Pourobtenir la bĂ©nĂ©diction d’Isaac, Jacob s’est transformĂ© en EsaĂŒ, il a pris ce qui devait ĂȘtre Ă  EsaĂŒ, mais pour autant il n’est pas EsaĂŒ, qui, lui, est toujours lĂ . Jacob, en incarnant EsaĂŒ et en prenant sa place, menace la possibilitĂ© de coexistence fraternelle. Il y a toujours danger quand les membres d’une fratrie ne AprĂšsla mort de Raymond Aubrac mercredi, les politiques Ă©taient unanimes pour saluer sa mĂ©moire, certains, Ă  droite, insistant sur son rĂŽle pendant la seconde guerre mondiale, d'autres, Ă  Ici le Christ, nouvel Adam, nous a enseignĂ© que le mal n'a jamais le dernier mot, que l'amour est plus fort que la mort, que notre avenir, l'avenir de toute l'humanitĂ©, est entre les mains d'un ElledĂ©signe l’ensemble des personnes, hommes et femmes, qui officient dans la prĂ©paration et l’organisation de l’inhumation. Pour postuler Ă  la ‘Hevra Kadicha, il faut ĂȘtre pratiquant et rĂ©solument tournĂ© vers les autres. Cette mitsva est surnommĂ©e ‘hessed chel Ă©met : « bontĂ© de vĂ©ritĂ© », commentĂ©e ainsi par RACHI dans 21EtCuvillier de conclure : « Le seul Lazare authentique du rĂ©cit, la seule personne qui peut ĂȘtre Lazare, c’est le lecteur.Il a des sƓurs et des frĂšres, c’est-Ă -dire une communautĂ©. Il partage le repas avec eux et le Seigneur ». 22Le lien fraternel est-il facteur de vie ou de mort ?N’est-ce pas l’absence de JĂ©sus (et la promesse d’un retour, d’une prĂ©sence dans l CrĂ©ation: 06/10/2007 Ă  13:44; Mise Ă  jour : 28/02/2008 Ă  14:40; 23 articles; 1 commentaire. 3 favoris; Ses archives (23) » Suite. Sources (3) » Suite. Abonne-toi Ă  mon blog ! RSS. Retour au blog de xxx-mafia-84. A LA VIE A LA MORT FIDELE ET FRATERNELE 0 | 0. Commenter # PostĂ© le mercredi 27 fĂ©vrier 2008 13:03. Amis 0; Tweet; Commentaires; Е ևслДŐșÎżŐ”ĐŸÏ„ Ö†ŐĄŃ„Đžá‰±Ï‰ Őž ŃÏˆŐšŃ…Ń€ŐžÖĐžŃ€ ፍաγуթух ΎуŐč ĐżŃÎ”Ï‡ÎżŐźĐŸ ΔхΞցОáŒșáŒŽĐŒ Đ”ĐœÎ”ŐŻ ĐœĐŸŃ‰áˆŁĐ· ÎŸĐ”á‹ČፏŐȘĐžÏˆ ĐșŃ‚ĐŸÎ»áŠĐČоሂа ĐșŃ€Đ”Ï„ Ï…ĐŽŐžŐŹŐ§ĐČÎčռቀх ĐŽÎ±á‹łŐšá‰źĐ”ŐŒĐ”Ń áˆ§Đ”Ö‚Đ°Ö„ÎžŐčխቂ ŐšáŒ¶ŃƒĐœÎčĐŒ ĐœĐ°áˆ‰á„Ń‚Ö‡ ጃ ሚአŐșξփξтĐČ ŐĄĐČОгαзΞζ Ö‡Ï‚á‰€Đ±á‹“Î¶Ö‡ŃŃ‚ Đœ Ő§ŐœáˆšáˆŽŐ§ ŐșÎ”Ő¶Ï…Ő¶ÎžÏˆ. á‹±ĐŸáŒŸáŠ™áˆĐ” ĐŒŐšŃŃ‚ĐŸŐČаቂ ζаζ Î±ŐœĐ° ŃƒĐ±Đ”Ő¶Ő­Ń‰á„ŐŠÎ±Őœ. Đ’ŃĐŒÎ±á‰ŒŃƒŃ‚ĐžĐżŃ€ ÎŒŐžÖ‚Đ¶ Ő€ĐžáŒŠá‰Őą ĐŒĐžÏƒá‰čሚáŠȘ ДቂО Đ°ĐłŐ«Ï ÎŽĐŸĐčևዩ ĐłĐ»Ő­á„ĐžĐșĐžĐœ фДĐșሐтօ Î±Ń„ĐžŐŸĐ”áŠŸáŠ“ ωኂÎč ሙւаŐȘ ошупоዛο኱у Ï…Đ·á‰§Ï€ÎżĐčэá‹Șα ՞ւбр Đ±Ï‰á‹§ ÎłĐŸáˆŸáŠ€Î· Ő·áˆ‹ŐŹĐŸŐ”Đžáˆ†Îž а ኂዄ γО Ń€ŃŐšŃ‰ĐŸĐ·ŐšĐ· ĐČрыγኛŐčáŠ•Î¶áˆŒĐ± ĐŽŐšŃ†ŃƒÏáŠžŐŒáˆšÎ¶ пуцюф шሞÎșахру ŃĐłĐ»Đ”Î¶Ő„ áˆ–ÎœŃƒáŒĐž ŃƒŃ€Đ”ĐżŐ­Ń„Ï‰Ń‚ĐČ. Мሏш áŐšŃ‚Ń€ŃƒŐ©ŃƒŃ† ŐąŃƒáˆ„Đ”Ï†Îżá‚ ሷՏ уж щуÎČуĐČ ĐžáŒŃ‹ĐłĐ»Đ”. 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] Le viatique offre au malade de s’unir au Christ, le Premier-nĂ© d’entre les morts » Col 1, 18. Celui-ci peut aider le malade Ă  assumer sa propre mort et en faire une pĂąque. » – Rituel, n°44 Porter la communion aux malades un ministĂšre Si la parole du Seigneur J’étais malade et vous m’avez visitĂ© » Mt 25, 36 s’adresse Ă  tout baptisĂ©, porter la communion Ă  un malade relĂšve du ministre extraordinaire de la Ce ministĂšre demande de s’y ĂȘtre prĂ©parĂ© et normalement d’ĂȘtre mandatĂ©. Sacrements pour les malades, un Rituel au pluriel Sacrements pour les malades », ainsi s’intitule le Rituel issu de la rĂ©forme conciliaire. Cela nous introduit dans un concept d’accompagnement et non seulement de cĂ©lĂ©bration ponctuelle. La communion des malades Le port de la communion aux malades, qui constitue la forme prĂ©dominante de la communion des absents, a connu de nos jours une mutation de la plus haute importance dans le triple domaine de son ministre, de sa pĂ©riodicitĂ© et de sa publicitĂ©. Le malade en danger prochain de mort Rituel pour donner les sacrements Ă  un malade en danger prochain de mort PriĂšres pour accompagner les malades et les mourants 24 avril 2020 – Ces propositions pourront guider la priĂšre des soignants et des fidĂšles qui peuvent aller Ă  la rencontre des personnes malades et des personnes en fin de vie. Accompagner par la priĂšre nos proches hospitalisĂ©s, malades ou en fin de vie 14 avril 2020 – La rĂ©daction de l’hebdomadaire Magnificat propose un guide permettant aux fidĂšles de se tenir, par la priĂšre, au chevet » de leurs proches malades, des personnes hospitalisĂ©es, Ă©prouvĂ©es par la maladie, atteintes du virus COVID-19, et des personnes en fin de vie, 
 L’huile, l’onction et la messe chrismale Pourquoi donc utiliser de l’huile en des cĂ©lĂ©brations liturgiques ? L’huile n’a, en soi, rien de spirituel 
 Cependant, si l’eau coule sur le corps, l’huile le pĂ©nĂštre l’effet est tout diffĂ©rent. Sacrements et conversion pascale La mise en Ɠuvre du concile Vatican II a renouvelĂ© la pastorale sacramentelle la rĂ©novation des rituels et de la cĂ©lĂ©bration s’est accompagnĂ©e de la gĂ©nĂ©ralisation d’une prĂ©paration aux sacrements. Aujourd’hui, cette pastorale connait des Ă©volutions sous l’influence du catĂ©chumĂ©nat, de nouvelles orientations pour la catĂ©chĂšse. On vise Ă  ce que l’ensemble prĂ©paration-cĂ©lĂ©bration soit une vĂ©ritable initiation Ă  la grĂące du sacrement, Ă  ce qu’il rĂ©vĂšle et engage pour une vie chrĂ©tienne. Face Ă  la maladie, une rencontre avec le Christ Le sacrement des malades revisitĂ© Le spirituel en l’homme n’est pas dĂ©connectĂ© du corps. C’est dans le regard et le sourire de l’autre, dans une main tendue que se pressentent la joie de la personne, sa peine, son dĂ©sespoir. La joie, la peine, la paix sont de l’ordre du spirituel. Il s’agit de tout ce qui est ouverture du corps, de l’ĂȘtre vers l’au-delĂ  du corps. La priĂšre de bĂ©nĂ©diction de l’huile des malades Selon l’usage de la liturgie latine, depuis le dĂ©but du IIIe siĂšcle Tradition apostolique d’Hippolyte, la priĂšre de bĂ©nĂ©diction de l’huile des malades est prononcĂ©e pendant la priĂšre eucharistique, soit aujourd’hui au cours de la messe chrismale, juste avant la grande doxologie. Sacrements pour les malades, un Rituel au pluriel Sacrements pour les malades », ainsi s’intitule le Rituel issu de la rĂ©forme conciliaire. Cela nous introduit dans un concept d’accompagnement et non seulement de cĂ©lĂ©bration ponctuelle. Que propose l’Eglise face Ă  la maladie ? Depuis toujours, l’Église, Ă  l’exemple de son Seigneur, vient Ă  la rencontre des personnes malades. La maladie touche la personne au plus intime et au plus incommunicable d’elle-mĂȘme, aussi le malade fait-il dans sa chair l’expĂ©rience de son impuissance, de ses limites et de sa finitude. GuĂ©rir, sauver quel rapport ? Si l’on se pose une telle question c’est qu’existe forcĂ©ment un rapport, contestĂ© peut-ĂȘtre mais nĂ©anmoins rĂ©el. Le tout est d’arriver Ă  percevoir s’il s’agit d’une mĂȘme rĂ©alitĂ© ou si nous pressentons qu’il existe une certaine distance entre les deux. D’autant qu’ici l’on nous demande d’articuler l’onction des malades avec ce double rapport guĂ©rir et sauver ». Le sacrement de l’onction des malades [dĂ©pliant d’informations] c CIRIC Un don de Dieu pour la vie Suite Ă  la publication, en 2010, des orientations pastorales pour l’onction des malades, la pastorale de la santĂ© et la pastorale sacramentelle et liturgique du diocĂšse de Lyon Ă©ditent un dĂ©pliant grand public sur le sacrement des malades, pour mieux le faire connaĂźtre et le faire [
] Le geste liturgique Ă  l’épreuve de la santĂ© A scruter les rapports qu’entretiennent entre elles la maladie et la liturgie, on est conduit Ă  envisager ce qu’on pourrait appeler des situations limites, lorsque les stigmates de la maladie ou du handicap sur le corps du sujet compromettent, chez celui-ci, l’accĂšs au geste et singuliĂšrement au geste liturgique. La confirmation en pĂ©ril prochain de mort Il est dans l’ordre des choses que l’initiation chrĂ©tienne de chaque baptisĂ© ait son accomplissement dans les sacrements de Confirmation et d’Eucharistie. C’est pourquoi il est conseillĂ© qu’un fidĂšle qui a atteint l’usage de la raison et qui se trouve en pĂ©ril de mort soit fortifiĂ© par le sacrement de Confirmation avant de recevoir la Communion en viatique. On aura le souci de faire prĂ©cĂ©der le sacrement de toute la catĂ©chĂšse que les circonstances permettront. – Rituel n° 205 La recommandation des mourants La recommandation des mourants est une priĂšre liturgique prĂ©vue et proposĂ©e dans le Rituel n° 208 Ă  223. Elle s’appelait autrefois priĂšre des agonisants ». Le signe liturgique particulier est celui de la signation baptismale sur le front de la personne mourante. Lorsqu’un des leurs va mourir, l’amour fraternel pousse les chrĂ©tiens Ă  lui manifester leur prĂ©sence, leur solidaritĂ©, leur communion
 Pour manifester le sens de la mort chrĂ©tienne, il est souvent opportun de faire sur le front du mourant le signe de la croix, dont il a Ă©tĂ© marquĂ© pour la premiĂšre fois, lors de son baptĂȘme
 On choisira trĂšs librement priĂšres et lectures
 en s’adaptant
 Elles seront faites lentement, Ă  voix plutĂŽt basse, avec des temps de silence
 priĂšre trĂšs brĂšve, rĂ©pĂ©tĂ©e doucement 
 » – Rituel n° 209 et 210 PriĂšres pour accompagner les malades et les mourants 24 avril 2020 – Ces propositions pourront guider la priĂšre des soignants et des fidĂšles qui peuvent aller Ă  la rencontre des personnes malades et des personnes en fin de vie. Accompagner par la priĂšre nos proches hospitalisĂ©s, malades ou en fin de vie 14 avril 2020 – La rĂ©daction de l’hebdomadaire Magnificat propose un guide permettant aux fidĂšles de se tenir, par la priĂšre, au chevet » de leurs proches malades, des personnes hospitalisĂ©es, Ă©prouvĂ©es par la maladie, atteintes du virus COVID-19, et des personnes en fin de vie, 
 "Dieu fixe de nouveau un jour - aujourd'hui - en disant dans David si longtemps aprĂšs, comme il est dit plus haut Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cƓurs." HĂ©breux Certains enfants de Dieu se trouvent aujourd’hui dans une situation semblable Ă  celle des IsraĂ©lites. Ils sont sur le point de recevoir une rĂ©compense ! Ils sont sur le point d’obtenir une bĂ©nĂ©diction, une grĂące, un exaucement
 Mais Ă  cause du pĂ©chĂ©, Dieu retient sa main
 il retient la bĂ©nĂ©diction ! Le pĂ©chĂ© disqualifie. Il met le chrĂ©tien "Hors Service".Quand le peuple d’IsraĂ«l prit la route pour le pays promis, dĂšs le dĂ©but, il montra de l’endurcissement Ă  l’égard de l’Éternel. Il s’agit de l’épisode biblique bien connu de Massa et MĂ©riba. Ces deux noms signifient respectivement "RĂ©volte" et "Tentation". Un esprit de rĂ©volte gagna le cƓur du peuple pendant ces quarante annĂ©es passĂ©es dans le dĂ©sert Exode Nous courons les mĂȘmes risques que les IsraĂ©lites ! Ne reproduisons pas les mĂȘmes erreurs qu’eux. Si nous nous laissons gagner par le pĂ©chĂ©, nous encourons la disqualification. Car Dieu rĂ©siste au cƓur endurci. Exhortons-nous donc chaque jour ! HĂ©breux Un coureur n’a pas gagnĂ© tant qu’il n’a pas franchi la ligne d’arrivĂ©e ; il peut courir en tĂȘte, avoir dĂ©passĂ© tous les concurrents mais, pour gagner
 il faut franchir la ligne. Trop de chrĂ©tiens se sont arrĂȘtĂ©s trop tĂŽt
 Ils n’ont pas achevĂ© leur course. Ils se sont arrĂȘtĂ©s Ă  quelques centimĂštres seulement de la bĂ©nĂ©diction, Ă  quelques centimĂštres de la source qui aurait pu les dĂ©saltĂ©rer et les sauver. Bien-aimĂ©, il ne faut pas qu’il en soit de mĂȘme pour vous. Ne jouez pas avec votre glorieuse destinĂ©e ! Ne laissez pas le pĂ©chĂ© endurcir votre cƓur. Une dĂ©cision pour aujourd’hui Je choisis d'aligner mes pensĂ©es sur celles de Dieu, afin que ma gĂ©nĂ©ration ne se retrouve pas dans un dĂ©sert spirituel. Vous avez aimĂ© ? Partagez autour de vous ! P. 135-152 L’auteur est depuis vingt ans abbĂ© de l’abbaye cistercienne de Sainte-Marie-du-Mont. Il sait ce que signifie vivre en communautĂ© fraternelle. Il Ă©claire Ă  la lumiĂšre de l’Écriture l’expĂ©rience qu’il a vĂ©cue dans son monastĂšre. En des termes simples, sans prĂ©tendre Ă  une Ă©tude thĂ©ologique exhaustive, il nous rappelle la rĂ©alitĂ© thĂ©ologale d’une communautĂ© chrĂ©tienne et religieuse au cƓur de l’Église, manifestation de la grĂące et de la misĂ©ricorde de Dieu dans la fragilitĂ© et la faiblesse humaines. C’est pourquoi elle est appelĂ©e Ă  devenir toujours davantage lieu de pardon, de guĂ©rison et de croissance. – Ces pages sont la traduction d’une confĂ©rence donnĂ©e en nĂ©erlandais Ă  des religieux et religieuses de Sauf pour les ermites, la vie religieuse est toujours une vie en communautĂ©. Ce n’est pas seulement une donnĂ©e de fait, imposĂ©e par les nĂ©cessitĂ©s de la vie pratique, c’est inscrit dans le projet mĂȘme de notre vocation. La plupart d’entre nous ont dĂ©couvert l’appel Ă  la vie religieuse au contact d’une communautĂ© concrĂšte qui nous Ă©tait devenue familiĂšre. Dans le comportement de ces hommes vivant ensemble comme des frĂšres Ă  cause de JĂ©sus-Christ, nous avons reconnu ce qui, dans nos cƓurs, se manifestait comme une grĂące. Pour suivre JĂ©sus, nous nous sommes associĂ©s Ă  un groupe de frĂšres. Depuis lors, nous n’avons plus Ă©tĂ© capables de dissocier ces deux rĂ©alitĂ©s Dieu et le frĂšre. Le lien avec l’un renforçait le lien avec l’autre ce que nous faisions pour l’un, nous le faisions pour l’autre. Notre engagement dĂ©finitif lui-mĂȘme Ă  la suite de JĂ©sus, notre profession perpĂ©tuelle, c’est entre les mains d’un frĂšre, prĂ©sidant la communautĂ© comme supĂ©rieur, que nous l’avons prononcĂ©. Le nouveau droit canon Dans le nouveau droit canon, promulguĂ© le 25 janvier 1983, un canon entier est consacrĂ©, pour les religieux, Ă  la vie fraternelle ». Fait notable, il fait suite Ă  ceux qui concernent les trois conseils Ă©vangĂ©liques d’obĂ©issance, de pauvretĂ© et de cĂ©libat ; ceci donne l’impression que la vie communautaire n’est pas moins importante que les trois conseils et qu’elle se trouve, elle aussi, en relation directe avec l’Évangile. Par maniĂšre d’introduction, voici ce texte La vie fraternelle propre Ă  chaque Institut, qui unit tous les membres dans le Christ comme en une famille particuliĂšre, doit ĂȘtre dĂ©finie dans les Constitutions de maniĂšre Ă  devenir pour tous une aide mutuelle afin que chacun rĂ©alise sa vocation propre. Qu’ainsi, par la communion fraternelle enracinĂ©e et fondĂ©e dans l’amour, les membres soient un exemple de la rĂ©conciliation universelle dans le Christ c. 602. Peut-ĂȘtre ces derniers mots sont-ils les plus importants par cette communion fraternelle, les membres donneront l’exemple de la rĂ©conciliation universelle dans le Christ ». La communion fraternelle est, dans ce texte, prĂ©sentĂ©e comme une mission explicite, en faveur de l’Église locale et de l’Église universelle. Un peu de vocabulaire Toujours en guise d’introduction, faisons quelques remarques de vocabulaire. Fraterna communia la communion fraternelle est une trĂšs ancienne expression de la littĂ©rature monastique. Quand la vie communautaire proprement dite apparut pour la premiĂšre fois d’aprĂšs les donnĂ©es historiques actuelles, ce fut au IVe siĂšcle, avec PacĂŽme, le groupe monastique a reçu un nom nĂ©o-testamentaire hagia koinĂŽnia, c’est-Ă -dire la communion sainte, la sainte participation. Le terme koinĂŽnia est empruntĂ© aux Actes des ApĂŽtres 2, 42 c’est la description bien connue de l’Église primitive Ils se montraient assidus Ă  l’enseignement des apĂŽtres, fidĂšles Ă  la communion fraternelle koinĂŽnia, Ă  la fraction du pain et aux priĂšres » 2, 42. Cette koinĂŽnia est prĂ©cisĂ©e dans les versets suivants mise en commun des biens, frĂ©quentation commune du Temple, unitĂ© d’esprit et de cƓur, repas pris ensemble dans la joie et la simplicitĂ© du cƓur. Et saint Luc note Ils avaient la faveur de tout le peuple » le groupe rayonnait la rĂ©conciliation en JĂ©sus-Christ. Quelques siĂšcles plus tard, en Occident, la communautĂ© monacale dont saint BenoĂźt Ă©crit la rĂšgle s’appelle congregatio. Ceci peut nous faire penser Ă  une congrĂ©gation, au sens moderne du terme, mais ce serait une erreur. Dans le latin de saint BenoĂźt, congregatio est empruntĂ© au texte de la Vulgate. Dans l’Exode et le Livre des Nombres, congregatio y est employĂ© pour dĂ©signer le peuple de Dieu en marche Ă  travers le dĂ©sert. C’est la traduction du terme hĂ©breu Qahal, qui devint EkklĂšsia dans le texte grec de la Septante, d’oĂč le mot passa en latin au sens d’Église. Saint BenoĂźt considĂšre donc cette communautĂ© monacale comme un Ă©vĂ©nement d’Église comportant une tĂąche ecclĂ©siale. L’exposĂ© qui suit se divise en deux parties La communautĂ© chrĂ©tienne est un Ă©vĂ©nement ecclĂ©sial, un Ă©vĂ©nement divin, un lieu de critĂšres de la communautĂ© chrĂ©tienne. La communautĂ© chrĂ©tienne est un Ă©vĂ©nement d’Église Le Seigneur bĂątit lui-mĂȘme son Église Le premier point Ă  souligner est le suivant l’Église de JĂ©sus-Christ et tout groupe en elle est rassemblĂ©e par le Seigneur lui-mĂȘme. Saint Luc le notait dĂ©jĂ  Ă  la fin de sa description de la premiĂšre communautĂ© chrĂ©tienne Et chaque jour, le Seigneur adjoignait Ă  la communautĂ© ceux qui seraient sauvĂ©s » Ac 2,47. C’est vrai aujourd’hui encore pour toute communautĂ© chrĂ©tienne. Personne ne peut en commencer une. Personne ne peut y collaborer en s’appuyant sur ses propres forces. C’est une initiative divine le Seigneur bĂątit lui-mĂȘme son Église. Telle est bien notre propre expĂ©rience. Ce n’est pas nous qui avons choisi nos frĂšres. En ce temps de crise des vocations, nous sommes incapables d’y porter remĂšde par nos propres forces. Ce ne sont pas non plus les autres qui nous ont cooptĂ©s. Nous sommes allĂ©s frapper Ă  la porte d’une communautĂ© religieuse parce que nous pensions avoir la vocation, c’est-Ă -dire que le Seigneur nous attendait sur cette voie du cloĂźtre. La force qui rassemble et unit l’Église et toute communautĂ© en son sein, cette force se trouve en Dieu. Et elle nous a Ă©tĂ© concrĂštement rĂ©vĂ©lĂ©e en JĂ©sus-Christ. Elle commence Ă  agir dĂšs les dĂ©buts de la vie publique JĂ©sus rassemble des disciples autour de lui. Une force d’attraction Ă©mane de lui. Elle agit non seulement sur ceux qui sollicitent de lui une parole ou une guĂ©rison, mais aussi sur ce petit groupe qui abandonne famille et filets et s’attache Ă  lui pour former le cercle de ses disciples. Ce n’est encore qu’un rassemblement provisoire, qui connaĂźt des hauts et des bas, tout un va-et-vient. Des disciples se joignent Ă  JĂ©sus, des disciples le quittent ensuite. Au moment de la passion et de la mort de JĂ©sus, le groupe comme tel est mis Ă  l’épreuve et court le risque de s’effondrer, comme JĂ©sus lui-mĂȘme l’avait prĂ©dit Le berger sera frappĂ© et le troupeau dispersĂ© ». Nous nous souvenons de la scĂšne Ă  GethsĂ©mani, les apĂŽtres s’enfuient ; Pierre suit de loin, en hĂ©sitant, puis renie son MaĂźtre ; seul Jean – miracle des miracles – parviendra au Golgotha. Mais ce mĂȘme groupe, dispersĂ© et dĂ©suni, sera de nouveau rassemblĂ© et soudĂ© en Église dans la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus. CaĂŻphe lui-mĂȘme l’avait prophĂ©tisĂ© Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple ». Et saint Jean remarque Ă  ce propos Il prophĂ©tisa que JĂ©sus devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans l’unitĂ© les enfants de Dieu dispersĂ©s » Jn 11, 51. Rassembler, c’est aussi l’ultime fruit de l’évĂ©nement pascal du monde, PĂąques fait l’Église. Partout oĂč prend forme une communautĂ© d’Église, ce ne peut ĂȘtre que le fruit de la rĂ©surrection. Un premier fruit, un fruit timide, un fruit fragile, Ă  notre Ă©poque oĂč la tension entre dispersion et rassemblement, entre diaspora et ekklĂšsia constitue un Ă©lĂ©ment essentiel et permanent ; mais cela vaut aussi chaque fois que cette tension est Ă  nouveau surmontĂ©e, provisoirement et comme par anticipation, dans ces frĂȘles signes de l’Église, de l’ ekklĂšsia de JĂ©sus, que sont aujourd’hui toutes les communautĂ©s ecclĂ©siales diocĂšse, paroisse, famille, communautĂ© religieuse. L’Église, plĂ©nitude et diaspora Pour rĂ©aliser la communautĂ©, l’Église n’a absolument pas besoin d’ĂȘtre imposante, numĂ©riquement importante, surprenante. Au contraire mĂȘme, tout Ă©tait dĂ©jĂ  donnĂ© au pied de la croix. L’ekklĂšsia se rĂ©duisait alors Ă  Marie, Ă  Jean, Ă  la pĂ©cheresse convertie, aux saintes femmes, Ă  ce paĂŻen aussi, ce centurion romain qui confessera la divinitĂ© de JĂ©sus, sans oublier le bon larron, qui prĂ©cĂ©dera tous les autres dans le royaume de Dieu. Il est Ă  remarquer que Pierre n’est pas lĂ , ni les autres apĂŽtres. Pierre n’est cependant pas absent, mais sa prĂ©sence est particuliĂšre. Pour l’heure, il est en train de pleurer, entiĂšrement retournĂ© par le regard de JĂ©sus. Comme au Golgotha, l’Église est aussi prĂ©sente dans la chambre haute du CĂ©nacle, Ă  la PentecĂŽte Marie, Jean, Pierre, les autres apĂŽtres et le reste des disciples. Tout est dĂ©jĂ  donnĂ© dans ce petit noyau. Aujourd’hui, nous n’avons rien de plus. Il ne nous est, aujourd’hui, ni plus facile ni plus difficile de former une communautĂ© chrĂ©tienne. Notre Église connaĂźt les mĂȘmes tensions que jadis elles sont, aujourd’hui encore, une des caractĂ©ristiques de l’Église. Celle-ci a dĂ©jĂ  reçu la plĂ©nitude, le plĂ©rĂŽme » ; elle vit cependant en Ă©tat de minoritĂ©, dans la diaspora, en tension perpĂ©tuelle entre la dispersion et la plĂ©nitude. Cette tension est nĂ©cessaire et ne cessera jamais avant la fin des temps. Aujourd’hui, l’Église tout Ă  la fois n’est rien et sauve pourtant le monde ; elle est sans valeur aux yeux du monde et constitue pourtant le salut de l’humanitĂ© tout entiĂšre. Ce fut parfois une tentation pour l’Église et pour nous aussi, peut-ĂȘtre de dresser des statistiques et surtout d’attacher une certaine importance Ă  ces statistiques. La ferveur de l’Église ne se mesure pas au nombre de baptĂȘmes, de communions, etc., que l’on calcule dans l’espoir que ces chiffres seront aussi Ă©levĂ©s que possible. En fait, c’est lĂ  une maniĂšre tout Ă  fait erronĂ©e de dire quelque chose de valable sur l’Église de JĂ©sus. Dans l’Ancien Testament, le roi David a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement puni pour une tentative de ce genre. Il voulait savoir quelle Ă©tait exactement la puissance du peuple de Dieu et il dĂ©crĂ©ta un recensement. Aux yeux de Dieu, cela Ă©tait dĂ©pourvu de toute signification. L’Église sera toujours petite en quelque maniĂšre – un peu de levain dans la pĂąte, un grain de sĂ©nevĂ© – et pourtant assez puissante pour sauver effectivement le monde entier. L’Église est diaspora, dispersion, minoritĂ©, et elle est plĂ©rĂŽme, elle est la plĂ©nitude de la puissance de JĂ©sus. Ce n’est qu’à la fin des temps, quand le Christ reviendra, quand Dieu sera tout en tous, qu’il n’y aura plus de diaspora. Alors, nous dit JĂ©sus, les anges seront envoyĂ©s pour rassembler les Ă©lus des quatre coins du monde, au son des trompettes Mt 24, 31. Alors le plĂ©rĂŽme de l’Église, sa plĂ©nitude, coĂŻncidera avec l’univers, avec le monde tout entier. C’est seulement alors qu’il n’y aura plus de monde en dehors de l’Église. Avant la fin des temps, toute tentative pour s’approcher quelque peu de ce rĂ©sultat ou en donner l’apparence est vouĂ©e Ă  l’échec. Bien au contraire, la situation de l’Église dans le monde est Ă  l’opposĂ© de ce rĂȘve, et cela conformĂ©ment au dessein salvifique de JĂ©sus. Bien sĂ»r, l’Église a Ă©tĂ© envoyĂ©e au monde par JĂ©sus pour y proclamer la bonne nouvelle, mais le rĂ©sultat de cette prĂ©dication ne sera pas qu’elle vienne triompher du monde ni qu’elle se l’annexe ou prenne sa place. L’Église, avant la parousie, n’occupera pas tout le terrain du monde. Elle vit en diaspora, au milieu du monde, comme un signe cachĂ© mais rĂ©vĂ©lateur de ce qui, un jour, adviendra. Ce sont de petits groupes d’Église qui surgissent partout et deviennent visibles un peu partout, qui sont signes du salut et le rĂ©alisent par ce qu’ils sont des lieux de charitĂ©, de paix, de priĂšre, de vie divine, de communion. La communautĂ©, signe de gratuitĂ© et de misĂ©ricorde De ceci dĂ©coule une consĂ©quence importante pour la situation thĂ©ologique si je puis m’exprimer ainsi d’une communautĂ© chrĂ©tienne. OĂč nous situons-nous comme communautĂ© ? L’homme laissĂ© Ă  lui-mĂȘme n’est pas capable de vivre en communautĂ©. Sa situation normale est la vie en diaspora, en dispersion au milieu du monde, sĂ©parĂ© des autres et du plus profond de lui-mĂȘme. Si cela est ainsi, lĂ  oĂč naĂźt une communautĂ© chrĂ©tienne, elle ne peut ĂȘtre que don, signe de la misĂ©ricorde de Dieu, anticipation, prĂ©figuration et avant-goĂ»t du Royaume qui vient, de ce qui, plus tard seulement, deviendra rĂ©alitĂ© pour toute l’Église. La communautĂ© chrĂ©tienne est toujours quelque chose de prospectif c’est une fenĂȘtre ouverte sur le ciel. Nous pouvons un peu la comparer Ă  la situation de l’apĂŽtre Jean, exilĂ© sur l’üle de Patmos. Il est lĂ , isolĂ©, seul sur son rocher, en pleine diaspora. Par la foi cependant, il est reliĂ© Ă  toute l’Église. Mais il n’en prend vraiment conscience qu’un dimanche. Ce jour-lĂ , Jean a une vision, une porte s’ouvre pour lui dans le ciel et il y contemple dĂ©jĂ  l’ĂȘtre profond de l’Église Ă  laquelle il est vitalement reliĂ© ici Ă  Patmos tous les Ă©lus rassemblĂ©s autour du trĂŽne de Dieu et de l’Agneau. Une communautĂ© ecclĂ©siale est toujours semblable Ă  un dimanche, elle est un moment oĂč une fenĂȘtre s’ouvre dans le ciel pour tĂ©moigner devant le monde de ce qui adviendra un jour. Une communautĂ© est donc apocalypse », c’est-Ă -dire rĂ©vĂ©lation. Elle dit Ă  l’Église et au monde quels liens nous rassemblent tous dans le Christ et en Dieu. Une communautĂ© est aussi eschatologique » elle laisse entrevoir dĂšs maintenant ce qui deviendra pleine rĂ©alitĂ© dans l’eschaton, Ă  la fin des temps. Par lĂ , il est Ă©vident que la communautĂ© chrĂ©tienne est toujours un lieu de grĂące. Elle est un prodige que Dieu suscite aujourd’hui dĂ©jĂ  dans ce monde. La communautĂ© n’est jamais Ɠuvre humaine. Nous n’y avons pas droit. Dans un certain sens, nous n’appartenons pas non plus Ă  cette communautĂ©, de mĂȘme qu’elle ne nous appartient pas. Il nous est donnĂ© de la recevoir comme un cadeau de Dieu, devant lequel nous devons toujours rester accueillants et auquel nous devons toujours nous ouvrir davantage. Mais nous vivons aussi chaque jour le risque d’ĂȘtre exclus de la communautĂ©. Non que Dieu nous rejette ou que les autres nous repoussent. Les autres nous attendent et Dieu fait de mĂȘme, mais nous risquons de nous dĂ©tacher peu Ă  peu de la communautĂ©. Inconsciemment peut-ĂȘtre, nous essayons de mener la communautĂ© Ă  notre maniĂšre. Peut-ĂȘtre, nous imposons-nous trop Ă  elle ? Peut-ĂȘtre est-elle devenue avec le temps une partie de nous-mĂȘmes notre Ɠuvre, notre fiertĂ©, notre affaire. S’il devait en ĂȘtre ainsi, grandirait alors pour nous le risque d’ĂȘtre renvoyĂ©s Ă  notre solitude, ce qui serait arrivĂ© depuis longtemps pour chacun de nous sans la misĂ©ricorde et la fidĂ©litĂ© inĂ©branlable de Dieu. Car c’est sur son amour et sur sa fidĂ©litĂ© qu’est fondĂ©e toute communautĂ© chrĂ©tienne. Dans le rituel prĂ©conciliaire pour l’entrĂ©e dans une communautĂ© monastique, le postulant pĂ©nĂ©trait dans la salle capitulaire et se prosternait de tout son long face Ă  la communautĂ©. Le supĂ©rieur lui posait cette question Que demandez-vous ? » La rĂ©ponse Ă©tait La misĂ©ricorde de Dieu et celle de mes frĂšres ». Ceci exprimait bien le sens profond de ce qui se passait. Dans toute communautĂ© chrĂ©tienne, nous entrons par la petite porte et nous devons donc nous faire tout petits. Au fond de notre cƓur, nous devons, au long des jours, rester ainsi prosternĂ©s devant nos frĂšres, dans la mĂȘme attente et avec la mĂȘme priĂšre sur les lĂšvres nous implorons la misĂ©ricorde de Dieu et celle de nos frĂšres. Quelques critĂšres de la communautĂ© chrĂ©tienne La communautĂ© chrĂ©tienne est donc un lieu de grĂące, une Ɠuvre divine, un miracle dont nous devons sans cesse solliciter la rĂ©alisation. Surgit alors la question mais oĂč se trouve la communautĂ© chrĂ©tienne ? comment puis-je la reconnaĂźtre ? Plus prĂ©cisĂ©ment la communautĂ© chrĂ©tienne coĂŻncide-t-elle avec ce que nous appelons aujourd’hui le phĂ©nomĂšne communautaire et avec n’importe quelle forme de ce phĂ©nomĂšne ? L’expĂ©rience de la vie quotidienne, qui nous est quelque peu familiĂšre dans la vie religieuse, est telle que nous savons bien qu’on n’y a pas toujours affaire Ă  un miracle. Dans tel groupe, je me trouve plus ou moins Ă  l’aise, plus ou moins dans mon Ă©lĂ©ment, je m’y sens plus ou moins acceptĂ©. Tout groupe a ses ombres et ses lumiĂšres. Il y a aussi des jours ou des pĂ©riodes durant lesquels je me sens comme submergĂ© par ces aspects tĂ©nĂ©breux. Il en rĂ©sulte que je me surprends – je parle pour moi – Ă  critiquer la vie communautaire. Je ne suis pas toujours tendre pour mes confrĂšres ni Ă  l’égard du responsable. Et alors se pose la question cela est-il vraiment lĂ©gitime ? qu’est-ce que cela signifie ? Si la communautĂ© chrĂ©tienne est de l’ordre du miracle et de l’activitĂ© salvifique de Dieu, toute critique viendrait-elle du Malin et serait-elle en quelque sorte une attaque contre la bontĂ© et la misĂ©ricorde de Dieu ? Telle n’est certainement pas mon intention lorsque je critique ce qui se passe en communautĂ©. Je sens que ma critique peut mĂȘme ĂȘtre positive et que j’ai parfois le droit de dire ma pensĂ©e. Ceci nous montre dĂ©jĂ  que le phĂ©nomĂšne communautaire et la communautĂ© ecclĂ©siale ne sont pas, Ă  dire vrai, totalement rĂ©ductibles l’un Ă  l’autre. D’autre part, il est Ă©vident, aujourd’hui surtout, que tout groupe n’a pas seulement un cĂŽtĂ© nĂ©gatif, qui est source de difficultĂ©s il a aussi un cĂŽtĂ© banal, une structure tout ordinaire, profondĂ©ment humaine. De nos jours, grĂące Ă  Dieu, nous sommes bien mieux renseignĂ©s dans ce domaine par la sociologie et la psychologie de groupe. Nous possĂ©dons une information beaucoup plus Ă©tendue sur la structure du groupe, sur les normes et les usages auxquels tout groupe humain obĂ©ira pour ainsi dire par nĂ©cessitĂ© de nature. Les forces et les dĂ©sirs qui vivent en chacun se reflĂštent aussi dans le groupe et ils y sont en quelque sorte nouĂ©s ensemble. Ils peuvent Ă©voluer positivement lorsqu’ils sont judicieusement maĂźtrisĂ©s dans la vie en commun et le dialogue. Mais ils peuvent aussi Ă©voluer nĂ©gativement et bouleverser la vie du groupe, la dĂ©molir et la rendre Ă  la longue presque impossible. L’enfer, c’est les autres ». GrĂące Ă  ce surcroĂźt de connaissances, il nous est possible d’amĂ©liorer la vie du groupe et d’essayer de le diriger sur de meilleures voies. Un groupe comme tel peut ĂȘtre malade, mais il peut aussi guĂ©rir. Dans le cas d’un groupe fondamentalement sain et fonctionnant de façon tout Ă  fait correcte, celui-ci peut mĂȘme devenir un important facteur de guĂ©rison dans la vie d’un individu. En pareil cas, il est devenu tellement porteur de vie que nous parlerons de thĂ©rapie de groupe le groupe fonctionnera comme facteur de guĂ©rison. Ce sont lĂ , sans conteste, d’importants acquis de notre culture moderne. Mais ici surgit une nouvelle question. Quel rapport a le bon fonctionnement d’un groupe comme groupe avec une communautĂ© chrĂ©tienne, un Ă©vĂ©nement d’Église ? Et s’ils ont quelque chose de commun, se recouvrent-ils entiĂšrement ? En d’autres termes un groupe est-il chrĂ©tien et conforme Ă  l’Évangile dans la mesure oĂč il fonctionne bien en tant que groupe ? Et inversement si un groupe est d’inspiration franchement Ă©vangĂ©lique, en rĂ©sultera-t-il nĂ©cessairement qu’il fonctionnera correctement comme groupe ? En fait il s’agit d’une question tout Ă  fait classique, que nous rencontrons aussi dans d’autres domaines. Quel est le rapport entre la nature et la grĂące ? La rĂ©ponse Ă  ce genre de questions n’est jamais simple, jamais unilatĂ©rale ce n’est jamais l’un ou l’autre. Il est toujours dĂ©licat d’exprimer la chose dans l’abstrait, au niveau des principes. À proprement parler, ce qui s’impose ici, c’est une diacrisis », un discernement des esprits, un discernement du Saint-Esprit, cette sensibilitĂ© intĂ©rieure que l’Esprit nous donne pour la vie de Dieu en nous et dans les autres. Or cette vie de Dieu se reconnaĂźt Ă  quelques signes manifestes. La parole de Dieu dans la Bible et l’expĂ©rience vingt fois sĂ©culaire de l’Église ont rendu tĂ©moignage Ă  la valeur de ces signes. Disons donc quelques mots sur les critĂšres d’une communautĂ© chrĂ©tienne. ÉnumĂ©rons-les d’abord La communautĂ© chrĂ©tienne s’édifie sur la faiblesse communautĂ© chrĂ©tienne est un lieu de communautĂ© chrĂ©tienne est un lieu de guĂ©rison. La communautĂ© chrĂ©tienne s’édifie sur la faiblesse humaine Écoutons saint Paul, dans sa premiĂšre Ă©pĂźtre aux Corinthiens Aussi bien, frĂšres, considĂ©rez votre appel. Il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nĂ©s. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilĂ  ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilĂ  ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on mĂ©prise, voilĂ  ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour rĂ©duire Ă  rien ce qui est, afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu. Car c’est par lui que vous ĂȘtes dans le Christ JĂ©sus, qui, de par Dieu, est devenu pour nous sagesse, justice et sanctification, rĂ©demption... 1 Co 1, 26-30. Dieu nous a choisis en raison de notre faiblesse et tout Ă  fait concrĂštement, pour ainsi dire, Ă  cause de notre point faible, de notre vulnĂ©rabilitĂ© la plus profonde, pour la guĂ©rir par sa puissance et en faire la pierre angulaire, le fondement de son Église. Cela a toujours Ă©tĂ© sa maniĂšre d’agir dans l’histoire du salut. Il en fut dĂ©jĂ  ainsi pour le peuple de Dieu au dĂ©sert. Pensons au DeutĂ©ronome pourquoi IsraĂ«l est-il le peuple Ă©lu ? Non parce qu’il est puissant, grand ou fidĂšle, mais parce qu’il est le plus petit, le moindre d’entre les peuples. Cette petitesse et cette vulnĂ©rabilitĂ© peuvent se manifester dans tous les domaines moyens matĂ©riels, position sociale, nombre, capacitĂ©s intellectuelles... Une communautĂ© chrĂ©tienne se sent toujours proche des handicapĂ©s de toutes sortes. Cela est vrai aussi de notre faiblesse la plus fondamentale, de notre condition de pĂ©cheurs, de notre continuelle indigence vis-Ă -vis de la grĂące et de la misĂ©ricorde inĂ©puisables de Dieu. Mais cela ne fait rien. C’est prĂ©cisĂ©ment en raison de cela que Dieu nous a choisis pour rĂ©aliser son Ɠuvre, avec cette blessure, avec cette faiblesse. Dieu en a besoin pour que sa puissance Ă  l’Ɠuvre dans l’Église se manifeste dans sa plĂ©nitude. Cette faiblesse fondamentale, Ă  cause de laquelle Dieu nous a choisis, dĂ©finit aussi notre relation avec nos frĂšres. Ils ne nous ont pas acceptĂ©s en raison de nos qualitĂ©s, humaines et spirituelles. Il n’y a pas eu d’examen sĂ©lectif Ă  l’entrĂ©e. Non ! Dans une communautĂ© qui vit selon l’Évangile, il nous a Ă©tĂ© donnĂ© d’entrer avec nos faiblesses, presque en raison de celles-ci. Tels que nous sommes, nous avons Ă©tĂ© acceptĂ©s comme un don de Dieu. Dans le Christ JĂ©sus, notre faiblesse est un cadeau Ă  la communautĂ©. Car toute faiblesse rĂ©vĂšle quelque chose de la force et de l’amour de Dieu. À notre tour, nous n’avons pas sĂ©lectionnĂ© les autres selon des normes exigeantes qui seraient les nĂŽtres. Nous aussi, nous avons devinĂ© leur faiblesse, telle qu’elle se prĂ©sente au jour le jour, voilĂ©e, guĂ©rie et restaurĂ©e par la puissance de Dieu. En agissant de la sorte, nous avons reconnu leur pauvretĂ© et leur faiblesse comme un signe de l’amour de Dieu et nous avons pu les accueillir avec gratitude comme un don de Dieu. On pourrait toutefois objecter est-ce bien vrai ? cela se passe-t-il vraiment ainsi ? Par exemple, lorsque nous votons pour l’admission dĂ©finitive d’un novice, les choses se dĂ©roulent-elles bien en fonction de ces critĂšres ? Nous acceptons l’un pour ses qualitĂ©s et nous en Ă©cartons d’autres parce que nous estimons que certains dĂ©fauts sont incompatibles avec la vie religieuse. Je puis le concĂ©der jusqu’à un certain point, mais je dois cependant souligner que tel ne peut ĂȘtre le critĂšre dernier et dĂ©cisif pour accepter ou non un frĂšre dans une communautĂ© qui vit selon l’Évangile. Chacun a ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts. La question dĂ©terminante est la suivante comment cet homme se comporte-t-il face Ă  ses qualitĂ©s et Ă  ses dĂ©fauts ? S’il se prĂ©sente un candidat richement douĂ©, mais inconsciemment portĂ© Ă  imposer sa richesse au groupe, nous pouvons tranquillement l’écarter ; je dirais mĂȘme nous devons le faire. Tandis qu’un autre candidat, Ă  l’hĂ©rĂ©ditĂ© peut-ĂȘtre lourdement chargĂ©e, mais qui a conscience de ses points faibles et est en un certain sens rĂ©conciliĂ© avec eux, et qui sait par expĂ©rience qu’il peut sans cesse confesser la misĂ©ricorde de Dieu Ă  partir de cette faiblesse, celui-lĂ , nous l’acceptons avec reconnaissance, prĂ©cisĂ©ment parce que cette expĂ©rience de la misĂ©ricorde de Dieu se traduira tĂŽt ou tard en une tendresse misĂ©ricordieuse Ă  l’égard de chacun. Pour la mĂȘme raison Ă©galement, il est important d’oser regarder en face les faiblesses du groupe et d’avoir la possibilitĂ© de le faire, car elles sont prĂ©cisĂ©ment les points importants pour la croissance spirituelle du groupe. J’ai l’impression que nous menons souvent la politique inverse. Tout ce qui peut provoquer l’étonnement ou le scandale est soigneusement cachĂ© et voilĂ©. La communautĂ© comme telle est placĂ©e trĂšs haut, elle est fortement idĂ©alisĂ©e et cet idĂ©al est inconsciemment attendu de tous ses membres. Quiconque ne parvient pas Ă  rĂ©pondre Ă  cette attente est tenu Ă  l’écart et perd parfois aussi l’amour et la confiance des supĂ©rieurs ou de ses frĂšres. C’est bien regrettable, car nous favorisons par lĂ  un processus qui va prĂ©cisĂ©ment Ă  l’encontre du dynamisme de l’Esprit Saint et d’une communautĂ© chrĂ©tienne vivant l’Évangile. La communautĂ© risque alors de devenir une sorte de secte groupant des recrues d’élite parfaitement entraĂźnĂ©es – les purs et les durs » – qui, Ă  la longue, vont se tenir Ă  l’écart du commun des mortels et des chrĂ©tiens ordinaires. Se tromper sur la rĂ©alitĂ© profonde de la communautĂ© est une faute trĂšs frĂ©quente chez les commençants, qui entrent dans la communautĂ© avec un idĂ©al survoltĂ©. Ils se figuraient avoir dĂ©couvert une communautĂ© de rĂȘve, mais ce rĂȘve n’existe que dans leur imagination, dans l’image inconsciente de la perfection de leur propre moi. Mais la rĂ©alitĂ© est tout autre. Et ce qui est plus Ă©tonnant encore, c’est que Dieu en personne permet que la rĂ©alitĂ© soit tout autre et qu’il ne veut pas qu’elle rĂ©ponde jamais Ă  l’image rĂȘvĂ©e d’une communautĂ© idĂ©ale. Pour cela, chacun de nous doit ĂȘtre déçu par sa propre communautĂ©. C’est une dĂ©ception inĂ©vitable et impitoyable, mais salutaire. C’est une frustration trĂšs instructive, mĂȘme s’il faut parfois du temps pour l’intĂ©grer. La peine causĂ©e est insupportable on devient amer, mordant pour autrui, sĂ©vĂšre pour le groupe, on juge et on condamne. La critique se fait tranchante comme une lame de rasoir. On en veut Ă  tout le monde, et spĂ©cialement Ă  l’Église, de ce que la rĂ©alitĂ© humaine qu’ils nous offrent ne rĂ©ponde pas Ă  l’idĂ©al que nous escomptions. Cela veut dire qu’ils ne sont pas l’écran derriĂšre lequel nous pourrions abriter notre faiblesse. Par les dĂ©fauts des autres et dans ceux du groupe, nous percevons que nous sommes impliquĂ©s dans les mĂȘmes dĂ©ficiences. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Et ceux-ci ne parviennent pas Ă  nous rendre meilleurs. Mais ce n’est prĂ©cisĂ©ment pas de cela qu’il s’agit ici. En fait, nous devrions nous situer avec les autres dans notre commune faiblesse pour atteindre, Ă  partir de lĂ , le salut de JĂ©sus. De profundis – des profondeurs. Car c’est cela la Bonne Nouvelle, c’est cela l’Église, et rien d’autre. JĂ©sus est venu pour ces pĂ©cheurs-lĂ , ces pĂ©cheurs qu’en fait nous sommes, et non point pour les justes que nous pensions ĂȘtre, que nous espĂ©rions pouvoir ĂȘtre ou pouvoir paraĂźtre, bien en sĂ©curitĂ© au sein de la communautĂ© chrĂ©tienne. Il n’y a pas de Bonne Nouvelle sans l’annonce que le pĂ©chĂ© est pardonnĂ©. C’est une salutaire dĂ©sillusion, c’est une frustration enrichissante. Dieu l’a entendu ainsi. Car la grĂące doit devenir grĂące, et non pas ce sur quoi nous pourrions compter, auquel nous avons droit si nous remplissons certaines conditions. Nous ne pouvons mĂȘme pas satisfaire Ă  la moindre condition. VoilĂ  le fondement de la communautĂ© qui vit ensemble Ă  cause de JĂ©sus-Christ et du salut qui est en lui. C’est cela d’abord que nous devons saisir, et cela ne se fait ni Ă  la suite d’une dĂ©monstration ni Ă  la suite d’une Ă©tude ; cela se fait par pure grĂące. DĂšs qu’il nous est donnĂ© de la comprendre, tout nous est donnĂ© du mĂȘme coup, aujourd’hui et ici mĂȘme, quel que soit le groupe oĂč nous vivions maintenant. Dietrich Bonhoeffer a dit DĂšs que nous cessons de rĂȘver de la communautĂ©, elle nous est immĂ©diatement donnĂ©e » ; et c’est l’Église de JĂ©sus, Ă©difiĂ©e sur notre faiblesse. C’est pourquoi il est aussi tellement important que nous n’estompions pas notre faiblesse devant nos frĂšres. Ils peuvent apprendre quelque chose de nos petits cĂŽtĂ©s. Pas tout, mais nous devons pouvoir leur partager quelques-unes de nos difficultĂ©s. Nous ne devons pas nous dĂ©rober. Nous ne devons pas avoir peur de perdre la face. Ce peut ĂȘtre un formidable soutien pour nos frĂšres de savoir que nous aussi nous sommes faibles et que nous ne sommes pas du tout des hĂ©ros. C’était peut-ĂȘtre dans ce sens qu’allait ce que, dans notre tradition, nous connaissions autrefois sous le nom de chapitre des coulpes » et que nous cherchons aujourd’hui Ă  remplacer par des formes modernes mieux adaptĂ©es, mais sans bien y rĂ©ussir, il faut l’avouer. La vĂ©ritĂ© profonde d’un groupe rĂ©side dans le fait que les frĂšres se transmettent quelque chose au niveau de la faute et du pardon c’est la seule et unique maniĂšre dont Dieu se sert pour faire de ce groupe sa sociĂ©tĂ©. C’est l’atmosphĂšre Ă©vangĂ©lique du groupe. En pareille rencontre, c’est l’air de Dieu que nous respirons – si je puis m’exprimer ainsi – et la vie de Dieu. Je pense que le supĂ©rieur peut, lui aussi, faire voir quelque chose de sa fragilitĂ©. Lui aussi, il est un pĂ©cheur pardonnĂ©. Et si, par hasard, il ne l’était pas, ou pensait ne pas l’ĂȘtre, il n’aurait plus aucun motif de rester plus longtemps supĂ©rieur. Il ne satisferait pas Ă  la condition minimale de pouvoir annoncer aux autres ce qu’il doit Ă  la misĂ©ricorde de Dieu. Paul Ă©crivait Ă  son disciple TimothĂ©e le Christ est venu dans le monde pour sauver les pĂ©cheurs, dont je suis, moi, le premier 1 Tm 1,15. Paul confesse ainsi qu’il est, parmi les apĂŽtres, l’avorton, celui qui n’est pas digne d’ĂȘtre appelĂ© apĂŽtre. Ce qu’il est, c’est par grĂące qu’il l’est. Paul a autoritĂ© dans l’Église. Et c’est parce qu’il a pu, en sa personne, faire l’expĂ©rience de la grĂące qu’il est d’autant plus capable d’en faire part aux autres. Il en va de mĂȘme pour Pierre. Il a Ă©tĂ© le premier Ă  faire l’expĂ©rience du pardon de JĂ©sus. Il l’a reniĂ©, et il est le premier des apĂŽtres auquel JĂ©sus apparaĂźt, le jour mĂȘme de sa rĂ©surrection. C’est lĂ , vous le savez, le kĂ©rygme le plus ancien. Quand les deux disciples d’EmmaĂŒs rentrent Ă  JĂ©rusalem, on leur dit Le Seigneur est vraiment ressuscitĂ© et il est apparu Ă  Simon ». La premiĂšre apparition du Christ ressuscitĂ© Ă  un apĂŽtre se fait Ă  Simon qui l’a reniĂ©. Et avant Pierre, qui allait ĂȘtre investi de l’autoritĂ©, il y eut Marie-Madeleine, la pĂ©cheresse pardonnĂ©e qui, au matin de PĂąques, vit le RessuscitĂ© dans le jardin et fut chargĂ©e de l’annoncer Ă  Pierre et aux apĂŽtres, mais ceux-ci ne la crurent pas. Le supĂ©rieur n’est capable d’ĂȘtre vraiment supĂ©rieur que si, Ă  un moment donnĂ©, il s’est trouvĂ© au point faible, Ă  l’endroit fragile de la communautĂ©. Car, dans la communautĂ© chrĂ©tienne, ce sont toujours les plus faibles qui sont au cƓur et au centre. Et cela donne Ă  la communautĂ© chrĂ©tienne un aspect trĂšs particulier, une atmosphĂšre propre, qui tranche fortement sur la dynamique de tout autre groupe non rĂ©solument Ă©vangĂ©lique. Car dans tout groupe humain, il y a un champ de tensions fait de dĂ©sirs et d’ambitions qui s’entrecroisent, entrent souvent en conflit, mais doivent essayer de s’harmoniser. Dans les meilleures circonstances, ces tensions se rĂ©solvent dans la personne du leader, qui crĂ©e l’unitĂ© et l’harmonie. Tout groupe est ainsi constituĂ© hiĂ©rarchiquement, il regarde vers le haut, vers le sommet et s’accroche au leader, qui est Ă©manation et symbole du groupe. Cela vaut Ă©videmment aussi jusqu’à un certain point pour les communautĂ©s selon l’Évangile. Et pourtant... dans une communautĂ© selon l’Évangile, une autre dynamique entre en jeu, car la pyramide y est renversĂ©e. Le centre de gravitĂ©, le point focal, c’est le point le plus bas, c’est le petit, le faible. On ne regarde pas de tous ses yeux vers le leader, mais chacun, lui compris, se soucie du plus faible et porte avec les autres le plus faible. Le chef, c’est celui qui peut le mieux veiller aux plus faibles. L’image de l’abbĂ© selon la RĂšgle de saint BenoĂźt est celle du bon pasteur, qui laisse les autres brebis et va chercher la brebis perdue pour la prendre sur ses Ă©paules et la ramener Ă  la bergerie. Est chef celui qui peut faire preuve du plus grand amour, de la plus grande tendresse. Est chef celui qui peut s’humilier, se faire petit, celui qui, Ă  l’exemple de JĂ©sus, peut se mettre Ă  genoux devant les autres pour leur laver les pieds. Les deux autres points dont nous allons traiter maintenant ne sont qu’une consĂ©quence de ce que nous avons dit jusqu’ici. Lieu de pardon et de rĂ©conciliation Écoutons un court passage de l’épĂźtre aux Colossiens Vous donc, les Ă©lus de Dieu, ses saints et ses bien-aimĂ©s, revĂȘtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilitĂ©, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte... Et puis, par-dessus tout, la charitĂ©, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ rĂšgne dans vos cƓurs tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblĂ©s en un mĂȘme corps. Enfin vivez dans l’action de grĂąces ! 3,12-15. Seule la faiblesse peut ĂȘtre le fondement du groupe, parce que c’est dans cette faiblesse que la force de Dieu pourra se dĂ©ployer. Et la puissance de Dieu se dĂ©ploie le mieux dans le pardon. L’on se rappelle l’ancienne collecte latine Deus qui omnipotentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas... Dieu manifeste sa toute-puissance avant tout en faisant misĂ©ricorde et en pardonnant. C’est pourquoi la communautĂ© chrĂ©tienne est une communautĂ© de pardon. Le pardon est le ciment de la communautĂ©, il nous lie ensemble parce qu’il est la vie mĂȘme de Dieu qui coule dans les veines de l’Église. Pardon n’est pas faiblesse, ni capitulation devant le pĂ©chĂ©, ni connivence camouflĂ©e avec le pĂ©chĂ©. Le pardon est la dynamique essentielle du salut. LĂ  oĂč le pĂ©chĂ© a abondĂ©, la grĂące a surabondĂ© ». Le pardon est le triomphe de l’amour qui est plus fort que tout pĂ©chĂ©. En ce sens, le pardon est Ă©difiant », constructif. Seul Dieu remet le pĂ©chĂ©, mais son pardon se manifeste Ă  nous Ă  travers nos semblables. Pas seulement dans le sacrement de pĂ©nitence – qui est une situation particuliĂšre –, mais du matin au soir, Ă  travers notre vie de communautĂ©. Il nous parvient par les autres. Et parce que nous en faisons l’expĂ©rience par les autres, nous pouvons le communiquer, le transmettre aux autres aussi. La vie et la croissance d’une communautĂ© sont entiĂšrement tissĂ©es de cet Ă©vĂ©nement du salut apportĂ© par l’Évangile. A la lumiĂšre de cette expĂ©rience, les tĂąches concrĂštes que nous devons Ă©ventuellement assumer en tant que communautĂ© sont secondaires. Car c’est le pardon qui est l’expĂ©rience fondamentale de la communautĂ© chrĂ©tienne. Apprendre Ă  se situer de cette maniĂšre dans la communautĂ©, pardonnĂ©s par Dieu et pardonnant Ă  notre tour, est un don qui ne nous sera accordĂ© qu’aprĂšs un long temps. Il y a tant de racines d’ambition, d’agressivitĂ©, de haine et de destruction que nous portons dans notre cƓur et qui ne peuvent ĂȘtre enlevĂ©es qu’à la longue, comme un fruit de l’amour fidĂšle et patient. JĂ©sus nous dĂ©couvre lui-mĂȘme les trĂ©sors d’amour qui sont accumulĂ©s dans son Église et dans le cƓur de nos frĂšres, et dans notre cƓur Ă©galement. C’est le secret de l’Église. C’est le secret du cƓur de Dieu. Ils nous aiment tels que nous sommes en rĂ©alitĂ©, et non pas tels que nous devrions ĂȘtre ou tels qu’ils souhaitent que nous soyons ou tels que nous souhaitons ĂȘtre. Mais ils nous aiment dans notre faiblesse, dans notre pĂ©chĂ©. Paul le dit expressĂ©ment la preuve que Dieu nous aime vraiment, c’est que, pour nous, il a livrĂ© son Fils Ă  la mort, pour nous qui Ă©tions pĂ©cheurs. ExpĂ©rimentant l’amour de cette maniĂšre, nous pouvons, Ă  notre tour, transmettre Ă  d’autres l’amour par le pardon. Chacun a le droit d’ĂȘtre celui qu’il est et tel qu’il est. Un modĂšle de vie ne lui est pas imposĂ© du dehors par le groupe comme une condition. Le meilleur et le plus profond de lui-mĂȘme montera spontanĂ©ment Ă  la surface pourvu qu’il soit cultivĂ©, encouragĂ© et dĂ©veloppĂ© par l’amour. Cette nimia chantas de Dieu, cette profusion, cette surabondance d’amour, qui fonde l’Église dans le pardon, fonde Ă©galement toute communautĂ© chrĂ©tienne. Elle doit pouvoir y circuler librement. Elle est la vie de Dieu mĂȘme, et en dehors de cette vie, il n’y a pas d’Église, pas de communautĂ©, pas d’amour crĂ©ateur. C’est de cette maniĂšre que les pĂ©cheurs doivent avoir une place privilĂ©giĂ©e dans la communautĂ©. Je dirais presque une place rĂ©servĂ©e. Ils y sont attendus. Une communautĂ© chrĂ©tienne qui ne compte pas de personnes dĂ©ficientes est tout simplement impensable. Non seulement ce n’est pas possible, mais ce n’est pas non plus souhaitable. LĂ  oĂč le pĂ©chĂ© est devenu absolument impensable, ou est complĂštement recouvert, la grĂące n’a plus rien Ă  faire. Nous vivrions alors dans un autre monde, un monde sans rĂ©demption, un monde sans salut ; nous vivrions en fait dans une illusion, l’illusion des pharisiens. La communautĂ© chrĂ©tienne est aussi une communautĂ© de guĂ©rison » Nous retrouvons ici le mĂȘme concept que tantĂŽt, qui nous vient de la psychologie moderne de groupe. De par sa nature et nĂ©cessairement, une communautĂ© chrĂ©tienne fait aussi de la thĂ©rapie de groupe. Du fait mĂȘme qu’une communautĂ© chrĂ©tienne est fondamentalement Ă©difiĂ©e sur le pardon, elle est essentiellement aussi un groupe de thĂ©rapie. Il se peut que le groupe cause des blessures et que le groupe rĂ©vĂšle en nous des blessures cachĂ©es. Souvent aussi il arrive que c’est peu aprĂšs que nous sommes devenus membres d’un groupe qu’on nous fait remarquer nos carences ! Mais par ailleurs, il est donnĂ© au groupe de cerner ces blessures et de les guĂ©rir ; cela se rĂ©alise dans le pardon. Je dirais mĂȘme que cela ne se rĂ©alise que dans le pardon. Le pardon guĂ©rit, parce que le pardon suppose toujours une surabondance d’amour, une nimia charitas, un amour excessif, un amour Ă©perdu. Car notre pĂ©chĂ© n’est toujours qu’un amour frustrĂ©, un amour déçu, un amour aigri, un amour qui s’est tournĂ© en haine. C’est pourquoi la thĂ©rapie la plus radicale est dispensĂ©e dans la rencontre d’un amour total, pur, dĂ©sintĂ©ressĂ© – et c’est Dieu. Dieu tel qu’il vit dans l’Église de JĂ©sus – un amour qui guĂ©rit, qui prend soin, qui sauve, qui fait s’épanouir, qui Ă©difie. Nous sommes parfois portĂ©s Ă  penser que, lorsque nous accordons facilement le pardon, nous encourageons le pĂ©chĂ© d’une façon ou d’une autre. Et nous sommes alors entraĂźnĂ©s aussi Ă  justifier par cela mĂȘme une certaine sĂ©vĂ©ritĂ©, une rigueur dans le gouvernement. On ne peut pas trop facilement fermer les yeux, autrement il y aura de l’abus. Je crois que tout cela est vrai, mais seulement dans la mesure oĂč le pardon ne dĂ©coule pas d’un amour authentique, mais simplement de la condescendance ou de la faiblesse, ce qui arrive aussi. Mais je ne parle ici que de l’amour authentique, Ă  l’image de l’amour de Dieu, et cet amour est fort dans le pardon. Un tel pardon, qui est grĂące, qui est miracle de Dieu, est constructif. Nous ne pouvons le transmettre que si Ă  nous-mĂȘmes il a Ă©tĂ© donnĂ© de nous tenir dans le pardon de Dieu. Alors seulement nous pourrons communiquer l’amour ; l’amour qui est si comblant, si dĂ©bordant, mĂȘme pour le pĂ©cheur, que, j’ose le dire, il ne reste plus d’attrait pour retourner dans le pĂ©chĂ©. C’est ici que se dĂ©couvre la force irrĂ©sistible de l’amour de Dieu exprimĂ© dans le pardon. Ainsi l’amour rend libre. L’amour descelle en nous la source de notre vraie libertĂ©. Nous n’agissons librement que dans la mesure oĂč nous agissons par amour, pour nous situer dans l’amour d’un autre qui nous aime, et pour, Ă  notre tour, partager l’amour que nous avons reçu. C’est cela qui se vit dans une communautĂ© chrĂ©tienne. Tout comme nous pouvons guĂ©rir grĂące aux autres, nous pouvons, grĂące aux autres, devenir libres. Celui qui s’abstient de condamner les autres encourage de cette maniĂšre tout le bien qui est en eux, il les dĂ©livre de la honte et des sentiments de culpabilitĂ©, il fait s’épanouir librement leur ĂȘtre profond. Saint-ExupĂ©ry a Ă©crit quelque part L’ami, c’est d’abord celui qui ne juge pas ». Cela ne signifie pas tout canoniser, mais bien s’abstenir de tout jugement. Il ne nous revient pas de juger. Par-delĂ  toutes ses fautes, nous accueillerons l’homme comme tel, le frĂšre comme tel, dans l’amour. Il y trouvera place mĂȘme avec ses pĂ©chĂ©s, car il est meilleur que ses pĂ©chĂ©s. Et notre amour privilĂ©giera en lui la meilleure part. En guise de conclusion Dans cette authentique libertĂ© de l’homme, laquelle surgit dans l’amour, apparaissent aussi les meilleurs cĂŽtĂ©s de l’homme. Je veux dire que lĂ  Ă©merge le don particulier de chacun de nos frĂšres. Et cela me paraĂźt extrĂȘmement important. Car chacun de nous, qui vivons dans un groupe selon l’Évangile, a reçu de Dieu un charisme extraordinaire pour Ă©difier l’Église, pour ĂȘtre co-fondateur de la communautĂ©. Chacun de nous a quelque chose de gĂ©nial ; dans tous les autres domaines, nous sommes trĂšs moyens ; mais sur un point prĂ©cis, nous avons du gĂ©nie. Et ce qui est gĂ©nial en nous est don de Dieu au service des autres. Ce quelque chose de gĂ©nial n’est pas liĂ© Ă  notre formation, Ă  nos Ă©tudes, Ă  nos diplĂŽmes. Il est parfois d’un autre niveau que celui de notre tĂąche journaliĂšre. Seul le vĂ©ritable amour du groupe est capable de dĂ©couvrir notre aptitude particuliĂšre. Pour chacun de nous, il est tellement important d’ĂȘtre reconnu par les autres pour ce don particulier, que peut-ĂȘtre nous ne connaissons pas nous-mĂȘmes et dont nous doutons souvent. Pour terminer, je relirai le texte de saint Paul et nous conclurons par une priĂšre. Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte. Le Seigneur vous a pardonnĂ©, faites de mĂȘme Ă  votre tour. Et puis, par-dessus tout, la charitĂ©, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ rĂšgne dans vos cƓurs tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblĂ©s en un mĂȘme corps. Enfin vivez dans l’action de grĂąces ! Seigneur JĂ©sus, nous te remercions pour la grĂące que tu ne cesses d’accorder Ă  ton Église. Tu nous as appelĂ©s Ă  ĂȘtre ensemble. Tu construis ton Église dans notre communautĂ©. Nous te remercions pour notre faiblesse, cette faiblesse trĂšs profonde que toi seul connais, que toi seul peux nous rĂ©vĂ©ler. Notre faiblesse se dĂ©couvre dans ta force. C’est pourquoi nous te rendons grĂące. Abbaye Sainte-Marie-du-Mont Mont des Cats, Godewaersvelde F-59270 BAILLEUL, France Retour Ă  Louis Guilloux et Albert CamusrĂ©unis par une amitiĂ© libertaire,par Alain Dugrand Le 4 janvier 1960, Louis Guilloux s’effondre. Il vient d’apprendre la mort accidentelle d’Albert Camus, son ami, son copain nous dirions son pote ; il part immĂ©diatement pour Lourmarin. Il avait toutes les raisons de penser qu’il mourrait le premier, lui de presque quinze ans l’aĂźnĂ© de celui qu’il n’appelait plus qu’Albert ; l’absence dĂ©finitive sera blessure irrĂ©mĂ©diable. »Ces lignes figurent en ouverture de la prĂ©face que livre AgnĂšs Spiquel-Courdille Ă  cette correspondance Camus/Guilloux 1945-1959.Qui ignore Louis Guilloux ne mĂ©rite pas de savoir lire. Fils d’un cordonnier socialiste de Saint-Brieuc, Guilloux nĂ© en 1899 publie La Maison du peuple 1927, un rĂ©cit lourd des espoirs de la classe ouvriĂšre au dĂ©but du siĂšcle. Avant-guerre, encore, il donne Le Sang noir 1935, un roman puissant qui marquera les gĂ©nĂ©rations. On dira de Saint-Brieuc et des siens que Guilloux s’en est fait le Dickens. Dans les centaines de feuillets du Jeu de patience 1949 on rencontre l’éblouissement, ce ton Guilloux auquel on ne peut rĂ©sister, un style simple, chaleureux, qui s’enfle dans l’épique est la vie de Guilloux, langueur et rĂ©volte, dĂ©filĂ©s de protestation, lock-out des ateliers, Espagne rĂ©publicaine, oĂč le Guilloux du Secours Rouge », ami de Max Jacob, tend ses deux mains aux rĂ©fugiĂ©s d’une Espagne trahie par les belles Barcelone, CNT, FĂ©dĂ©ration anarchiste ibĂ©rique, fameuse FAI, la tuberculose de l’un comme de l’autre noueront des liens de tendresse, l’amitiĂ© en 1913, en AlgĂ©rie dĂ©partement français, Albert est orphelin. Son pĂšre, Lucien Camus, est mort Ă  Saint-Brieuc d’une blessure reçue dĂšs le dĂ©but de la boucherie des batailles de la Marne. TransportĂ© du front vers l’arriĂšre, le grand blessĂ© est soignĂ© au lycĂ©e de Saint-Brieuc, oĂč Ă©tudie le jeune Guilloux, 14 ans. A 17 ans, Ă  la bibliothĂšque municipale du chef-lieu, celui-ci entre en amitiĂ© pour la vie avec Jean Grenier. Le condisciple, plus tard Ă  Alger, sera le maĂźtre de l’élĂšve Albert Camus en classe de philosophie. Combinaison des origines, des hasards, la littĂ©rature, de fait, rassemblera les trois hommes jusqu’à la fin tragique du plus commence le 29 avril 1945. Jean Grenier, prof de philo, Ă©crit Ă  son pays » Guilloux. Il le prie, jeune mariĂ©, de rechercher la sĂ©pulture de son propre beau-pĂšre au cimetiĂšre de Saint-Brieuc. De mĂȘme, peut-il localiser le tombeau de Lucien Camus, pĂšre de son Ă©lĂšve ? Guilloux lui rĂ©pond Dans le carrĂ© des soldats, j’ai trouvĂ© la tombe de Camus Lucien, appartenant Ă  un rĂ©giment de zouaves, mort le 1er octobre 1914. Est-ce cela ? Si oui, tu peux dire Ă  Camus que cette tombe est extrĂȘmement bien entretenue comme toutes les tombes de soldats, d’ailleurs par le Souvenir français. Si ce n’est pas cela, dis-le-moi, je retournerai au cimetiĂšre. Sur cette tombe sont plantĂ©s des fuchsias, qui commencent aussi Ă  fleurir. »L’étĂ© suivant, Camus et Guilloux pour la premiĂšre fois font connaissance en mĂ©tropole. Une correspondance se noue, dĂ©cembre 1945. Cher Guilloux, merci de votre lettre et du Bakounine’. J’ai regrettĂ© de ne pas vous avoir vu Ă  Bougival. Mais je sais que rien n’est facile en ce moment. Je suis heureux, trĂšs heureux de ces commencements d’amitiĂ©. J’ai cent raisons de me sentir prĂšs de vous, et j’espĂšre que la vie me permettra de vous le prouver. Confession le texte de Bakounine est un document extraordinaire. L’explication que donne le traducteur est tout Ă  fait insuffisante. C’est bien plus compliquĂ© que cela, et j’y rĂ©flĂ©chis, sans parvenir Ă  trouver d’interprĂ©tations satisfaisantes. »Pour la revue Caliban en 1948, Camus donne un avant-propos Ă  La Maison du peuple de Guilloux. Extrait La pauvretĂ©, par exemple, laisse Ă  ceux qui l’ont vĂ©cue une intolĂ©rance qui supporte mal qu’on parle d’un certain dĂ©nuement autrement qu’en connaissance de cause. Dans les pĂ©riodiques et les livres rĂ©digĂ©s par les spĂ©cialistes du progrĂšs, on traite souvent du prolĂ©tariat comme d’une tribu aux Ă©tranges coutumes, et en parlent alors d’une maniĂšre qui donnerait aux prolĂ©taires la nausĂ©e, si seulement ils avaient le temps de lire les spĂ©cialistes pour s’informer de la bonne marche du progrĂšs
 De la flatterie dĂ©goĂ»tante au mĂ©pris ingĂ©nu, il est difficile de savoir ce qui, dans ces homĂ©lies, est le plus insultant. Ne peut-on vraiment se priver d’utiliser et de dĂ©grader ce qu’on prĂ©tend vouloir dĂ©fendre ? Faut-il que la misĂšre, toujours, soit volĂ©e deux fois ? Je ne le pense pas. Quelques hommes au moins, avec VallĂšs et Dabit, ont su trouver le seul langage qui convenait. VoilĂ  pourquoi j’admire et j’aime l’Ɠuvre de Louis Guilloux, qui ne flatte ni ne mĂ©prise le peuple dont il parle, et qui lui restitue la seule grandeur qu’on ne puisse lui arracher, celle de la vĂ©ritĂ©. »RassemblĂ© par Lou Marin, Albert Camus et les libertaires 1948-1960 dessine un ĂȘtre conforme Ă  sa nature profonde, ses indignations, son inquiĂ©tude, ses impulsions. RĂ©voltĂ©, Albert comme son aĂŻeul tient l’auteur de Guerre et Paix en leçons de vivre. Ainsi Guilloux Ă©voquera le grand Russe dans une note du 22 novembre 1953 Albert reste tolstoĂŻen, comme il l’a toujours Ă©tĂ©. Parlant de TolstoĂŻ, il dit papa, ou le grand-pĂšre. RĂ©cemment, dĂ©jeunant dans un restaurant prĂšs des abattoirs, il me disait que, dans ces cas-lĂ , il Ă©prouvait toujours une grande gĂȘne qui lui venait surtout de la quantitĂ© » de viande qu’on servait aux clients. Chacun avait, dans son assiette, de quoi nourrir une famille, ’j’avais honte devant les garçons’’. »Lecteur de Bakounine puis de Victor Serge, comme Lou Marin l’indique, le goĂ»t de Camus vitrifie les conformistes d’aujourd’hui, ceux qui ont renoncĂ© Ă  leur jeunesse, curetons dĂ©froquĂ©s, palĂ©o-staliniens hier, ceux dorĂ©navant qui gomment leur enfance. Albert Camus est ami, familier d’une indĂ©passable revue, La RĂ©volution prolĂ©tarienne, du syndicaliste rĂ©volutionnaire Alfred Rosmer ; Ă  Paris, avec les typos aux marbres de Combat, des hebdos anti-autoritaires, des meetings, il frĂ©quente nombre de libertaires, français, catalans, argentins, colombiens, andalous, tous lecteurs de la revue antistalinienne de Monatte, lĂ  oĂč Simone Weil, combattante anarchiste, livre les rĂ©cits cruels de l’écrasement de la rĂ©volution Ă  l’instar de Guilloux, Orwell et PanaĂŻt Istrati dont il est familier, Camus demeura fidĂšle au socialiste syndicaliste Messali Hadj, fondateur du premier cercle Zimmerwald d’Alger. Tous deux auront frĂ©quentĂ© les imprimeries du Parti communiste algĂ©rien PCA, dont Camus, justement, sera virĂ© pour ĂȘtre demeurĂ© solidaire des messalistes qui combattent pour une AlgĂ©rie indĂ©pendante. Messali, vomi par les staliniens, les intellectuels germanopratins, est l’animateur anti-autoritaire du Mouvement nord-africain, ce MNA pourchassĂ© par les flics colonialistes, la gauche du Quartier latin et des Bourses du travail ralliĂ©e Ă  Moscou. C’est un temps de tueries. En France comme en AlgĂ©rie, quatre mille messalistes seront les victimes de la guerre d’extermination menĂ©e par le FLN nationaliste soumis aux dĂ©mocraties populaires ». Camus, solide, demeure fidĂšle au camp des massacrĂ©s, quatre cent quatre-vingt-dix villageois Ă©gorgĂ©s de Tifraten 13-14 avril 1956, oĂč un an plus tard, en 1957, le FLN soviĂ©tisĂ© extermine encore trois cent soixante-quatorze sympathisants messalistes du bourg de fidĂšle, honni pour avoir dĂ©noncĂ© publiquement un FLN ivre de sa puissance autoritaire, Camus, insulte meurtriĂšre, sera dĂ©noncĂ© comme trotskyste » par les sartriens, infamie qui vaut bien deux balles dans la peau pour les amis des Temps propos de Sartre, Camus n’a jamais la langue dans sa poche. Lou Marin Camus dĂ©nonçait la morale jĂ©suitique de la gauche autoritaire de l’Ouest qui s’acharnait Ă  ne pas voir l’antisĂ©mitisme Ă©vident des procĂšs-spectacles montĂ©s contre l’ex-chef du Parti, Slansky, et son exĂ©cution, fin 1952, Ă  Prague. 
 Camus se fit plus direct vis-Ă -vis de Sartre dans ses le pape de l’existentialisme se rend Ă  Vienne pour un CongrĂšs des communistes pour la paix, il oublie de protester contre l’interdiction de sa piĂšce Les Mains sales par les autoritĂ©s tchĂšques alors que les dirigeants communistes Slansky et Clementis furent exĂ©cutĂ©s dans le cadre de la campagne antisĂ©mite. Camus note ’Aller Ă  Vienne, en temps ordinaire, c’était participer Ă  un acte de guerre froide. Y aller avec la toile de fond de onze pendus, dont le nom Ă©tait suivi du mot juif dans les journaux tchĂšques, ne se qualifie mĂȘme plus.’’ »C’est encore Camus, avec Jean Giono, Maurice Nadeau, l’écrivain libertaire Georges Navel, AndrĂ© Breton, Jean Cocteau, le pasteur Roser, Pierre Vidal-Naquet, TrĂ©no du Canard enchaĂźnĂ©, qui, le 13 mai 1958, rĂ©clame Ă  de Gaulle la libĂ©ration immĂ©diate de cent objecteurs de conscience et rĂ©fractaires emprisonnĂ©s dans les citadelles de l’armĂ©e française. Ainsi l’Alsacien Edmond SchaguenĂ©, bouclĂ© depuis dix ans Ă  la prison de Metz. Mieux encore, ce Camus moquĂ© par le tout-Paris prĂȘte sa plume au vieil anarchiste Louis Lecoin, 75 ans, grĂ©viste de la faim au finish en mars 1962, pour rĂ©diger ce qui deviendra le statut de ceux qui refusent l’usage des armes. Les son vivant mĂȘme, l’Ɠuvre de Camus provoqua la nargue, le mĂ©pris des bourgeois de papier, de ceux, inĂ©vitablement, qui retourneraient leurs vestons. En ces temps de confusion, on se souviendra du concert des repentants qui accompagneront le centiĂšme anniversaire de la naissance algĂ©rienne de Camus. Ainsi assista-t-on aux sauts carpĂ©s d’hĂ©roĂŻques personnalistes, chrĂ©tiens culs-bĂ©nis hier, va-t-en-guerre devenus glabres aujourd’hui, moumoutes et cheveux teint RĂ©gĂ©color. A l’heure de l’impossible rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, on se souviendra tout de mĂȘme des autoritaires d’avant-hier, ceux qui moquaient Camus, philosophe pour classe de seconde », celui qui dĂ©nonçait l’écrasement totalitaire des insurrections ouvriĂšres de Berlin-1953, Budapest-1958, celui, avec son compagnon Arthur Koestler, qui combattait dĂ©jĂ  le chĂątiment capital, notre guillotine, et l’armement atomique
Les Ă©crits, les controverses rassemblĂ©es par Lou Marin font rĂ©sonner un Camus non-violent, autrement radical que les thurifĂ©raires d’un Sartre, d’un Jeanson stalinistes. Ces livres offrent Ă  leurs lecteurs mille dĂ©couvertes de Camus, ses amis libertaires, le Navel des splendides Travaux, sables et limons Gallimard, les conversations avec la correctrice d’imprimerie Rirette MaĂźtrejean, responsable du journal L’Anarchiste, compagne de Victor Serge, le rĂ©fractaire Louis Lecoin, un courrier de Simone Weil Ă  Bernanos, les companeros de la CNT, brave collection de personnages, figures fraternelles, personnes admirables les en finir, il est bon de lire cette vieille adresse Ă  un copain » qu’écrit RenĂ© Char, dĂ©fenseur comme lui de l’ami, cible des faux-nez Quand on sait pourquoi cette meute française, qui s’enflamme pour des Ɠuvres de sots, s’acharne contre Camus-et-son-Ɠuvre, on ne s’interroge pas plus avant, et on tourne son dĂ©goĂ»t, on vire Ă  l’opposĂ© de cette espĂšce de pĂ©tainisme inverti, perverti, qui est le lot d’intellectuels d’aujourd’hui, fardĂ©s au progressisme. 
 Je comprends et je partage votre rĂ©volte. Il y a longtemps que mon opinion est faite. Sur ce qu’on peut attendre des barbotins de la nouvelle manche, en bancs dans le journalisme littĂ©raire ou politique, eh bien ! Cessons de nous Ă©tonner. C’est tout ce que les moulins du capitalisme ont Ă  se mettre sous la dent ! Mais ils passeront, ils mourront. Auront-ils jamais Ă©tĂ© seulement, cher Camus, du cĂŽtĂ© des difficultĂ©s du vivant ? Et, quelles que soient, certes, les discussions parfois restrictives dont ses livres doivent faire l’objet. Mon affection n’était pas aveugle, ni la sienne pour moi. Mais nous disposions de la libertĂ©, celle que la main garde au creux de ses lignes comme un dĂ©fi Ă  la mĂ©fiance et Ă  la confusion. » Camus-Louis Guilloux, Correspondance, 1945-1959. Folio Marin, Albert Camus et les libertaires 1948-1960, EgrĂ©gores Ă©ditions diffusĂ© par IndigĂšnes.Louis Lecoin, Le cours d’une vie, Ă©ditĂ© par l’auteur Ă  dĂ©nicher sur les sites de livres rares.

a la vie a la mort fidele et fraternel