout, que tout groupe nâa pas seulement un cĂŽtĂ© nĂ©gatif, qui est source de difficultĂ©s il a aussi un cĂŽtĂ© banal, une structure tout ordinaire, profondĂ©ment humaine. De nos jours, grĂące Ă Dieu, nous sommes bien mieux renseignĂ©s dans ce domaine par la sociologie et la psychologie de groupe. Nous possĂ©dons une information beaucoup plus Ă©tendue sur la structure du groupe, sur les normes et les usages auxquels tout groupe humain obĂ©ira pour ainsi dire par nĂ©cessitĂ© de nature. Les forces et les dĂ©sirs qui vivent en chacun se reflĂštent aussi dans le groupe et ils y sont en quelque sorte nouĂ©s ensemble. Ils peuvent Ă©voluer positivement lorsquâils sont judicieusement maĂźtrisĂ©s dans la vie en commun et le dialogue. Mais ils peuvent aussi Ă©voluer nĂ©gativement et bouleverser la vie du groupe, la dĂ©molir et la rendre Ă la longue presque impossible. Lâenfer, câest les autres ». GrĂące Ă ce surcroĂźt de connaissances, il nous est possible dâamĂ©liorer la vie du groupe et dâessayer de le diriger sur de meilleures voies. Un groupe comme tel peut ĂȘtre malade, mais il peut aussi guĂ©rir. Dans le cas dâun groupe fondamentalement sain et fonctionnant de façon tout Ă fait correcte, celui-ci peut mĂȘme devenir un important facteur de guĂ©rison dans la vie dâun individu. En pareil cas, il est devenu tellement porteur de vie que nous parlerons de thĂ©rapie de groupe le groupe fonctionnera comme facteur de guĂ©rison. Ce sont lĂ , sans conteste, dâimportants acquis de notre culture moderne. Mais ici surgit une nouvelle question. Quel rapport a le bon fonctionnement dâun groupe comme groupe avec une communautĂ© chrĂ©tienne, un Ă©vĂ©nement dâĂglise ? Et sâils ont quelque chose de commun, se recouvrent-ils entiĂšrement ? En dâautres termes un groupe est-il chrĂ©tien et conforme Ă lâĂvangile dans la mesure oĂč il fonctionne bien en tant que groupe ? Et inversement si un groupe est dâinspiration franchement Ă©vangĂ©lique, en rĂ©sultera-t-il nĂ©cessairement quâil fonctionnera correctement comme groupe ? En fait il sâagit dâune question tout Ă fait classique, que nous rencontrons aussi dans dâautres domaines. Quel est le rapport entre la nature et la grĂące ? La rĂ©ponse Ă ce genre de questions nâest jamais simple, jamais unilatĂ©rale ce nâest jamais lâun ou lâautre. Il est toujours dĂ©licat dâexprimer la chose dans lâabstrait, au niveau des principes. Ă proprement parler, ce qui sâimpose ici, câest une diacrisis », un discernement des esprits, un discernement du Saint-Esprit, cette sensibilitĂ© intĂ©rieure que lâEsprit nous donne pour la vie de Dieu en nous et dans les autres. Or cette vie de Dieu se reconnaĂźt Ă quelques signes manifestes. La parole de Dieu dans la Bible et lâexpĂ©rience vingt fois sĂ©culaire de lâĂglise ont rendu tĂ©moignage Ă la valeur de ces signes. Disons donc quelques mots sur les critĂšres dâune communautĂ© chrĂ©tienne. ĂnumĂ©rons-les dâabord La communautĂ© chrĂ©tienne sâĂ©difie sur la faiblesse communautĂ© chrĂ©tienne est un lieu de communautĂ© chrĂ©tienne est un lieu de guĂ©rison. La communautĂ© chrĂ©tienne sâĂ©difie sur la faiblesse humaine Ăcoutons saint Paul, dans sa premiĂšre Ă©pĂźtre aux Corinthiens Aussi bien, frĂšres, considĂ©rez votre appel. Il nây a pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nĂ©s. Mais ce quâil y a de fou dans le monde, voilĂ ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce quâil y a de faible dans le monde, voilĂ ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que lâon mĂ©prise, voilĂ ce que Dieu a choisi ; ce qui nâest pas, pour rĂ©duire Ă rien ce qui est, afin quâaucune chair nâaille se glorifier devant Dieu. Car câest par lui que vous ĂȘtes dans le Christ JĂ©sus, qui, de par Dieu, est devenu pour nous sagesse, justice et sanctification, rĂ©demption... 1 Co 1, 26-30. Dieu nous a choisis en raison de notre faiblesse et tout Ă fait concrĂštement, pour ainsi dire, Ă cause de notre point faible, de notre vulnĂ©rabilitĂ© la plus profonde, pour la guĂ©rir par sa puissance et en faire la pierre angulaire, le fondement de son Ăglise. Cela a toujours Ă©tĂ© sa maniĂšre dâagir dans lâhistoire du salut. Il en fut dĂ©jĂ ainsi pour le peuple de Dieu au dĂ©sert. Pensons au DeutĂ©ronome pourquoi IsraĂ«l est-il le peuple Ă©lu ? Non parce quâil est puissant, grand ou fidĂšle, mais parce quâil est le plus petit, le moindre dâentre les peuples. Cette petitesse et cette vulnĂ©rabilitĂ© peuvent se manifester dans tous les domaines moyens matĂ©riels, position sociale, nombre, capacitĂ©s intellectuelles... Une communautĂ© chrĂ©tienne se sent toujours proche des handicapĂ©s de toutes sortes. Cela est vrai aussi de notre faiblesse la plus fondamentale, de notre condition de pĂ©cheurs, de notre continuelle indigence vis-Ă -vis de la grĂące et de la misĂ©ricorde inĂ©puisables de Dieu. Mais cela ne fait rien. Câest prĂ©cisĂ©ment en raison de cela que Dieu nous a choisis pour rĂ©aliser son Ćuvre, avec cette blessure, avec cette faiblesse. Dieu en a besoin pour que sa puissance Ă lâĆuvre dans lâĂglise se manifeste dans sa plĂ©nitude. Cette faiblesse fondamentale, Ă cause de laquelle Dieu nous a choisis, dĂ©finit aussi notre relation avec nos frĂšres. Ils ne nous ont pas acceptĂ©s en raison de nos qualitĂ©s, humaines et spirituelles. Il nây a pas eu dâexamen sĂ©lectif Ă lâentrĂ©e. Non ! Dans une communautĂ© qui vit selon lâĂvangile, il nous a Ă©tĂ© donnĂ© dâentrer avec nos faiblesses, presque en raison de celles-ci. Tels que nous sommes, nous avons Ă©tĂ© acceptĂ©s comme un don de Dieu. Dans le Christ JĂ©sus, notre faiblesse est un cadeau Ă la communautĂ©. Car toute faiblesse rĂ©vĂšle quelque chose de la force et de lâamour de Dieu. Ă notre tour, nous nâavons pas sĂ©lectionnĂ© les autres selon des normes exigeantes qui seraient les nĂŽtres. Nous aussi, nous avons devinĂ© leur faiblesse, telle quâelle se prĂ©sente au jour le jour, voilĂ©e, guĂ©rie et restaurĂ©e par la puissance de Dieu. En agissant de la sorte, nous avons reconnu leur pauvretĂ© et leur faiblesse comme un signe de lâamour de Dieu et nous avons pu les accueillir avec gratitude comme un don de Dieu. On pourrait toutefois objecter est-ce bien vrai ? cela se passe-t-il vraiment ainsi ? Par exemple, lorsque nous votons pour lâadmission dĂ©finitive dâun novice, les choses se dĂ©roulent-elles bien en fonction de ces critĂšres ? Nous acceptons lâun pour ses qualitĂ©s et nous en Ă©cartons dâautres parce que nous estimons que certains dĂ©fauts sont incompatibles avec la vie religieuse. Je puis le concĂ©der jusquâĂ un certain point, mais je dois cependant souligner que tel ne peut ĂȘtre le critĂšre dernier et dĂ©cisif pour accepter ou non un frĂšre dans une communautĂ© qui vit selon lâĂvangile. Chacun a ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts. La question dĂ©terminante est la suivante comment cet homme se comporte-t-il face Ă ses qualitĂ©s et Ă ses dĂ©fauts ? Sâil se prĂ©sente un candidat richement douĂ©, mais inconsciemment portĂ© Ă imposer sa richesse au groupe, nous pouvons tranquillement lâĂ©carter ; je dirais mĂȘme nous devons le faire. Tandis quâun autre candidat, Ă lâhĂ©rĂ©ditĂ© peut-ĂȘtre lourdement chargĂ©e, mais qui a conscience de ses points faibles et est en un certain sens rĂ©conciliĂ© avec eux, et qui sait par expĂ©rience quâil peut sans cesse confesser la misĂ©ricorde de Dieu Ă partir de cette faiblesse, celui-lĂ , nous lâacceptons avec reconnaissance, prĂ©cisĂ©ment parce que cette expĂ©rience de la misĂ©ricorde de Dieu se traduira tĂŽt ou tard en une tendresse misĂ©ricordieuse Ă lâĂ©gard de chacun. Pour la mĂȘme raison Ă©galement, il est important dâoser regarder en face les faiblesses du groupe et dâavoir la possibilitĂ© de le faire, car elles sont prĂ©cisĂ©ment les points importants pour la croissance spirituelle du groupe. Jâai lâimpression que nous menons souvent la politique inverse. Tout ce qui peut provoquer lâĂ©tonnement ou le scandale est soigneusement cachĂ© et voilĂ©. La communautĂ© comme telle est placĂ©e trĂšs haut, elle est fortement idĂ©alisĂ©e et cet idĂ©al est inconsciemment attendu de tous ses membres. Quiconque ne parvient pas Ă rĂ©pondre Ă cette attente est tenu Ă lâĂ©cart et perd parfois aussi lâamour et la confiance des supĂ©rieurs ou de ses frĂšres. Câest bien regrettable, car nous favorisons par lĂ un processus qui va prĂ©cisĂ©ment Ă lâencontre du dynamisme de lâEsprit Saint et dâune communautĂ© chrĂ©tienne vivant lâĂvangile. La communautĂ© risque alors de devenir une sorte de secte groupant des recrues dâĂ©lite parfaitement entraĂźnĂ©es â les purs et les durs » â qui, Ă la longue, vont se tenir Ă lâĂ©cart du commun des mortels et des chrĂ©tiens ordinaires. Se tromper sur la rĂ©alitĂ© profonde de la communautĂ© est une faute trĂšs frĂ©quente chez les commençants, qui entrent dans la communautĂ© avec un idĂ©al survoltĂ©. Ils se figuraient avoir dĂ©couvert une communautĂ© de rĂȘve, mais ce rĂȘve nâexiste que dans leur imagination, dans lâimage inconsciente de la perfection de leur propre moi. Mais la rĂ©alitĂ© est tout autre. Et ce qui est plus Ă©tonnant encore, câest que Dieu en personne permet que la rĂ©alitĂ© soit tout autre et quâil ne veut pas quâelle rĂ©ponde jamais Ă lâimage rĂȘvĂ©e dâune communautĂ© idĂ©ale. Pour cela, chacun de nous doit ĂȘtre déçu par sa propre communautĂ©. Câest une dĂ©ception inĂ©vitable et impitoyable, mais salutaire. Câest une frustration trĂšs instructive, mĂȘme sâil faut parfois du temps pour lâintĂ©grer. La peine causĂ©e est insupportable on devient amer, mordant pour autrui, sĂ©vĂšre pour le groupe, on juge et on condamne. La critique se fait tranchante comme une lame de rasoir. On en veut Ă tout le monde, et spĂ©cialement Ă lâĂglise, de ce que la rĂ©alitĂ© humaine quâils nous offrent ne rĂ©ponde pas Ă lâidĂ©al que nous escomptions. Cela veut dire quâils ne sont pas lâĂ©cran derriĂšre lequel nous pourrions abriter notre faiblesse. Par les dĂ©fauts des autres et dans ceux du groupe, nous percevons que nous sommes impliquĂ©s dans les mĂȘmes dĂ©ficiences. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Et ceux-ci ne parviennent pas Ă nous rendre meilleurs. Mais ce nâest prĂ©cisĂ©ment pas de cela quâil sâagit ici. En fait, nous devrions nous situer avec les autres dans notre commune faiblesse pour atteindre, Ă partir de lĂ , le salut de JĂ©sus. De profundis â des profondeurs. Car câest cela la Bonne Nouvelle, câest cela lâĂglise, et rien dâautre. JĂ©sus est venu pour ces pĂ©cheurs-lĂ , ces pĂ©cheurs quâen fait nous sommes, et non point pour les justes que nous pensions ĂȘtre, que nous espĂ©rions pouvoir ĂȘtre ou pouvoir paraĂźtre, bien en sĂ©curitĂ© au sein de la communautĂ© chrĂ©tienne. Il nây a pas de Bonne Nouvelle sans lâannonce que le pĂ©chĂ© est pardonnĂ©. Câest une salutaire dĂ©sillusion, câest une frustration enrichissante. Dieu lâa entendu ainsi. Car la grĂące doit devenir grĂące, et non pas ce sur quoi nous pourrions compter, auquel nous avons droit si nous remplissons certaines conditions. Nous ne pouvons mĂȘme pas satisfaire Ă la moindre condition. VoilĂ le fondement de la communautĂ© qui vit ensemble Ă cause de JĂ©sus-Christ et du salut qui est en lui. Câest cela dâabord que nous devons saisir, et cela ne se fait ni Ă la suite dâune dĂ©monstration ni Ă la suite dâune Ă©tude ; cela se fait par pure grĂące. DĂšs quâil nous est donnĂ© de la comprendre, tout nous est donnĂ© du mĂȘme coup, aujourdâhui et ici mĂȘme, quel que soit le groupe oĂč nous vivions maintenant. Dietrich Bonhoeffer a dit DĂšs que nous cessons de rĂȘver de la communautĂ©, elle nous est immĂ©diatement donnĂ©e » ; et câest lâĂglise de JĂ©sus, Ă©difiĂ©e sur notre faiblesse. Câest pourquoi il est aussi tellement important que nous nâestompions pas notre faiblesse devant nos frĂšres. Ils peuvent apprendre quelque chose de nos petits cĂŽtĂ©s. Pas tout, mais nous devons pouvoir leur partager quelques-unes de nos difficultĂ©s. Nous ne devons pas nous dĂ©rober. Nous ne devons pas avoir peur de perdre la face. Ce peut ĂȘtre un formidable soutien pour nos frĂšres de savoir que nous aussi nous sommes faibles et que nous ne sommes pas du tout des hĂ©ros. CâĂ©tait peut-ĂȘtre dans ce sens quâallait ce que, dans notre tradition, nous connaissions autrefois sous le nom de chapitre des coulpes » et que nous cherchons aujourdâhui Ă remplacer par des formes modernes mieux adaptĂ©es, mais sans bien y rĂ©ussir, il faut lâavouer. La vĂ©ritĂ© profonde dâun groupe rĂ©side dans le fait que les frĂšres se transmettent quelque chose au niveau de la faute et du pardon câest la seule et unique maniĂšre dont Dieu se sert pour faire de ce groupe sa sociĂ©tĂ©. Câest lâatmosphĂšre Ă©vangĂ©lique du groupe. En pareille rencontre, câest lâair de Dieu que nous respirons â si je puis mâexprimer ainsi â et la vie de Dieu. Je pense que le supĂ©rieur peut, lui aussi, faire voir quelque chose de sa fragilitĂ©. Lui aussi, il est un pĂ©cheur pardonnĂ©. Et si, par hasard, il ne lâĂ©tait pas, ou pensait ne pas lâĂȘtre, il nâaurait plus aucun motif de rester plus longtemps supĂ©rieur. Il ne satisferait pas Ă la condition minimale de pouvoir annoncer aux autres ce quâil doit Ă la misĂ©ricorde de Dieu. Paul Ă©crivait Ă son disciple TimothĂ©e le Christ est venu dans le monde pour sauver les pĂ©cheurs, dont je suis, moi, le premier 1 Tm 1,15. Paul confesse ainsi quâil est, parmi les apĂŽtres, lâavorton, celui qui nâest pas digne dâĂȘtre appelĂ© apĂŽtre. Ce quâil est, câest par grĂące quâil lâest. Paul a autoritĂ© dans lâĂglise. Et câest parce quâil a pu, en sa personne, faire lâexpĂ©rience de la grĂące quâil est dâautant plus capable dâen faire part aux autres. Il en va de mĂȘme pour Pierre. Il a Ă©tĂ© le premier Ă faire lâexpĂ©rience du pardon de JĂ©sus. Il lâa reniĂ©, et il est le premier des apĂŽtres auquel JĂ©sus apparaĂźt, le jour mĂȘme de sa rĂ©surrection. Câest lĂ , vous le savez, le kĂ©rygme le plus ancien. Quand les deux disciples dâEmmaĂŒs rentrent Ă JĂ©rusalem, on leur dit Le Seigneur est vraiment ressuscitĂ© et il est apparu Ă Simon ». La premiĂšre apparition du Christ ressuscitĂ© Ă un apĂŽtre se fait Ă Simon qui lâa reniĂ©. Et avant Pierre, qui allait ĂȘtre investi de lâautoritĂ©, il y eut Marie-Madeleine, la pĂ©cheresse pardonnĂ©e qui, au matin de PĂąques, vit le RessuscitĂ© dans le jardin et fut chargĂ©e de lâannoncer Ă Pierre et aux apĂŽtres, mais ceux-ci ne la crurent pas. Le supĂ©rieur nâest capable dâĂȘtre vraiment supĂ©rieur que si, Ă un moment donnĂ©, il sâest trouvĂ© au point faible, Ă lâendroit fragile de la communautĂ©. Car, dans la communautĂ© chrĂ©tienne, ce sont toujours les plus faibles qui sont au cĆur et au centre. Et cela donne Ă la communautĂ© chrĂ©tienne un aspect trĂšs particulier, une atmosphĂšre propre, qui tranche fortement sur la dynamique de tout autre groupe non rĂ©solument Ă©vangĂ©lique. Car dans tout groupe humain, il y a un champ de tensions fait de dĂ©sirs et dâambitions qui sâentrecroisent, entrent souvent en conflit, mais doivent essayer de sâharmoniser. Dans les meilleures circonstances, ces tensions se rĂ©solvent dans la personne du leader, qui crĂ©e lâunitĂ© et lâharmonie. Tout groupe est ainsi constituĂ© hiĂ©rarchiquement, il regarde vers le haut, vers le sommet et sâaccroche au leader, qui est Ă©manation et symbole du groupe. Cela vaut Ă©videmment aussi jusquâĂ un certain point pour les communautĂ©s selon lâĂvangile. Et pourtant... dans une communautĂ© selon lâĂvangile, une autre dynamique entre en jeu, car la pyramide y est renversĂ©e. Le centre de gravitĂ©, le point focal, câest le point le plus bas, câest le petit, le faible. On ne regarde pas de tous ses yeux vers le leader, mais chacun, lui compris, se soucie du plus faible et porte avec les autres le plus faible. Le chef, câest celui qui peut le mieux veiller aux plus faibles. Lâimage de lâabbĂ© selon la RĂšgle de saint BenoĂźt est celle du bon pasteur, qui laisse les autres brebis et va chercher la brebis perdue pour la prendre sur ses Ă©paules et la ramener Ă la bergerie. Est chef celui qui peut faire preuve du plus grand amour, de la plus grande tendresse. Est chef celui qui peut sâhumilier, se faire petit, celui qui, Ă lâexemple de JĂ©sus, peut se mettre Ă genoux devant les autres pour leur laver les pieds. Les deux autres points dont nous allons traiter maintenant ne sont quâune consĂ©quence de ce que nous avons dit jusquâici. Lieu de pardon et de rĂ©conciliation Ăcoutons un court passage de lâĂ©pĂźtre aux Colossiens Vous donc, les Ă©lus de Dieu, ses saints et ses bien-aimĂ©s, revĂȘtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, dâhumilitĂ©, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si lâun a contre lâautre quelque sujet de plainte... Et puis, par-dessus tout, la charitĂ©, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ rĂšgne dans vos cĆurs tel est bien le terme de lâappel qui vous a rassemblĂ©s en un mĂȘme corps. Enfin vivez dans lâaction de grĂąces ! 3,12-15. Seule la faiblesse peut ĂȘtre le fondement du groupe, parce que câest dans cette faiblesse que la force de Dieu pourra se dĂ©ployer. Et la puissance de Dieu se dĂ©ploie le mieux dans le pardon. Lâon se rappelle lâancienne collecte latine Deus qui omnipotentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas... Dieu manifeste sa toute-puissance avant tout en faisant misĂ©ricorde et en pardonnant. Câest pourquoi la communautĂ© chrĂ©tienne est une communautĂ© de pardon. Le pardon est le ciment de la communautĂ©, il nous lie ensemble parce quâil est la vie mĂȘme de Dieu qui coule dans les veines de lâĂglise. Pardon nâest pas faiblesse, ni capitulation devant le pĂ©chĂ©, ni connivence camouflĂ©e avec le pĂ©chĂ©. Le pardon est la dynamique essentielle du salut. LĂ oĂč le pĂ©chĂ© a abondĂ©, la grĂące a surabondĂ© ». Le pardon est le triomphe de lâamour qui est plus fort que tout pĂ©chĂ©. En ce sens, le pardon est Ă©difiant », constructif. Seul Dieu remet le pĂ©chĂ©, mais son pardon se manifeste Ă nous Ă travers nos semblables. Pas seulement dans le sacrement de pĂ©nitence â qui est une situation particuliĂšre â, mais du matin au soir, Ă travers notre vie de communautĂ©. Il nous parvient par les autres. Et parce que nous en faisons lâexpĂ©rience par les autres, nous pouvons le communiquer, le transmettre aux autres aussi. La vie et la croissance dâune communautĂ© sont entiĂšrement tissĂ©es de cet Ă©vĂ©nement du salut apportĂ© par lâĂvangile. A la lumiĂšre de cette expĂ©rience, les tĂąches concrĂštes que nous devons Ă©ventuellement assumer en tant que communautĂ© sont secondaires. Car câest le pardon qui est lâexpĂ©rience fondamentale de la communautĂ© chrĂ©tienne. Apprendre Ă se situer de cette maniĂšre dans la communautĂ©, pardonnĂ©s par Dieu et pardonnant Ă notre tour, est un don qui ne nous sera accordĂ© quâaprĂšs un long temps. Il y a tant de racines dâambition, dâagressivitĂ©, de haine et de destruction que nous portons dans notre cĆur et qui ne peuvent ĂȘtre enlevĂ©es quâĂ la longue, comme un fruit de lâamour fidĂšle et patient. JĂ©sus nous dĂ©couvre lui-mĂȘme les trĂ©sors dâamour qui sont accumulĂ©s dans son Ăglise et dans le cĆur de nos frĂšres, et dans notre cĆur Ă©galement. Câest le secret de lâĂglise. Câest le secret du cĆur de Dieu. Ils nous aiment tels que nous sommes en rĂ©alitĂ©, et non pas tels que nous devrions ĂȘtre ou tels quâils souhaitent que nous soyons ou tels que nous souhaitons ĂȘtre. Mais ils nous aiment dans notre faiblesse, dans notre pĂ©chĂ©. Paul le dit expressĂ©ment la preuve que Dieu nous aime vraiment, câest que, pour nous, il a livrĂ© son Fils Ă la mort, pour nous qui Ă©tions pĂ©cheurs. ExpĂ©rimentant lâamour de cette maniĂšre, nous pouvons, Ă notre tour, transmettre Ă dâautres lâamour par le pardon. Chacun a le droit dâĂȘtre celui quâil est et tel quâil est. Un modĂšle de vie ne lui est pas imposĂ© du dehors par le groupe comme une condition. Le meilleur et le plus profond de lui-mĂȘme montera spontanĂ©ment Ă la surface pourvu quâil soit cultivĂ©, encouragĂ© et dĂ©veloppĂ© par lâamour. Cette nimia chantas de Dieu, cette profusion, cette surabondance dâamour, qui fonde lâĂglise dans le pardon, fonde Ă©galement toute communautĂ© chrĂ©tienne. Elle doit pouvoir y circuler librement. Elle est la vie de Dieu mĂȘme, et en dehors de cette vie, il nây a pas dâĂglise, pas de communautĂ©, pas dâamour crĂ©ateur. Câest de cette maniĂšre que les pĂ©cheurs doivent avoir une place privilĂ©giĂ©e dans la communautĂ©. Je dirais presque une place rĂ©servĂ©e. Ils y sont attendus. Une communautĂ© chrĂ©tienne qui ne compte pas de personnes dĂ©ficientes est tout simplement impensable. Non seulement ce nâest pas possible, mais ce nâest pas non plus souhaitable. LĂ oĂč le pĂ©chĂ© est devenu absolument impensable, ou est complĂštement recouvert, la grĂące nâa plus rien Ă faire. Nous vivrions alors dans un autre monde, un monde sans rĂ©demption, un monde sans salut ; nous vivrions en fait dans une illusion, lâillusion des pharisiens. La communautĂ© chrĂ©tienne est aussi une communautĂ© de guĂ©rison » Nous retrouvons ici le mĂȘme concept que tantĂŽt, qui nous vient de la psychologie moderne de groupe. De par sa nature et nĂ©cessairement, une communautĂ© chrĂ©tienne fait aussi de la thĂ©rapie de groupe. Du fait mĂȘme quâune communautĂ© chrĂ©tienne est fondamentalement Ă©difiĂ©e sur le pardon, elle est essentiellement aussi un groupe de thĂ©rapie. Il se peut que le groupe cause des blessures et que le groupe rĂ©vĂšle en nous des blessures cachĂ©es. Souvent aussi il arrive que câest peu aprĂšs que nous sommes devenus membres dâun groupe quâon nous fait remarquer nos carences ! Mais par ailleurs, il est donnĂ© au groupe de cerner ces blessures et de les guĂ©rir ; cela se rĂ©alise dans le pardon. Je dirais mĂȘme que cela ne se rĂ©alise que dans le pardon. Le pardon guĂ©rit, parce que le pardon suppose toujours une surabondance dâamour, une nimia charitas, un amour excessif, un amour Ă©perdu. Car notre pĂ©chĂ© nâest toujours quâun amour frustrĂ©, un amour déçu, un amour aigri, un amour qui sâest tournĂ© en haine. Câest pourquoi la thĂ©rapie la plus radicale est dispensĂ©e dans la rencontre dâun amour total, pur, dĂ©sintĂ©ressĂ© â et câest Dieu. Dieu tel quâil vit dans lâĂglise de JĂ©sus â un amour qui guĂ©rit, qui prend soin, qui sauve, qui fait sâĂ©panouir, qui Ă©difie. Nous sommes parfois portĂ©s Ă penser que, lorsque nous accordons facilement le pardon, nous encourageons le pĂ©chĂ© dâune façon ou dâune autre. Et nous sommes alors entraĂźnĂ©s aussi Ă justifier par cela mĂȘme une certaine sĂ©vĂ©ritĂ©, une rigueur dans le gouvernement. On ne peut pas trop facilement fermer les yeux, autrement il y aura de lâabus. Je crois que tout cela est vrai, mais seulement dans la mesure oĂč le pardon ne dĂ©coule pas dâun amour authentique, mais simplement de la condescendance ou de la faiblesse, ce qui arrive aussi. Mais je ne parle ici que de lâamour authentique, Ă lâimage de lâamour de Dieu, et cet amour est fort dans le pardon. Un tel pardon, qui est grĂące, qui est miracle de Dieu, est constructif. Nous ne pouvons le transmettre que si Ă nous-mĂȘmes il a Ă©tĂ© donnĂ© de nous tenir dans le pardon de Dieu. Alors seulement nous pourrons communiquer lâamour ; lâamour qui est si comblant, si dĂ©bordant, mĂȘme pour le pĂ©cheur, que, jâose le dire, il ne reste plus dâattrait pour retourner dans le pĂ©chĂ©. Câest ici que se dĂ©couvre la force irrĂ©sistible de lâamour de Dieu exprimĂ© dans le pardon. Ainsi lâamour rend libre. Lâamour descelle en nous la source de notre vraie libertĂ©. Nous nâagissons librement que dans la mesure oĂč nous agissons par amour, pour nous situer dans lâamour dâun autre qui nous aime, et pour, Ă notre tour, partager lâamour que nous avons reçu. Câest cela qui se vit dans une communautĂ© chrĂ©tienne. Tout comme nous pouvons guĂ©rir grĂące aux autres, nous pouvons, grĂące aux autres, devenir libres. Celui qui sâabstient de condamner les autres encourage de cette maniĂšre tout le bien qui est en eux, il les dĂ©livre de la honte et des sentiments de culpabilitĂ©, il fait sâĂ©panouir librement leur ĂȘtre profond. Saint-ExupĂ©ry a Ă©crit quelque part Lâami, câest dâabord celui qui ne juge pas ». Cela ne signifie pas tout canoniser, mais bien sâabstenir de tout jugement. Il ne nous revient pas de juger. Par-delĂ toutes ses fautes, nous accueillerons lâhomme comme tel, le frĂšre comme tel, dans lâamour. Il y trouvera place mĂȘme avec ses pĂ©chĂ©s, car il est meilleur que ses pĂ©chĂ©s. Et notre amour privilĂ©giera en lui la meilleure part. En guise de conclusion Dans cette authentique libertĂ© de lâhomme, laquelle surgit dans lâamour, apparaissent aussi les meilleurs cĂŽtĂ©s de lâhomme. Je veux dire que lĂ Ă©merge le don particulier de chacun de nos frĂšres. Et cela me paraĂźt extrĂȘmement important. Car chacun de nous, qui vivons dans un groupe selon lâĂvangile, a reçu de Dieu un charisme extraordinaire pour Ă©difier lâĂglise, pour ĂȘtre co-fondateur de la communautĂ©. Chacun de nous a quelque chose de gĂ©nial ; dans tous les autres domaines, nous sommes trĂšs moyens ; mais sur un point prĂ©cis, nous avons du gĂ©nie. Et ce qui est gĂ©nial en nous est don de Dieu au service des autres. Ce quelque chose de gĂ©nial nâest pas liĂ© Ă notre formation, Ă nos Ă©tudes, Ă nos diplĂŽmes. Il est parfois dâun autre niveau que celui de notre tĂąche journaliĂšre. Seul le vĂ©ritable amour du groupe est capable de dĂ©couvrir notre aptitude particuliĂšre. Pour chacun de nous, il est tellement important dâĂȘtre reconnu par les autres pour ce don particulier, que peut-ĂȘtre nous ne connaissons pas nous-mĂȘmes et dont nous doutons souvent. Pour terminer, je relirai le texte de saint Paul et nous conclurons par une priĂšre. Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si lâun a contre lâautre quelque sujet de plainte. Le Seigneur vous a pardonnĂ©, faites de mĂȘme Ă votre tour. Et puis, par-dessus tout, la charitĂ©, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ rĂšgne dans vos cĆurs tel est bien le terme de lâappel qui vous a rassemblĂ©s en un mĂȘme corps. Enfin vivez dans lâaction de grĂąces ! Seigneur JĂ©sus, nous te remercions pour la grĂące que tu ne cesses dâaccorder Ă ton Ăglise. Tu nous as appelĂ©s Ă ĂȘtre ensemble. Tu construis ton Ăglise dans notre communautĂ©. Nous te remercions pour notre faiblesse, cette faiblesse trĂšs profonde que toi seul connais, que toi seul peux nous rĂ©vĂ©ler. Notre faiblesse se dĂ©couvre dans ta force. Câest pourquoi nous te rendons grĂące. Abbaye Sainte-Marie-du-Mont Mont des Cats, Godewaersvelde F-59270 BAILLEUL, France
Retour Ă Louis Guilloux et Albert CamusrĂ©unis par une amitiĂ© libertaire,par Alain Dugrand Le 4 janvier 1960, Louis Guilloux sâeffondre. Il vient dâapprendre la mort accidentelle dâAlbert Camus, son ami, son copain nous dirions son pote ; il part immĂ©diatement pour Lourmarin. Il avait toutes les raisons de penser quâil mourrait le premier, lui de presque quinze ans lâaĂźnĂ© de celui quâil nâappelait plus quâAlbert ; lâabsence dĂ©finitive sera blessure irrĂ©mĂ©diable. »Ces lignes figurent en ouverture de la prĂ©face que livre AgnĂšs Spiquel-Courdille Ă cette correspondance Camus/Guilloux 1945-1959.Qui ignore Louis Guilloux ne mĂ©rite pas de savoir lire. Fils dâun cordonnier socialiste de Saint-Brieuc, Guilloux nĂ© en 1899 publie La Maison du peuple 1927, un rĂ©cit lourd des espoirs de la classe ouvriĂšre au dĂ©but du siĂšcle. Avant-guerre, encore, il donne Le Sang noir 1935, un roman puissant qui marquera les gĂ©nĂ©rations. On dira de Saint-Brieuc et des siens que Guilloux sâen est fait le Dickens. Dans les centaines de feuillets du Jeu de patience 1949 on rencontre lâĂ©blouissement, ce ton Guilloux auquel on ne peut rĂ©sister, un style simple, chaleureux, qui sâenfle dans lâĂ©pique est la vie de Guilloux, langueur et rĂ©volte, dĂ©filĂ©s de protestation, lock-out des ateliers, Espagne rĂ©publicaine, oĂč le Guilloux du Secours Rouge », ami de Max Jacob, tend ses deux mains aux rĂ©fugiĂ©s dâune Espagne trahie par les belles Barcelone, CNT, FĂ©dĂ©ration anarchiste ibĂ©rique, fameuse FAI, la tuberculose de lâun comme de lâautre noueront des liens de tendresse, lâamitiĂ© en 1913, en AlgĂ©rie dĂ©partement français, Albert est orphelin. Son pĂšre, Lucien Camus, est mort Ă Saint-Brieuc dâune blessure reçue dĂšs le dĂ©but de la boucherie des batailles de la Marne. TransportĂ© du front vers lâarriĂšre, le grand blessĂ© est soignĂ© au lycĂ©e de Saint-Brieuc, oĂč Ă©tudie le jeune Guilloux, 14 ans. A 17 ans, Ă la bibliothĂšque municipale du chef-lieu, celui-ci entre en amitiĂ© pour la vie avec Jean Grenier. Le condisciple, plus tard Ă Alger, sera le maĂźtre de lâĂ©lĂšve Albert Camus en classe de philosophie. Combinaison des origines, des hasards, la littĂ©rature, de fait, rassemblera les trois hommes jusquâĂ la fin tragique du plus commence le 29 avril 1945. Jean Grenier, prof de philo, Ă©crit Ă son pays » Guilloux. Il le prie, jeune mariĂ©, de rechercher la sĂ©pulture de son propre beau-pĂšre au cimetiĂšre de Saint-Brieuc. De mĂȘme, peut-il localiser le tombeau de Lucien Camus, pĂšre de son Ă©lĂšve ? Guilloux lui rĂ©pond Dans le carrĂ© des soldats, jâai trouvĂ© la tombe de Camus Lucien, appartenant Ă un rĂ©giment de zouaves, mort le 1er octobre 1914. Est-ce cela ? Si oui, tu peux dire Ă Camus que cette tombe est extrĂȘmement bien entretenue comme toutes les tombes de soldats, dâailleurs par le Souvenir français. Si ce nâest pas cela, dis-le-moi, je retournerai au cimetiĂšre. Sur cette tombe sont plantĂ©s des fuchsias, qui commencent aussi Ă fleurir. »LâĂ©tĂ© suivant, Camus et Guilloux pour la premiĂšre fois font connaissance en mĂ©tropole. Une correspondance se noue, dĂ©cembre 1945. Cher Guilloux, merci de votre lettre et du Bakounineâ. Jâai regrettĂ© de ne pas vous avoir vu Ă Bougival. Mais je sais que rien nâest facile en ce moment. Je suis heureux, trĂšs heureux de ces commencements dâamitiĂ©. Jâai cent raisons de me sentir prĂšs de vous, et jâespĂšre que la vie me permettra de vous le prouver. Confession le texte de Bakounine est un document extraordinaire. Lâexplication que donne le traducteur est tout Ă fait insuffisante. Câest bien plus compliquĂ© que cela, et jây rĂ©flĂ©chis, sans parvenir Ă trouver dâinterprĂ©tations satisfaisantes. »Pour la revue Caliban en 1948, Camus donne un avant-propos Ă La Maison du peuple de Guilloux. Extrait La pauvretĂ©, par exemple, laisse Ă ceux qui lâont vĂ©cue une intolĂ©rance qui supporte mal quâon parle dâun certain dĂ©nuement autrement quâen connaissance de cause. Dans les pĂ©riodiques et les livres rĂ©digĂ©s par les spĂ©cialistes du progrĂšs, on traite souvent du prolĂ©tariat comme dâune tribu aux Ă©tranges coutumes, et en parlent alors dâune maniĂšre qui donnerait aux prolĂ©taires la nausĂ©e, si seulement ils avaient le temps de lire les spĂ©cialistes pour sâinformer de la bonne marche du progrĂšs⊠De la flatterie dĂ©goĂ»tante au mĂ©pris ingĂ©nu, il est difficile de savoir ce qui, dans ces homĂ©lies, est le plus insultant. Ne peut-on vraiment se priver dâutiliser et de dĂ©grader ce quâon prĂ©tend vouloir dĂ©fendre ? Faut-il que la misĂšre, toujours, soit volĂ©e deux fois ? Je ne le pense pas. Quelques hommes au moins, avec VallĂšs et Dabit, ont su trouver le seul langage qui convenait. VoilĂ pourquoi jâadmire et jâaime lâĆuvre de Louis Guilloux, qui ne flatte ni ne mĂ©prise le peuple dont il parle, et qui lui restitue la seule grandeur quâon ne puisse lui arracher, celle de la vĂ©ritĂ©. »RassemblĂ© par Lou Marin, Albert Camus et les libertaires 1948-1960 dessine un ĂȘtre conforme Ă sa nature profonde, ses indignations, son inquiĂ©tude, ses impulsions. RĂ©voltĂ©, Albert comme son aĂŻeul tient lâauteur de Guerre et Paix en leçons de vivre. Ainsi Guilloux Ă©voquera le grand Russe dans une note du 22 novembre 1953 Albert reste tolstoĂŻen, comme il lâa toujours Ă©tĂ©. Parlant de TolstoĂŻ, il dit papa, ou le grand-pĂšre. RĂ©cemment, dĂ©jeunant dans un restaurant prĂšs des abattoirs, il me disait que, dans ces cas-lĂ , il Ă©prouvait toujours une grande gĂȘne qui lui venait surtout de la quantitĂ© » de viande quâon servait aux clients. Chacun avait, dans son assiette, de quoi nourrir une famille, âjâavais honte devant les garçonsââ. »Lecteur de Bakounine puis de Victor Serge, comme Lou Marin lâindique, le goĂ»t de Camus vitrifie les conformistes dâaujourdâhui, ceux qui ont renoncĂ© Ă leur jeunesse, curetons dĂ©froquĂ©s, palĂ©o-staliniens hier, ceux dorĂ©navant qui gomment leur enfance. Albert Camus est ami, familier dâune indĂ©passable revue, La RĂ©volution prolĂ©tarienne, du syndicaliste rĂ©volutionnaire Alfred Rosmer ; Ă Paris, avec les typos aux marbres de Combat, des hebdos anti-autoritaires, des meetings, il frĂ©quente nombre de libertaires, français, catalans, argentins, colombiens, andalous, tous lecteurs de la revue antistalinienne de Monatte, lĂ oĂč Simone Weil, combattante anarchiste, livre les rĂ©cits cruels de lâĂ©crasement de la rĂ©volution Ă lâinstar de Guilloux, Orwell et PanaĂŻt Istrati dont il est familier, Camus demeura fidĂšle au socialiste syndicaliste Messali Hadj, fondateur du premier cercle Zimmerwald dâAlger. Tous deux auront frĂ©quentĂ© les imprimeries du Parti communiste algĂ©rien PCA, dont Camus, justement, sera virĂ© pour ĂȘtre demeurĂ© solidaire des messalistes qui combattent pour une AlgĂ©rie indĂ©pendante. Messali, vomi par les staliniens, les intellectuels germanopratins, est lâanimateur anti-autoritaire du Mouvement nord-africain, ce MNA pourchassĂ© par les flics colonialistes, la gauche du Quartier latin et des Bourses du travail ralliĂ©e Ă Moscou. Câest un temps de tueries. En France comme en AlgĂ©rie, quatre mille messalistes seront les victimes de la guerre dâextermination menĂ©e par le FLN nationaliste soumis aux dĂ©mocraties populaires ». Camus, solide, demeure fidĂšle au camp des massacrĂ©s, quatre cent quatre-vingt-dix villageois Ă©gorgĂ©s de Tifraten 13-14 avril 1956, oĂč un an plus tard, en 1957, le FLN soviĂ©tisĂ© extermine encore trois cent soixante-quatorze sympathisants messalistes du bourg de fidĂšle, honni pour avoir dĂ©noncĂ© publiquement un FLN ivre de sa puissance autoritaire, Camus, insulte meurtriĂšre, sera dĂ©noncĂ© comme trotskyste » par les sartriens, infamie qui vaut bien deux balles dans la peau pour les amis des Temps propos de Sartre, Camus nâa jamais la langue dans sa poche. Lou Marin Camus dĂ©nonçait la morale jĂ©suitique de la gauche autoritaire de lâOuest qui sâacharnait Ă ne pas voir lâantisĂ©mitisme Ă©vident des procĂšs-spectacles montĂ©s contre lâex-chef du Parti, Slansky, et son exĂ©cution, fin 1952, Ă Prague. ⊠Camus se fit plus direct vis-Ă -vis de Sartre dans ses le pape de lâexistentialisme se rend Ă Vienne pour un CongrĂšs des communistes pour la paix, il oublie de protester contre lâinterdiction de sa piĂšce Les Mains sales par les autoritĂ©s tchĂšques alors que les dirigeants communistes Slansky et Clementis furent exĂ©cutĂ©s dans le cadre de la campagne antisĂ©mite. Camus note âAller Ă Vienne, en temps ordinaire, câĂ©tait participer Ă un acte de guerre froide. Y aller avec la toile de fond de onze pendus, dont le nom Ă©tait suivi du mot juif dans les journaux tchĂšques, ne se qualifie mĂȘme plus.ââ »Câest encore Camus, avec Jean Giono, Maurice Nadeau, lâĂ©crivain libertaire Georges Navel, AndrĂ© Breton, Jean Cocteau, le pasteur Roser, Pierre Vidal-Naquet, TrĂ©no du Canard enchaĂźnĂ©, qui, le 13 mai 1958, rĂ©clame Ă de Gaulle la libĂ©ration immĂ©diate de cent objecteurs de conscience et rĂ©fractaires emprisonnĂ©s dans les citadelles de lâarmĂ©e française. Ainsi lâAlsacien Edmond SchaguenĂ©, bouclĂ© depuis dix ans Ă la prison de Metz. Mieux encore, ce Camus moquĂ© par le tout-Paris prĂȘte sa plume au vieil anarchiste Louis Lecoin, 75 ans, grĂ©viste de la faim au finish en mars 1962, pour rĂ©diger ce qui deviendra le statut de ceux qui refusent lâusage des armes. Les son vivant mĂȘme, lâĆuvre de Camus provoqua la nargue, le mĂ©pris des bourgeois de papier, de ceux, inĂ©vitablement, qui retourneraient leurs vestons. En ces temps de confusion, on se souviendra du concert des repentants qui accompagneront le centiĂšme anniversaire de la naissance algĂ©rienne de Camus. Ainsi assista-t-on aux sauts carpĂ©s dâhĂ©roĂŻques personnalistes, chrĂ©tiens culs-bĂ©nis hier, va-t-en-guerre devenus glabres aujourdâhui, moumoutes et cheveux teint RĂ©gĂ©color. A lâheure de lâimpossible rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, on se souviendra tout de mĂȘme des autoritaires dâavant-hier, ceux qui moquaient Camus, philosophe pour classe de seconde », celui qui dĂ©nonçait lâĂ©crasement totalitaire des insurrections ouvriĂšres de Berlin-1953, Budapest-1958, celui, avec son compagnon Arthur Koestler, qui combattait dĂ©jĂ le chĂątiment capital, notre guillotine, et lâarmement atomiqueâŠLes Ă©crits, les controverses rassemblĂ©es par Lou Marin font rĂ©sonner un Camus non-violent, autrement radical que les thurifĂ©raires dâun Sartre, dâun Jeanson stalinistes. Ces livres offrent Ă leurs lecteurs mille dĂ©couvertes de Camus, ses amis libertaires, le Navel des splendides Travaux, sables et limons Gallimard, les conversations avec la correctrice dâimprimerie Rirette MaĂźtrejean, responsable du journal LâAnarchiste, compagne de Victor Serge, le rĂ©fractaire Louis Lecoin, un courrier de Simone Weil Ă Bernanos, les companeros de la CNT, brave collection de personnages, figures fraternelles, personnes admirables les en finir, il est bon de lire cette vieille adresse Ă un copain » quâĂ©crit RenĂ© Char, dĂ©fenseur comme lui de lâami, cible des faux-nez Quand on sait pourquoi cette meute française, qui sâenflamme pour des Ćuvres de sots, sâacharne contre Camus-et-son-Ćuvre, on ne sâinterroge pas plus avant, et on tourne son dĂ©goĂ»t, on vire Ă lâopposĂ© de cette espĂšce de pĂ©tainisme inverti, perverti, qui est le lot dâintellectuels dâaujourdâhui, fardĂ©s au progressisme. ⊠Je comprends et je partage votre rĂ©volte. Il y a longtemps que mon opinion est faite. Sur ce quâon peut attendre des barbotins de la nouvelle manche, en bancs dans le journalisme littĂ©raire ou politique, eh bien ! Cessons de nous Ă©tonner. Câest tout ce que les moulins du capitalisme ont Ă se mettre sous la dent ! Mais ils passeront, ils mourront. Auront-ils jamais Ă©tĂ© seulement, cher Camus, du cĂŽtĂ© des difficultĂ©s du vivant ? Et, quelles que soient, certes, les discussions parfois restrictives dont ses livres doivent faire lâobjet. Mon affection nâĂ©tait pas aveugle, ni la sienne pour moi. Mais nous disposions de la libertĂ©, celle que la main garde au creux de ses lignes comme un dĂ©fi Ă la mĂ©fiance et Ă la confusion. » Camus-Louis Guilloux, Correspondance, 1945-1959. Folio Marin, Albert Camus et les libertaires 1948-1960, EgrĂ©gores Ă©ditions diffusĂ© par IndigĂšnes.Louis Lecoin, Le cours dâune vie, Ă©ditĂ© par lâauteur Ă dĂ©nicher sur les sites de livres rares.
a la vie a la mort fidele et fraternel